Sympathie pour le démon de Zachary Lazar

Diplômé de Brown University, Zachary Lazar enseigne la littérature. Sympathie pour le démon a reçu un excellent accueil aux Etats-Unis et en Angleterre.

Résumé :
Sur fond de guerre du Vietnam et de courants hippies, un groupe de rock se forme sous la houlette de Brian Jones : les Rolling Stones.
Parallèlement, Kenneth Anger, un réalisateur homosexuel déjanté, croise Bobby Beausoleil, un beau gosse dont les hommes et les femmes tombent tout de suite raides dingues amoureux. Anger le fera tourner aux côtés de Mick Jagger dans le film Invocation of my Demon Brother. Bobby, qui se pose des questions existentielles, va rencontrer Charles Manson, un joueur de guitare.
Des clubs miteux de Londres aux tournées apocalyptiques aux Etats-Unis, les Rolling Stones vont connaître une ascension vertigineuse qui n’aura d’égale que la paranoïa grandissante du leader du groupe, Brian Jones.
Tous sont plus ou moins conscients qu’un jour, tout s’arrêtera.
Le 6 juin 1968, Mick Jagger est seul dans une cabine d’enregistrement. Ce soir-là, on ne parle que de la mort de Robert Kennedy à la suite d’une balle reçue le soir précédent, cinq ans après son frère. Mick entend la musique : « le tambourinement des bongos, le bruit sourd des congas, le sifflement des maracas, semblable à celui des cigales. » Il devient Lucifer et chante Sympathy for the Devil.
Le 3 juillet 1969, le corps sans vie de Brian Jones est retrouvé sans vie, flottant à la surface de la piscine de sa maison. La veille, il avait fait la fête avec tout un tas d’inconnus, l’alcool et la drogue coulaient à flot. Ils se sont amusés à se faire couler sous l’eau. Brian avait quitté les Rolling Stones le 5 juin.
Le 27 juillet 1969, Bobby Beausoleil et deux femmes débarquent chez Gary Hinman et vont le torturer avant de l’assassiner.
Le 8 août 1969, Manson et « sa famille » arrivent dans la maison de Sharon Tate. Ils la massacreront alors qu’elle est enceinte de 8 mois et tueront aussi les 3 autres personnes qui se trouvaient là.

Extrait :
Dans la petite pièce, deux guitares surgissent et disparaissent en une alternance chaotique, un son qui semble tourner sur lui-même à travers l’ampli. On est dans une rue miteuse de Londres, Edith Grove, tout au sud de Chelsea. Cent ans qu’on n’avait pas connu un hiver aussi froid.
Les murs de l’appartement sont moisis. La peinture grise est cloquée et écaillée, la moquette parsemée de miettes de pain. Pour l’instant, le chanteur, Mick, n’a rien d’autre à faire que de rester assis et de regarder. Les deux autres, Brian et Keith, apprennent leur partie de guitare en écoutant un disque, des couvertures sur les jambes. Leurs mains sont froides et ils jouent par intermittence, acquiesçant en silence quand ça commence à marcher.
L’intérieur de la pièce paraît aussi froid que la rue. Le radiateur cabossé, dont la peinture forme des croûtes, est silencieux. Pour le mettre en marche, il faut glisser dans le compteur à gaz des pièces de monnaie qu’ils n’ont pas, et même alors on est toujours déçu.
Brian a des cheveux blonds soyeux et un regard accusateur. C’est le seul dont on puisse dire qu’il est beau, même si son cou est épais, même s’il est petit, presque trapu. C’est lui le leader – c’est son groupe, c’est lui qui en a trouvé le nom. Il regarde Mick et joue sept notes sur sa guitare, avec un bent au milieu. Pour l’instant, tu n’es que toléré, n’oublie pas, semblent dire ses accords. Brian a deux ans de plus que les autres, il a vingt et un an, et il a déjà deux enfants illégitimes.

Avis :
Comme le précise Zachary Lazar :
Sympathie pour le démon est une œuvre de fiction. Il s’agit, entre autres, d’étudier la façon dont l’existence de certains personnages publics a quitté le domaine des faits, pour constituer une sorte de mythologie contemporaine. Ce livre ne doit pas être lu comme une biographie. Nombre de personnages sont réels, mais ils doivent être considérés comme de simples produits de l’imagination de l’auteur.

Magistral roman dans lequel l’univers des Rolling Stones et celui de Charles Manson s’entrechoquent le temps d’un instant. Zachary Lazar est bluffant.

Et pour toutes celles et ceux qui ne connaissent pas le morceau dont est issu le titre, voilà de quoi y remédier : Sympathy for the Devil

 

Sympathie pour le démon, Zachary Lazar, JC Lattès 360 pages 20 €

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