Un roman français de Frédéric Beigbeder

copyright Stéphane Masson

Frédéric Beigbeder copyright Stéphane Masson

Que vous dire ? De Beigbeder je ne connaissais jusqu’alors qu’un grand escogriffe au menton en galoche et aux cheveux mal peignés invité sur quelques plateaux télés et un titre de roman (naïvement, je le voulais unique), 99 francs. Et d’un coup, en recevant Un roman français,  j’ai découvert que le monsieur avait commis plusieurs romans – que certains qualifient de petits quand d’autres y crient au génie. Pour un dépucelage, ce fut un dépucelage !

Je pourrais, comme à mon habitude, vous copiez quelques lignes du roman. Mais je n’en ai vraiment pas envie. Peut-être qu’à lire Frédéric Beigbeder, je suis devenue feignasse et snob ? Je m’en voudrais d’être devenue imbuvable. Et j’en voudrais surtout à l’auteur de cette autobiographie qui n’est pas à la hauteur de ce qu’elle prétend être.
Pour autant, n’allez pas croire que Beigbeder a une vilaine écriture. Non. Le garçon écrit joliment. La plume n’est pas continuellement belle mais elle existe. C’est bien d’ailleurs à peu près tout ce qui existe dans ce livre.

Frédéric Beigbeder a pris comme prétexte sa garde à vue de 2008 pour tenter de faire croire à ses lecteurs que jamais, jamais auparavant, il ne s’était souvenu de son enfance. Ce grand garçon était né à quinze ans. Si, si. Il était né à quinze ans une première fois et sorti de sa geôle, il est né adulte. Un truc de dingue !
Et pourquoi cet écrivain a-t-il passé 36 heures entre des barreaux ? Et bien, tout simplement parce qu’il a été pris en flagrant délit de sniffage de coke sur le capot d’une voiture, entouré de toute une équipe de fêtards aussi bourrés qu’il pouvait l’être. Faut bien s’amuser dans la vie, n’est-ce pas ? Surtout quand on est enfant de divorcés grands bourgeois issus d’une vieille famille aristocratique et catholique et qu’on souffre encore de tous ces malheurs. Surtout quand on est le petit frère d’un homme qui va recevoir la Légion d’honneur.
Le frère aîné, Charles, est celui qui a tout réussi : son mariage, sa vie de famille, son entreprise et le cadet, Frédéric, est le vilain petit canard (combien de fois dans ce roman, l’auteur se dit moche ? Je n’ai pas compté mais beaucoup. A tel point que ça finit par être louche : Beigbeder chercherait-il à ce que ses lecteurs le rassurent en lui disant qu’il est beau ? Je ne le ferai pas) qui a raté sa vie : deux divorces et seulement une fille.
Je cherche encore la virgule où il aurait fallu que je pleure.
Mon dieu que tout cela sonne faux ! Mon dieu que tout ce roman laisse voir toutes ses grosses ficelles ! Même Beigbeder s’y emmêle le crayon. Du coup, il ne sait plus s’il se souvient ou s’il faut encore qu’il fasse semblant de redécouvrir son enfance. Il en serait comique s’il n’en était pas pathétique.

Alors quoi ? Un roman français serait un des livres phares de la rentrée littéraire ? Ben merde alors ! Il existe quelques très rares passages que je peux qualifier de beaux, à chercher parmi les évocations de son enfance. Mais quand je lis qu’il s’indigne d’être retenu dans un endroit sale et puant et osant comparer ses petites heures de détention à celles que vivent les prisonniers condamnés ou celles que peuvent subir les chômeurs ou les SDF, je trouve que Beigbeider est INDECENT. J’aurais même envie de l’attraper par son col de chemise et de le secouer plusieurs fois : hé mec ! T’avais jamais vu la vraie vie, avant ? Tu veux que je te donne des cours ? Tu veux que je te raconte ce que subissent les gens au bout du rouleau – qui se sont retrouvés d’un coup à la rue à 45 ans -, et qui, bravant leur honte d’être sales et puants, ose venir trouver une association qui les aidera à obtenir à manger ? Et toi, toi, tu te plains d’avoir passé 36 heures en garde à vue parce que tu avais pris un rail de coke en pleine rue ? Tu prétends qu’on a voulu faire de toi un exemple et que le procureur en a profité. « Permets-moi, c’est la moindre des politesses, mon Jeanclaude, de t’immortaliser pour les siècles des siècles, puisque Ronsard n’a adressé aucune ode à tes ancêtres. » PRETENTIEUX ! « Commissaire, je suis prêt à avouer n’importe quel crime comme à Outreau, oui j’ai violé des enfants, oui je suis le Japonais qui a mangé une Hollandaise, oui, oui, oui, tout ce que vous voudrez, si je signe votre papier, je peux sortir ? » AFFLIGEANT et IRRESPECTUEUX.
« Certes, ma vie n’est pas plus intéressante que la vôtre, mais elle ne l’est pas moins. C’est juste une vie, et c’est la seule dont je dispose. Si ce livre a une chance sur un milliard de rendre éternels mon père, ma mère et mon frère, alors il mériterait d’être écrit. C’est comme si je plantais dans ce bloc de papier une pancarte indiquant : « ICI, PLUS PERSONNE NE ME QUITTE ». Aucun habitant de ce livre ne mourra jamais. »
Et bien, je te secoue encore et toujours mais je suis navrée pour toi : ma vie est bien plus intéressante que la tienne. Je peux comparer, j’ai lu ton roman. C’est ton complexe d’infériorité (cf. Inventaire parental, p. 251) qui te fait écrire cela ? Si tu tenais tant à rendre éternels tes parents et ton frère, tu pouvais le faire dans un petit cahier que tu leur aurais livré. Pourquoi avoir fait éditer ce livre ?

Un roman français restera pour moi le seul livre que je ne lirai jamais de Frédéric Beigbeder. Surtout quand j’entends les critiques prétendre que c’est son meilleur roman !
Une chose est à noter : avant d’avoir goûté Beigbeder, je n’avais jamais sorti autant les crocs.

Un roman français, Frédéric Beigbeder, éditions Grasset 288 pages 18 €

2 Commentaires
  • secondflore

    octobre 8, 2009 at 5:35 Répondre

    On voit bien que tu ne sais pas ce que c’est que d’être une classe privilégiée et de s’emmerder dans les beaux quartiers ! Tu manques de compassion.
    ;-))

  • Pibiche

    octobre 11, 2009 at 7:30 Répondre

    J’ai hâte de lire son prochain, « Ma Vie Fébrile avec H1N1 » ou « Ma Fidèle Gastro/hommage à Guerre et Pets »

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