Queue dalle !

– Dis donc, c’est quoi ces tas de coquillages ? Les restes des restos du coin ?
Planquée derrière son appareil photo, Scribe riait aux éclats. Et cette conne de mouette qui lui refusait un vol stationnaire ! Même pas qu’elle se la jouerait star ! ‘spèce de mouette !
– N’empêche, elle est ridicule cette petite plage ! La Rochelle n’a pas les moyens de s’en payer une plus grande, vu leur nombre d’habitants ?
– Z’ont un trop gros port !
– P’tain, elle est froide ! Ça t’fait circuler l’sang, vingt dieux ! Au moins, j’vais digérer nos «48h de la bouffe» !
– Qu’est-ce que tu fabriques ?
– Je tente de prendre une mouette en photo.
– Elles vont nous chier d’ssus, ouais !

Et Scribe riait de plus en plus fort. Elle était bien. L’air sentait l’iode et Shalimar. Même le dimanche, les pouffes étaient de sortie. Pourtant, en regardant deux amoureux passer, Scribe avait pensé « et moi ? ».
– On est vraiment dingues ! Faire une heure et demie de route pour un quart d’heure de plage !
– T’oublie qu’il va falloir les refaire dans l’autre sens !
– On peut refaire un arrêt chez eux en repassant si vous voulez.
– Ah non, hein ! C’était quoi l’expression ?
– Non merci, j’ai les dents du fond qui baignent.
– Dégueu !
– Non.Réaliste.
– Tu vas lui mentir ?
– A qui ?
– A ta mère !
– Et puis quoi encore !

Ils étaient repartis vers la voiture. Elle était restée quelques minutes supplémentaires, le temps pour elle de mitrailler ce bout de plage, de se demander comment Yeux noirs aurait shooté ce lien de plastique pris dans ces algues. Ou ces deux chiens qui jouaient à se faire peur.

Pendant le trajet de retour, Scribe avait lu Un amour trop mortel. Le temps de se mettre en bouche et la journaliste avait apprécié l’histoire de ce roman érotique qui dépassait la simple histoire de baise. L’auteur, Perrotte, abordait franchement l’invasion du sexuel dans les couples qui jouaient à des jeux dangereux. On ne plonge pas dans le sexe comme on suce un Carambar. Dam lui manquait. Julie Lou aussi. Les dernières images qu’il/elle lui avait envoyées par MMS l’excitaient vraiment. En janvier, ce serait la jubilation. Mais Dam…

En rentrant, Scribe n’avait trouvé aucun message de son amant. Salaud ! Salaud ! Salaud… Sa colère l’avait amusée. Si on pouvait appeler cela de la colère. Et cette envie de lui attacher les poignets juste au-dessus de son sexe et d’approcher lentement sa bouche de son gland qui ne la quittait pas.

Si tu as besoin que je m’éloigne, pour x raisons, je peux le faire. Il suffit d’un simple « Dégage ! ». Ça m’évitera d’être ridicule. D’avoir l’impression de monologuer pendant que monsieur s’affaire ailleurs. D’avoir l’impression d’être la ravissante idiote de service alors que tu joues les tombeurs ténébreux. J’ai compris pourquoi tu tenais absolument à ce que mon regard soit plongé dans le tien, surtout si un autre est dans notre lit. Je veux dire, c’est devenu encore plus évident depuis ma dernière lecture. J’envie ces hommes qui savent te donner du plaisir que je ne te donnerai jamais aussi pleinement. Je sais ce que tu ressens quand un homme me pénètre devant toi. La même chose que ce que je ressens quand tu pénètres une femme devant moi. J’en ai simplement plus conscience. Alors, regarde-moi !
J’ai envie que tu me baises et que tu me fasses l’amour. Et ce n’est qu’un début… Si tu ne viens pas à notre prochain rendez-vous, je te tue. D’accord ? Je ne pourrai pas te violer si tu n’es pas là. Même si tu es là, remarque. Dieu sait combien je… Et puis merde, Dam. Dis-le-moi si tu veux que je m’éloigne.

La réponse avait fusé, rapide.

Queue dalle ! Tu restes.

Scribe avait rougi. Tu restes… Mais ça ne s’écrit pas comme ça, que dalle !

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