Amour, sexe et voluptés

Les bateaux avancent rapidement, portés par des  hautes vagues transparentes et la rage des combattants qui scrutent l’ennemi, debout sur le pont. Ça rit. Ça piaille. Ça invective.
– Là ! Là ! Je te dis qu’ils sont là !
– Je ne vois rien ! Je ne vois rien ! Où, bon sang ?
– Là !
– Envoie la vapeur qu’on se retrouve derrière un écran de brume !
– Ça passera pas !
– Et moi, je te dis que ça passera.
Les autres les avaient loupés. De peu mais ils étaient passés sans les toucher. L’énorme vague avait juste emporté un des leurs. Peut-être qu’il réapparaitrait plus tard, sur l’île ? Elle s’était retournée pour les regarder. Ils sautaient sur place, le bras droit levé en signe de victoire, les filles plus excitées que les garçons. Ni l’un ni l’autre n’allait apprécier son annonce, pourtant elle n’avait pas le choix.
– C’est eux qui ont gagné. Inutile de protester. C’est ainsi. Je la préviens et je veux tous vous voir à la fête. J’ai bien dit tous.
A midi, l’éléphant royal envahissait la rue. Sur son dos, Lauralie exultait. « J’ai gagné ! Je leur ai fichu la pâtée ! » La môme n’avait que cinq ans. A son passage, les gens applaudissaient. Pourtant, parmi la foule, certains serraient les poings.
– Qu’est-ce qu’elle est jolie cette gamine ! Sa peau café au lait. Ses grands yeux marron. Et toutes ses tresses qui dansent autour de son rire… Si l’un ou l’une d’entre vous bouge, je le tue. On va boire. L’alcool coule à flot. Allez !

Un léger frottement l’avait réveillée. Scribe ouvrit les yeux. Putain de rêve ! C’était quoi encore cette île ? Inutile de tenter de raconter cette histoire à Dam. Et d’une, il s’en fichait comme de son premier biberon. Et de deux, il s’en fichait. C’était quoi ce bruit ? Quelqu’un bougeait dans la maison ? Quelle heure pouvait-il être ? Le jour ne filtrait pas vraiment au travers des volets. La neige, sans doute. Se lever et faire sa gym ? Et si elle replongeait ? Pour repartir dans une nouvelle aventure ? La dernière fois, Dam partait extraire une femme dans un pays sud-américain. En parlant de pays, Scribe n’avait toujours pas trouvé où évacuer ses deux personnages. En Asie ? En Cornouailles ? Au Canada ? En Australie ? Mais merde ! C’est quoi ce bruit ? OK ! Je me lève.

Scribe s’étire, la fenêtre grande ouverte sur l’étendue neigeuse. Le froid couvre sa peau d’une chair de poule qu’elle efface d’un geste agacé. En ouvrant la porte de sa chambre, elle tombe nez à nez avec Malabar. Le chaton siamois la devance en courant, déjà prêt à jouer.
– Hé man ! Lâche-moi, tu veux. Bouffe tes croquettes pendant que j’avale mon thé. Et non, tu peux roucouler derrière les carreaux, je ne t’ouvrirai pas pour que tu ailles chasser le rouge-gorge !
Une douche plus tard, Scribe est assise derrière son clavier. None of this matters. Except the love. Haha. Qu’allait-elle penser en lisant les épreuves qu’elle lui avait apportées hier ? Je vois bien le père foncer sur la route et retourner sa bagnole. Sauf que ça bloquerait tout. Il roule, la musique à tue-tête. C’est Pierre qui va se retrouver bloquer dans les embouteillages et arriver juste à…
– Bonjour, beauté.
Les lèvres de Dam se posent sur sa nuque. Ses mains glissent sur sa peau et Scribe se sent revivre.
– C’était long sans toi. Tu l’as baisée ?
– C’était long sans toi. Et je n’ai pas envie de répondre à cette question de petit flic.
D’une poussée, Dam fait se retourner son fauteuil de bureau. Il est nu. Encore légèrement humide. Scribe pose sa joue sur son ventre, sa bouche juste à hauteur de son gland, ses bras enlaçant ses cuisses, ses paumes sur ses fesses.
– Je n’ai pas envie que tu me répondes. Je devine que tu étais avec elle. Le reste… Je l’ai revu. J’adore ces bascules transgenres. Son cul pommé si… sexuel. Sa cambrure affolante… C’était si long sans toi.
Scribe chuchote sans bouger. Dam fourrage dans ses cheveux courts.
– Ça devenait vital. Il fallait que je te voie, Scribe. Viens…
Dam l’attire contre lui et l’embrasse langoureusement. Il l’effeuille avec douceur et bientôt leurs deux corps dénudés se pressent l’un contre l’autre, gourmands. Ils se retrouvent allongés sur le lit. Elle sur lui. Lui dans elle.
– Raconte…
– La chambre était voilée d’une lumière douce. Il avait apporté du vin. Celui qu’il préfère. Légèrement liquoreux. Et frais. Il avait aussi de l’herbe. Des mélanges interdits pour un voyage interdit. Bouge encore…
– Raconte encore…
– Ta main là, j’aime… Je suis toujours autant subjuguée par sa beauté androgyne. Surtout qu’en dehors de nos chambres, rien n’est visible. Même si certaines rares personnes le reniflent. Même s’il est très loin de ressembler à un videur de boite de nuit, il est mâle, jusqu’au bout de la queue. Il suffit de quelques minutes ensemble, de quelques mots échangés et la transformation s’opère. Alors je bande. Plus profond tes doigts…
– Raconte.
– Tu es un beau salaud.
– Raconte.
– Tue-moi…
– Pas encore. Raconte.
– Elle a dansé sous mes caresses. Joui quand je l’ai pénétrée. Gueulé son plaisir à en fendre les murs de la chambre. Elle feulait. M’affolait. Et plus elle feulait plus j’avais envie de la prendre. Je l’ai salie. Je l’ai adorée. Je l’ai aimée. Je t’aime.
– Alors je te tue.

La porte d’entrée se referme, sans claquer.
Dehors, la neige se tasse, laissant apparaître ici ou là des brins d’herbe. Une neige à cheveux. Les traces des renards sont encore visibles. Cette nuit, elle les avait vus arriver en couple.
Elle ne va pas retrouver la trace de son blog. Disparu. Et lui sera surpris que son email n’arrive pas à destination. Oui, c’est ça. C’est ça. Tout se met en place. Alors go.
Et il neige à nouveau. 

Pas de commentaires

Poster un commentaire