Sous les mains sanglantes de Val McDermid

Longtemps journaliste, Val MacDermid vit de sa plume depuis une quinzaine d’années. Ses romans sont des best-sellers en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, au même titre que ceux de Minette Walters et de P.D. James.

Extrait :

Vendredi

Les différentes phases de la lune ont un effet mystérieux mais indubitable sur les malades mentaux. Demandez à n’importe quel infirmier psychiatrique. Pour eux, c’est une vérité universellement connue. Et aucun n’aurait l’idée de faire des heures supplémentaires au moment de la pleine lune. A moins d’être totalement désespéré. C’est aussi une vérité qui embarrasse les spécialistes du comportement ; rien là que l’on pourrait mettre sur le compte d’une enfance malheureuse ou d’une inaptitude aux relations sociales. Il s’agit d’un mécanisme externe contre lequel nul traitement ne saurait lutter. Il provoque les marées et arrache les loufoques à la routine qu’on leur impose.
Le fonctionnement de l’hôpital de haute sécurité de Bradfield Moor était aussi sensible à l’influence de la pleine lune que le suggérait son nom. D’après une partie du personnel, Bradfield Moor était une sorte d’entrepôt, où s’entassaient des individus trop dangereux pour être laissés en liberté ; selon d’autres, c’était un havre destiné aux esprits trop fragiles pour le bruit et la fureur de la vie au-dehors ; aux yeux du reste, c’était un refuge temporaire offrant l’espoir d’un retour à une normalité vaguement définie. Le troisième groupe était, comme de bien entendu, largement minoritaire et profondément méprisé par les deux autres.
Ce soir-là, non contente d’être pleine, la lune subissait de surcroît une éclipse partielle. Les ombres laiteuses de la surface lunaire virèrent peu à peu au jaune sale, puis à l’orange foncé, tandis que la terre passait entre elle et le soleil. Pour la plupart de ceux qui l’observaient, elle revêtait une mystérieuse beauté, suscitant respect et admiration. Pour Lloyd Allen, un des détenus les moins stables de Bradfiels Moor, c’était la justification absolue de sa conviction que la fin des temps était proche et qu’il était donc de son devoir d’expédier à son créateur le maximum de monde. Il avait été hospitalisé avant d’avoir atteint son objectif : verser le plus de sang possible afin que ces âmes libérées puissent monter au ciel sans entrave lorsque viendrait l’instant fatidique. Et il brûlait d’un désir d’autant plus vif que sa mission avait été contrariée.
Lloyd Allen n’était pas un idiot, ce qui rendait la tâche de ses gardiens encore plus ardue. Rompus à toutes les astuces courantes, les infirmiers psychiatriques n’avaient guère de mal à les contrer. Percer à jour les machinations des cinglés ingénieux était beaucoup plus difficile. Récemment, Allen avait mis au point une méthode pour éviter de prendre ses médicaments. Les infirmiers expérimentés voyaient clair dans ce genre de stratagèmes et savaient comment les déjouer, mais les diplômés de fraîche date, comme Khalid Khan, manquaient encore de la jugeote nécessaire.
Le soir de la pleine lune, Allen était parvenu à ne pas prendre les deux doses de calmant que Khan croyait lui avoir administrées. Lorsque l’éclipse commença à être visible, une litanie bourdonnait dans le crâne d’Allen. « Amène-les-moi, amène-les-moi, amène-les-moi », martelait une voix dans sa tête. De sa chambre, il percevait un coin de la lune, dont la mer de sang annoncée voilait la face. Il était temps. Grand temps. Tendu comme un ressort, il serra les poings et se mit à agiter les bras tel un boxeur dément levant et baissant sa garde.
Il tourna la tête vers la porte et s’en approcha d’un pas mal assuré. Il lui fallait sortir de là pour pouvoir remplir sa mission. L’infirmier ne tarderait pas à venir avec son dernier médicament pour la nuit. Alors, Dieu lui donnerait la force dont il avait besoin. Dieu le tirerait de cette pièce. Dieu lui montrerait le chemin. Dieu savait ce qu’il avait à faire. Il les Lui amènerait. L’heure avait sonné, la lune débordait de sang, les signes s’accumulaient, et il avait une tâche à accomplir. Il était l’élu, la voie du salut pour les pêcheurs.

Résumé :

Le profileur Tony Hill, grièvement blessé par un patient forcené de Bradfield Moor où il consulte, affronte de son lit d’hôpital sa garce de mère. Quant à Carol Jordan, sa séduisante locataire, elle doit élucider plusieurs meurtres dont l’assassinat du célèbre joueur de football de la ville. Lorsqu’une bombe éclate au stade un jour de match de Première Ligue, l’émotion du public atteint l’hystérie.

Avis :

Cinquième enquête du tandem Tony Hill/Carol Jordan, Sous les mains sanglantes distille parfaitement le suspense. Pour la première fois, le lecteur fera la connaissance de la mère du profileur. Mais est-ce que cette femme est vraiment une mère ? Entre polar noir et étude psychologique de la quintessence du Mal, Sous les mains sanglantes possède aussi la petite touche d’humour (Tony et Carol vont-ils enfin avoir une aventure ?) qui fait toute la différence.

Sous les mains sanglantes, Val McDermid, éditions du Masque 480 pages 22 €

 

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