Jalousie et gourmandise

Boing boing boing. Tout droit. Boing boing boing. A gauche. Boing boing boing. A droite. Boing boing boing boing boing. Le pivert sautille jusqu’à ce qu’il trouve de quoi picorer. A chaque coup de bec, sa huppe rouge vif se redresse sur sa tête. Scribe le regarde, tentant de rassembler ses pensées.
Sur la route au loin, un poids-lourd à la remorque bleue file vers Nancy. Le thermomètre affiche – 6° sous abri. Le soleil éclate sur les flaques gelées. Il faudrait accrocher de nouvelles boules de graisse aux branches nues du seringat. Il faudrait passer l’aspirateur, réajuster les plaids sur ces canapés trop oranges. Il faudrait…

– Ta jalousie m’emmerde.
Et Dam avait claqué la porte. Quoi ? Sa conversation lui pesait autant ?
Scribe avait eu un petit rire. Comme un hoquet. Elle avait pleuré aussi, ce qui avait libéré toute cette tension qu’elle s’était imposée depuis plusieurs jours.
Jalouse ? Je serais vraiment jalouse ? Si c’était le cas, pourquoi je ne le piste pas comme une épouse jalouse ? Voire un mari jaloux. C’est lui qui a évoqué ce mari jaloux d’ailleurs. Bon, OK. J’ai été plus que maladroite en lui répondant. Voire lourde. Pire : balourde. N’empêche, s’il veut désactiver cet homme, il n’a qu’une seule chose à faire : ne plus baiser sa femme. Ou plus discrètement. Ou alors, il le flingue. Direct. Mais efficace. Jalouse ! Comme ces femmes qui font les poches de leurs Jules ? Comme celles qui chipent leurs portables et remontent leurs SMS ou installent des logiciels espions pour lire leurs emails ? Merde alors ! Jalouse, c’est un comble ! Il ne comprend pas qu’il me manque ? Que j’ai besoin de le sentir plus présent. Que c’est son absence qui me vexe. Que parfois, il flirte avec l’indifférence. Que je ressens ce manque comme de l’indifférence de sa part. M’écoute-t-il seulement en ce moment ? Je parle, je parle et rien. Je monologue du vagin, oui. Mais jalouse… Merde ! Merde ! Merde et merde !

Une longue séance d’abdos et de fessiers plus tard, Scribe avait chantonné sous la douche. Elle n’allait pas se laisser abattre par sa fierté de mâle. Quand bien même elle aurait enfreint une de ses règles. Et quelles règles respectait-il lui d’abord ?

Assise derrière son clavier, Scribe continue de faire vivre son nouveau personnage. Elle y prend un plaisir fou. Derrière ses yeux verts bouge un homme étonnant. Elle voit toutes les pièces de son appartement. Elle entend sa voix. Elle connaît ses répliques. C’est bandant de jouer les marionnettistes !
De temps en temps, la jeune femme jette un œil à son GSM. Elle sursaute lorsqu’il lui signale un nouveau message. Ce n’est pas Dam. Juste cet acteur.
Et si Dam jouait à la Marquise de Merteuil au point de lui envoyer un « On s’ennuie de tout, mon ange, c’est une loi de la nature ; ce n’est pas ma faute. Adieu, mon Ange, je t’ai prise avec plaisir, je te quitte sans regret : je te reviendrai peut-être. Ainsi va le monde. Ce n’est pas ma faute » ? Elle pourrait rivaliser de cruauté en lui renvoyant le « si la Nature n’a accordé aux hommes que la constance, tandis qu’elle donnait aux femmes l’obstination, ce n’est pas ma faute. » mais Scribe n’a pas envie d’être cruelle. Elle aimerait juste un tout petit peu plus d’attention de la part d’un homme qui la considère comme sa complice. Péché de gourmandise !

1Commentaire
  • Laetitia

    janvier 4, 2010 at 3:06 Répondre

    Étrange parallèle avec une situation récente vécue et qui revient hanter, parfois. La jalousie? le voilà le vrai péché.

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