Souviens-toi…

A coups de bec rageur, le pivert envoie balader la neige. Il tape, tape, tape. Un léger bip envahit le silence. Scribe ouvre le message. Une photo. Une image qu’elle prend en pleine tête. En plein ventre.

La plage, la mer et le soleil surgissent.
Des corps nus étendus sur des draps de bain tels des étoiles de mer échouées. Ça sent l’iode, la noix de coco, la sueur et le sexe. Au loin, des enfants crient. Au loin, des textiles jouent à s’envoyer une balle. Un chien court dans les vagues. Ici ne règne que la torpeur. Et le nu intégral.
A plat ventre, elle le regarde avancer dans les flots. Il est debout face au large. Autour d’eux, le silence devient frémissant. Plusieurs paires d’yeux sont fixées sur son cul. Est-il conscient de l’attraction sexuelle qu’il exerce sur ceux qui le matent ? Bien sûr que oui. Il en joue. Il adore ce pouvoir. Il en a peur aussi.
Il revient vers elle et s’allonge à même le sable brûlant, à quelques mètres de distance. Elle répond à son sourire, sans bouger. Au fil des heures, la plage se videra. Plusieurs fois, ils iront plonger dans les vagues, refroidir ce corps qui chauffe au soleil de l’été. Toujours, ils s’allongeront distants de plusieurs mètres, tête-bêche, pour ne pas se quitter des yeux. Elle remarquera l’absence soudaine de la femme qui l’accompagnait mais à qui il ne prêtait pas vraiment attention. Elle sentira son attente et en sera friande, tout comme lui. Le soleil n’a pas encore baisé la mer qu’ils s’approchent. Lui, ne fait aucun geste. Depuis quelques minutes déjà, il git à plat ventre, jambes écartées, le cul bien en évidence.
Quand les premières caresses huileuses tombent sur son dos, il ferme les yeux rapidement. Puis son regard se fixe sur le sien. Pendant de longues minutes, les trois hommes vont l’oindre de la nuque aux chevilles, osant immiscer leurs mains dans sa raie. Elle le voit qui apprécie. Vraiment. Elle tremble de le sentir si excité. Aucun de ces masseurs n’aura de gestes plus sexuels que des doigts qui s’enfoncent. Et toujours il la regarde.
Des années plus tard, il lui confiera : « Je ne suis pas homo. Si je rêve de sucer une queue, mon désir reste mental. Mais je sais que tu rêves de me voir avec un homme. »

La couverture blanche a fait disparaître le paysage habituel. Tout est vierge. Non écrit. Les renards ont laissé leurs empreintes. Les mésanges aussi. Scribe soupire. Il faudrait aller éteindre cette radio qu’un autre a laissé allumée. Sorry Angel. Sorry so. Gainsbourg étale sa peine. Elle pense à Cantat. A Mano Solo. Elle pense aussi à ces morts inconnus. Elle pense à ses morts qui vivent toujours en elle, à cette liste qui s’allonge un peu plus chaque jour, chaque nuit. Alors, elle veut du sexe animal. Elle le veut lui.
« Evidemment. »
Scribe sourit à nouveau. Il dit « évidemment » avec une telle assurance. L’envie soudaine de le rouler nu dans la neige surgit. Implacable. Un sauna bouillant et le froid de l’hiver. « Où que tu sois, je serai là. » Ces mots, c’est elle qui les avait prononcés. Ce n’était pas une promesse. Juste une évidence. Ils n’avaient pas arrêté de date. Pas besoin. Il suffirait d’un « Viens… ». Il suffirait d’un train. Et puis une nouvelle chambre, remplie de leurs êtres multiples. De leur faim. De leur soif. Des heures à bannir le réel. Des heures pendant lesquelles ils oseraient tous les gestes. Il lui dirait encore « Je t’aime ». Elle oserait un « Sois ma femme ». Ils s’épouseraient charnellement à en faire rougir la lune et le soleil, et toutes les catins et toutes les putains. Ils se baiseraient à en noircir la neige. Du sexe sensuel à outrance, animal et minéral.
– Souviens-toi… Je deviens toi. Dans ma tête, je deviens toi… C’est toi qui m’as appris. Ce monde inverse est là. Tu le touches. Je le touche. Nous sommes ce monde. Juste un miroir qui se retournera après… Car je veux aussi ta belle queue de mâle. Souviens-toi… Ton corps n’a pas changé. Tu as toujours ce joli cul qui fait fantasmer les hommes et les femmes.
– J’adore. Tu me parles comme à une nana. Tu me flattes. J’aime être une femme avec toi.

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