Peepin’Tom

Dam entre, le sourire aux lèvres. Derrière lui, Scribe ne le voit pas mais elle sait. Il a ce sourire, celui-là. Forcément. Dans la chambre, la femme s’approche, hésitante, pose la main sur sa poitrine. Dam a son autre sourire même si elle ne voit toujours que son dos. Il s’avance dans la pièce, pose ses affaires. Scribe entre et s’écarte de la scène. Elle ne participera pas. Un autre jour sûrement, avec une autre, elle salivera sur sa queue avant de la présenter devant la croupe gourmande de la fille mais là… Non. Scribe n’a pas non plus envie de s’asseoir. Elle reste debout, transparente.

Dam débouche la bouteille qu’il a apportée et remplit deux verres. Ils boivent. Scribe allume une cigarette, attend la suite. La femme se déshabille. Lentement. Dam mate tous ses gestes, appréciant cette dentelle noire, ses courbes. Ils parlent, un peu. Elle est jolie, sensuelle mais Scribe ignore son visage. Parce que. Dam va la toucher, Scribe le sait. Elle le sent. Elle pourrait anticiper tous ses gestes et ceux de cette fille.

Leurs yeux brillent de convoitise. Depuis quand n’ont-ils pas baisé ensemble ? Et leurs mains se tendent, se réapproprient la chair de l’autre. Les respirations deviennent soupirs. Scribe cherche les yeux de Dam mais il ne la regarde pas. Salaud ! La jeune femme regarde cette bouche qu’elle adore sucer se poser sur cette peau qu’elle ne connaitra jamais. Qu’elle ne veut pas connaitre. Surtout pas. Il la lèche et la fille exhale un râle de plaisir. Le cœur de Scribe s’affole. Elle pourrait presque la traiter de salope. Le mot est là, juste au bout de sa langue.

Mateuse, Scribe est simplement mateuse.

Elle regarde leur dernière scène, leur dernière fois. Toutes les caresses qu’ils se donnent, ce sont des caresses qu’elle et Dam pourraient se donner. A la fois autres et pourtant si semblables. Malgré tout, Scribe ne ferme pas les yeux. Elle veut voir Dam l’aimer. Parce qu’il ne la baise pas. Il l’aime cette femme un peu trop amoureuse. Il suffit de voir comme leur gestuelle devient plus langoureuse à certains moments. Son amant cherche autant son plaisir que celui de sa partenaire. Et Scribe regarde les lèvres humides de la belle s’ourler autour de ce sexe qui… Dam mord sa lèvre, ferme les yeux, les ouvre à nouveau. Leurs regards se croisent pour la première fois, celui de Dam se voile. Ils changent de position. Scribe aussi. Quand Dam pénètre ce cul tendu, quand il le claque jusqu’à en accentuer la cambrure, Scribe frémit. Quelque chose a changé. Ce n’est pas dans l’air, c’est en lui. Et Scribe l’a senti. Et Dam le sait.

Scribe sent ses coups de reins comme s’il était en elle, puissants, gourmands, possessifs. Son corps se met à vibrer à l’unisson du corps qu’il pétrit à son envi. Dam ne prononce aucun mot mais elle entend tout. Alors, elle sort. Leurs adieux ne la regardent pas.

Hors d’eux, Scribe ressent leur plaisir. Ça la fait mouiller. Son amant n’en saura rien. Elle ne lui dira pas non plus qu’elle s’est masturbée en s’imaginant être à la place de cette fille. Et puis quoi encore ? S’il pense à elle quand il baise ce cul, à qui pense-t-il quand il pénètre le sien. Elle lui demandera. Plus tard.

Quelques heures plus tôt :
– Quand je vois comme le ciel dégouline, je me demande ce qu’il faudrait pour l’épuiser.
– Ça ne s’épuise pas comme un homme. Je la vois cet après-midi. Dans sa chambre d’hôtel. Une dernière fois.
Scribe n’avait pas réagi tout de suite. Elle regardait la pluie tomber, imaginait la suite des aventures de P&L. Si P. a installé des caméras pour surveiller L., comment A. va-t-il se retrouver en possession de la vidéo du meurtre ? Je laisse A. assis à cette place dans cette église ou il sort ? Je n’ai pas vraiment envie qu’il la voie. Même une dernière fois. Je préférerais passer des heures avec lui. Je préférerais tenter de lui faire crier grâce. Ou profondément liés, yeux dans les yeux, j’aimerais  qu’il me dise…

– J’irai visiter St Séverin. Un jour. Je t’emmènerai. Surtout dans les coins sombres.
– Ce sera le confessionnal.
– Classique. Mais efficace.
– Oui. Mais totalement blasphème.
– Et si un curé nous surprenait ?
– Il se rincerait l’œil.
– Ou se masturberait.
– Ce serait encore meilleur. A deux doigts de perdre la tête…

Scribe appréciait aussi son humour. Et sa liberté.

La pluie avait repris sa danse. Le clavier de son PC crépitait. Finalement, elle avait trouvé comment enchainer l’histoire de ces deux êtres déchirés. Bientôt, ils allaient lui manquer. Au point final, elle aurait mal. Ils allaient tous lui manquer. Mais ils n’étaient que des personnages après tout.

Les musiques d’Avatar défilaient dans le lecteur. Incroyable ce film ! Scribe s’était retrouvée happée par ces images virtuelles à un point tel qu’elle avait été plusieurs fois tétanisée par le vertige. Les compositions de James Horner convenaient parfaitement aux réflexions d’A. dans l’église. Elles fusaient.

Soudain, son esprit dévia vers la chambre qu’occupait encore à cette heure son amant et sa maîtresse. Quatre heures de baise. Si ce n’était pas dire adieu en bonne et due forme… Possible aussi que ce n’en soit pas un.

Scribe ne connaissait pas la belle mais elle imaginait tous ses gestes. Tous leurs gestes. Elle les voyait évoluer devant elle. Elle sentait le désir de l’autre femme. Sa volonté de s’accrocher à lui, de le retenir entre ses cuisses, dans sa bouche, dans son cul.

La journaliste se projeta dans cette chambre, avec eux.

– Qui je suis pour toi ?
– Celle en qui j’ai confiance. Celle que j’aime rejoindre du côté sombre.
– Tu sais, ce n’est pas sûr que j’arrive à te dire les mots que tu veux entendre.
– Mais si. Quand nous ne formerons plus qu’un. Les yeux dans les yeux.
– Et moi ? Je peux t’en imposer ?
– A toi de les trouver.

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