Traquées de Michael Robotham

Ancien journaliste d’investigation qui a travaillé en Australie en Grande-Bretagne et en Afrique, Michael Robotham a quitté le journalisme pour se lancer dans l’écriture de biographies. Depuis la parution de Suspect, La disparue et La clandestine, Michael Robotham figure parmi les grands maîtres du thriller contemporain.

Extraits :
Il arrive un moment où tout espoir disparaît, où toute fierté, toute attente, toute fois, tout désir cessent d’exister. Ce moment m’appartient. Il est à moi. C’est là que j’entends le bruit, le bruit d’un esprit qui craque.
Ce n’est pas un craquement sonore comme lorsque des os se brisent, quand la colonne vertébrale se fracture ou qu’un crâne se fracasse. Ce n’est pas non plus quelque chose de doux et d’humide comme un cœur qui se fend. C’est un son qui vous incite à vous demander jusqu’où un être humain peut endurer la souffrance, un son qui anéantit les souvenirs et laisse le passé s’insinuer dans le présent. Un bruit si assourdissant que seuls les cerbères de l’enfer peuvent l’entendre.
L’entendez-vous ? Quelqu’un est recroquevillé en une boule minuscule et pleure doucement dans une nuit éternelle.

[…]

Il n’y a pas d’ombres aujourd’hui. Le seul spectre sur le pont est en chair et en os. Une femme, nue, debout à l’extérieur de la barrière de sécurité, le dos contre le treillis métallique et les fils de fers. Les talons de ses chaussures rouges sont en équilibre sur le bord.
Tel un personnage d’une toile surréaliste. Sa nudité n’est pas particulièrement choquante, ni même déplacée. Droite comme un i, avec une grâce un peu raide, elle regarde fixement l’eau comme quelqu’un qui s’est détaché du monde.
Le policier en charge se présente. Il est en uniforme. Brigadier Abernathy. Je n’ai pas saisi son prénom. Un jeune agent tient un parapluie au-dessus de sa tête. L’eau dégouline du dôme en plastique foncé sur mes chaussures.
« De quoi avez-vous besoin ? me demande-t-il ?
– D’un nom.
– On n’en sait rien. elle refuse de nous parler.
– A-t-elle dit quelque chose ?
– Non.
– Elle est peut-être en état de choc. Où sont ses habits ?
– On ne les a pas trouvés. »
Je jette un coup d’œil le long du trottoir fermé par une barrière surmontée de cinq rangées de fil de fer qui la rendent difficile à escalader. Il pleut tellement fort que je distingue à peine l’autre extrémité du pont.
« Depuis combien de temps est-elle là ?
– Pratiquement une heure.
– Avez-vous trouvé une voiture ?
– On cherche toujours. »
Elle est vraisemblablement venue par la rive est, très boisée. Même si elle s’est déshabillée sur le trottoir, des dizaines d’automobilistes ont dû la voir. Comment se fait-il que personne ne l’ait arrêtée ?
Une femme imposante aux cheveux courts, teints en noir, nous interrompt. Elle a les épaules voûtées et les mains fourrées dans les poches d’un ciré qui lui arrive aux genoux. Elle est colossale. Carrée. Elle porte des chaussures d’homme.
Abernathy se raidit.
« Que faites-vous ici, madame ?
– J’essaie de rentrer chez moi, brigadier. Et ne m’appelez pas madame. Je ne suis pas la reine ! »
Elle jette un coup d’œil dans la direction des équipes de télé et des photographes de presse massés sur une crête herbeuse en train d’installer leurs trépieds et leurs éclairages. Pour finir, elle se tourne vers moi.
« Pourquoi tu trembles, chéri ? Je ne fais pas peur à ce point-là.
– Désolé. J’ai la maladie de Parkinson.
– Pas de bol! Ça veut dire que vous avez le droit à un autocollant ?
– Un autocollant ?
– Parking pour handicapés. Ça vous permet de vous garer à peu près n’importe où. C’est presque aussi bien que d’être dans la flicaille, si ce n’est que nous, on a le droit de rouler vite et de tirer sur les gens. »

[…]

J’ai travaillé jadis avec un gars du nom de Hopper, un plouc de l’Alabama qui gerbait à la vue du sang. C’était un ancien marine, et il n’arrêtait pas de nous répéter que l’arme la plus fatale au monde était un marine armé d’un fusil. A moins qu’il soit en train de gerber, bien sûr.
Hopper était dingue de cinéma ; il citait sans arrêt des répliques de Full Metal Jacket – le personnage du sergent d’artillerie Hartman, qui beugle à l’adresse de ses recrues en les traitant d’asticots, d’ordures, de merdes amphibies.
Hopper n’était pas suffisamment observateur pour être un interrogateur. C’était une brute, mais ça ne suffit pas. Il faut être futé. Connaître les gens – ce qui ne leur fait pas peur, comment ils pensent, à quoi ils se cramponnent quand ils ont des problèmes. Il faut observer, être à l’affût. Les gens se révèlent de milliers de manières. Par les vêtements qu’ils portent, leurs chaussures, leurs mains, leurs voix, leurs pauses et leurs hésitations, leurs tics, leurs gestes. Ecoutez, regardez.
Mon regard passe du pont aux nuages gris perle qui pleurent mon ange. Elle était vraiment belle quand elle est tombée, telle une colombe à l’aile brisée ou un gros pigeon abattu par un fusil à air comprimé.
Je tirais sur les pigeons quand j’étais enfant. Notre voisin, le vieux Hewitt, qui habitait de l’autre côté de la barrière, avait un pigeonnier et il leur faisait faire la course. C’étaient de vrais pigeons voyageurs ; il les emmenait en voyage et les lâchait. Posté à la fenêtre de ma chambre, j’attendais qu’ils reviennent. Le pauvre vieux salaud n’arrivait pas à comprendre pourquoi un si grand nombre d’entre eux ne s’en sortaient pas.
Je vais bien dormir ce soir. J’ai fait taire une pute et j’ai envoyé un message aux autres.
A celle…
Elle reviendra comme un pigeon voyageur. Et je serai là à l’attendre.

Résumé :
Joseph O’Loughlin, psychologue marié à une superbe femme et père de deux filles, fait face comme il le peut à sa maladie de Parkinson. Il vient d’accepter d’enseigner à l’université de Bath l’introduction à la psychologie comportementaliste.
Le soir de son premier cours, la police l’embarque pour qu’il tente de raisonner une femme bien décidée à sauter du haut du pont de Clifton. Or, la femme, qui pleure au téléphone, saute en lui chuchotant « vous ne comprenez pas ». Quelques jours plus tard, la fille de la victime lui rend visite, persuadée que sa mère ne se serait jamais suicidée. Joe hésite à la croire.
C’est alors qu’une autre femme est découverte morte de froid, nue, la tête recouverte d’un sac, pendue par le poignet accroché par des menottes à la branche d’un arbre. Elle était l’associée de la première victime.

Avis :
Sur la couverture de Traquées, cette phrase de Stephen King : un suspense exceptionnel, numéro un sur ma liste.
Michael Robotham signe là un thriller psychologique terrifiant. Pourquoi ?
Il décrit parfaitement ce qu’un homme, passé maître en tortures mentales, est capable de faire pour récupérer sa femme et son enfant et ce que des mères sont capables d’accepter pour revoir leur enfant en vie, si possible sain et sauf.
Si vous êtes parents, vous ne laisserez plus sortir votre enfant seul, même pour aller jouer dans le parc voisin. Et si votre enfant est adolescent, vous ne vivrez plus tant qu’il n’est pas rentré. Surtout s’il a du retard sur l’horaire prévu.
MA-GIS-TRAL !

Traquées, Michael Robotham, JC Lattès 450 pages 22 €

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