Un ticket pour l’enfer de Laurent Botti

Après Pleine brume, Fatale lumière, La nuit du Verseau et Un jour, des choses terribles… voici le cinquième thriller de Laurent Botti, Un ticket pour l’enfer.

Extrait :

Plus tard, Charlie se rappellerait toujours ces images au ralenti. Non pas celles du meurtre, contrairement à ce que pareilles circonstances auraient dû commander – mais celles qui, d’une certaine manière, avaient fait basculer son destin.
Le bruit tout d’abord. Le vrombissement de la voiture.
Charlie était en train de manger une pizza avec son fils. C’était une soirée sans Serge – c’est-à-dire un moment précieux où elle pouvait respirer sans crainte, dîner plateau plutôt que d’un ris de veau qui l’aurait coincée des heures dans la cuisine et, surtout, jouir d’un tête-à-tête avec David, neuf ans : sa lumière, sa chaleur. Son seul bonheur.
A la télé, la Star Ac déployait lumières, cuivres et crises de larmes. Le lendemain, David devait aller à l’école, mais bon : c’était une soirée sans Serge – et même mieux, un week-end sans Serge ! et Charlie ne voulait pas gâcher la fête. Non que les aventures de Quentin ou les moues amères de Rafie l’eussent jamais passionnée. Mais la Star Ac ou Lost, peu importait : tout prétexte était bon pour goûter cette parenthèse, couver David du regard tandis qu’il fredonnait des chansons dont elle ignorait comment il pouvait les connaître (on n’écoutait pas beaucoup de musique chez les Thévenin, à part Johnny et Sardou, puisque Serge était fan), gommer de sa vue les grands cernes qui encadraient son petit visage de pruneau et lui brisaient le cœur, se répéter mentalement comme une gosse excitée, pendant que Sylvain (ou Julien ? ou Christophe ?) massacrait en live du Céline Dion ave un aplomb assez bluffant, se répéter donc le programme du week-end : prendre le train pour l’emmener au cinéma à Paris, manger des glaces et boire un chocolat chaud sur les Grands Boulevards, puis louer des Disney et des Pixar, se gaver de hamburgers… et l’étouffer de bisous. Alors, tant pis pour l’école : demain, elle appellerait et ferait un mot. Elle trouverait bien une solution pour cacher l’absence à Serge, qui, du reste, n’avait jamais montré aucun intérêt pour les études du gosse.
A la télé, la musique s’arrêta. Nikos surgit sur scène dans un tourbillon à se décoller le brushing, pour demander : « Alors, Rafie, quelle est votre note pour cette très belle reprise d’Il suffira ? »
Il était 21 h 41 aux diodes du DVD et David murmure d’une voix tendue : « Maman ? »
Charlie ne répondit pas tout de suite. Elle continuait de passer en revue l’emploi du temps, s’efforçant de caser les trois ou quatre heures de ménage nécessaires à un accueil digne de Serge le dimanche soir, d’effacer toutes les traces de ce petit bonheur volé au diable.
«  Maman…
– Hum…»
A l’écran : … Je n’ai pas senti chez Thomas un vrai désir de s’approprier la chanson… l’interprétation manque de personnalité…
« MAMAN ? »
Sous le décolleté de Rafie en plan américain : 21 h 43.
Et dehors : le moteur d’une voiture qui venait de pénétrer dans la rue des Noisetiers.
Ils habitaient près d’Orsay, dans une « charmante zone pavillonnaire » qui, sur catalogue, évoquait lointainement une banlieue à la Desperate Housewives, version sans ciel bleu, sans fleurs flashy, sans joggeuse à couettes et copines botoxées.
A cette heure, le quartier n’était pas le plus fréquenté d’Île-de-France – surtout par des véhicules au moteur si identifiable : un ronflement menaçant-polluant de très gros Diesel.
Charlie tourna la tête en direction de la fenêtre… puis croisa le regard terrorisé de son fils. Son cœur manque un battement. Ses yeux s’agrandirent. Elle se leva d’un bond.
« Vite ! Vite, Davy ! File au lit ! File au lit, je m’occupe de tout ! »

Résumé :

Charlie et David, son fils de neuf ans, vivent depuis sept ans avec Serge, un flic ripou.
Depuis sept ans, Serge leur fait vivre un enfer. Soudain, grâce aux facultés de David, Charlie en a enfin l’occasion de le quitter.
Mais rien ne se passe comme prévu. Serge a tout découvert et menace de s’en prendre à son fils. Charlie le tue et s’enfuit avec David.
Quant à Thomas Mignol, il voulait à tout prix prendre Serge et la Veuve, un transsexuel maffieux, en flag’ et se servir de cette affaire pour quitter l’IGS. En menant l’enquête, il découvre que Charlie et son fils étaient sous surveillance vidéo depuis plusieurs mois. Il semblerait bien qu’on cherche à récupérer l’enfant alors que d’autres veulent juste récupérer un ticket. Ou juste tuer Charlie.

Avis :

Où l’on retrouve les thèmes et les lieux chers à Laurent Botti. A savoir : un enfant aux capacités extraordinaires qui adore sa mère, des personnages au passé trouble et violent et la brume et la neige qui encerclent une ville gothique de Bourgogne, Laville-Saint-Jour.
Certains comparent l’écrivain à Stephen King, sûrement à cause de ses personnages d’enfants extraordinaires. Pour ma part, lire Botti, c’est comme lire un thriller écrit par Ellroy et Maupassant réunis. J’admire toujours autant la façon qu’il a de creuser la psychologie de ses personnages, ce qui les rend à la fois très réels et très humains.
Encore une fois, Laurent Botti maîtrise parfaitement le suspense et le rythme avec juste ce qu’il faut d’horreur et de perversité. BRAVO !

Un ticket pour l’enfer, Laurent Botti, XO Editions, 400 pages 19,90 €

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