Les insomniaques de Camille de Villeneuve

Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, Camille de Villeneuve a vingt-huit ans.
Les insomniaques est son premier roman.

Extrait :

Maurice était piqué au milieu du vestibule. Un rayon de lumière pâle traversait une fenêtre et dessinait des flaques tachetées sur les carreaux de marbres. Seule le battement monotone du bras de Félicité qui frappait les tapis sur la terrasse troublait le silence de l’hiver.
Comme chaque matin, Maurice avait inspecté toutes les pièces de la maison. Du bout de son plumeau, il avait traqué la poussière, caressé les marqueteries, passé un doigt délicat sur les vernis. Il avait observé à la lumière du matin le brillant des métaux et des porcelaines, ausculté leurs résonnances. Ces derniers jours, il avait fait la tournée des lieux avec un soin particulier sans rien laisser au hasard. Il avait fallu qu’il vérifie le travail de Félicité, la nouvelle femme de chambre. Le maître d’hôtel n’était pas heureux de cette recrue d’à peine seize ans. « Une gamine de la campagne, tout juste bonne à vider les cochons. Ignorante avec ça… s’était-il dit en détaillant la silhouette maladive et le regard opaque de Félicité. Encore une lubie de Madame. » Il en avait conclu que Madame Jeanne préférait faire la charité plutôt que tenir sa maison : « La guerre s’est achevée il n’y a pas même un an, il reste encore beaucoup de misère à consoler », ne cessait-elle de répéter. Elle avait eu pitié de la jeune fille en visitant la ferme de ses parents, isolée au fond de la forêt, aux confins des terres d’Argentières et de La Vrillière. Et ce n’était pas le duc de la Vrillière qui aurait pris Félicité chez lui. De cela, Maurice voulait bien convenir. 

Résumé :
En 1946, Jean-André d’Argentières meurt en chutant de cheval. Ses héritiers, André et sa sœur Marguerite, vont devoir réduire leur train de vie et tenter de conserver le château en Anjou et l’hôtel particulier de Paris.
Or, si le monde évolue (guerre d’Indochine, guerre d’Algérie, mai 68, loi IVG, années Sida, crise économique), apparemment il semble couler autour des Argentières sans les toucher.
Comme le dit Marguerite : « Nous ne haïssons pas le monde, ni les gens qui ne nous ressemblent pas. Pire, nous les prenons en pitié de n’être pas comme nous. Nous haïssons le changement. Nous sommes des insomniaques, incapables de sommeil et de repos, car nous attendons de revivre notre passé, nous ne savons rien oublié. »
Comment peut-on se libérer du poids d’une histoire familiale ?

Avis :
Lorsque j’ai tenu pour la première fois Les insomniaques entre mes mains, je me suis dit : « Houla, ma fille ! Plus de 600 pages ? Ce roman va être un vrai pavé à lire. » Parfois, je me raconte de ces bêtises…
Les insomniaques se lit comme on boit un thé savoureux : avec délectation. Tout simplement.

 

Les insomniaques, Camille de Villeneuve, éditions Philippe Rey 608 pages 20 €

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