Sexual fantasy

Les flocons recouvrent doucement sur le paysage. De derrière la fenêtre, Scribe entend des oiseaux siffler. Peut-être fêtent-ils cette première neige ? Dans sa tête tourbillonnent des images érotiques et pornographiques. Dans l’âtre, les bûches crépitent, rouge et noir.

Il y a là la peinture Des oiseaux, l’envergure Qui luttent contre le vent
Il y a là les bordures Les distances, ton allure Quand tu marches juste devant

« Qu’est-ce que tu fais ? » « Je regarde ton cul. J’aime te voir marcher » Il avait ri dans cette rue écrasée sous un soleil de plomb. Plus tard, devenue Julie pour quelques heures, il lui avait offert une danse pendant laquelle Scribe avait pu savourer pleinement la beauté de ce cul, si sexuel.

Il y a là les fissures Fermées les serrures Comme envolés les cerfs-volants
Il y a là la littérature Le manque d’élan L’inertie, le mouvement

« C’est pour cela que je me sens si proche de toi. Ces fêlures que tu portes… Cet humour… Cet amour du jeu amoureux… Ce plaisir de se frotter au danger… Cette volonté de rester debout, de rester libre… Et j’aime ta queue. J’aime les belles queues. Vraiment. »

Parfois on regarde les choses Telles qu’elles sont En se demandant pourquoi
Parfois, on les regarde Telles qu’elles pourraient être En se disant pourquoi pas

« Je me tais plus souvent que je te dis. Mais lorsqu’il m’arrive de me lâcher, de t’avouer des choses que j’aurais voulu encore cacher, quelque part, j’ai encore peur que tu fuies. Mon côté sado-maso qui ressort. » « Espèce de parano, va ! » « Je visiterais bien la Toscane en ta compagnie quand tu auras terminé de jouer avec cette beauté masculine… Il est très sexuel. Tout comme toi. Tu es certain qu’il est 100% gay ? »

Il y a là les mystères, Le silence sous la mer Qui luttent contre l’temps
Il y là les bordures Les distances, ton allure Quand tu marches juste devant

« Alors tu vas me détester dans pas longtemps. » « J’aimerais savoir comment tu lui parles. J’aimerais savoir comment il t’aime. » « Je lui dis que sa queue me fait saliver » « Et si tu tombais amoureux de lui ? »

Il y a là les murmures Un soupir, l’aventure Comme emmêlés les cerfs-volants
Il y a là la littérature Le manque d’élan L’inertie le mouvement

« Avec lui, je traverse des miroirs que je ne traverserai avec aucun autre. Mais jouer avec toi, c’est atteindre des sommets… C’est pire. Pire dans le sens où c’est plus… Non, pour être honnête, c’est juste différent. Te posséder pendant quelques heures alors que je sais pertinemment que tu partages la couche d’autres femmes ou d’autres hommes, c’est… » « J’ai toujours cette envie de te pénétrer à nu, sans capote. Elle revient régulièrement. Tu sais, je n’ai jamais connu une complicité comme celle qui nous lie. »

Parfois on regarde les choses Telles qu’elles sont En se demandant pourquoi
Parfois, on les regarde Telles qu’elles pourraient être En se disant pourquoi pas

La pièce est circulaire. Plongée dans le noir presque complet. Il/elle est à genoux, au centre. Scribe est derrière lui/elle, encore debout.
Tout à coup, une lumière crémeuse offre à leur vue sept queues, épaisses et longues. Comme ils aiment. De là où elle est, Scribe distingue toutes ces shemales, si différentes et si belles. Elles échangent un sourire. A genoux, Julie ne voit que ces sexes tendus vers sa bouche gourmande.
Scribe s’agenouille. « Si je t’autorisais à poser les mains sur leurs jambes, peut-être que tu sentirais leurs peaux aussi douces que de la soie. Si je laissais tes mains courir sur leurs corps, peut-être que tu devinerais un ventre lisse et des seins ronds…Tu ne vérifieras jamais ces hypothèses car le jeu, c’est sans les mains. Suce, ma belle, tu en meurs d’envie. Comme je meurs d’envie d’entendre tes slurps et de partager les miens sur un de ces chibres. »

Parfois on regarde les choses Telles qu’elles sont En se demandant pourquoi
Parfois, on les regarde Telles qu’elles pourraient être En se disant pourquoi pas

Scribe cligne des yeux.
Dans l’âtre, les bûches se meurent. La neige n’est plus. Il est temps de se remettre au travail. Il est temps de devenir ce personnage masculin aux cheveux mi-longs, esthète et coquin. Elle voit l’église. Elle le voit assis sur un banc dans l’ombre, les yeux fermés. Elle connaît le sourire qui dessine ses lèvres. Elle connaît ses lèvres aussi pour les avoir baisées et sucées. Mais ça, qui pourra le savoir en la lisant ?
« Il faut vraiment que je te baise puis que je te fasse l’amour. » « Comment c’est quand tu fais l’amour ? » « Tu le sauras bientôt. Très bientôt. »

 

Il y a Paroles de Gaëtan Roussel

 

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