Folies de Femmes, cadeau idéal pour une St Valentin érotique

Fidèles à leur tradition, pour la St Valentin, les éditions Blanche proposent un recueil de nouvelles, Folies de Femmes, écrit par une vingtaine de femmes dont je fais partie pour la première fois. Cette année, le thème choisi tourne autour de la folie amoureuse, voire mieux, le pénètre au plus profond.

La folie amoureuse… Voilà un thème qui a laissé libre cours aux univers fantasmatiques de chacune des femmes qui a participé à ce collectif. Trouble, émoi, fascination, les émotions sont diverses mais bien présentes dès lors qu’on commence à lire une de ces nouvelles érotiques.

Comme il serait un peu trop prétentieux de vous offrir un extrait de ma nouvelle, je vous propose plutôt de goûter quelques morceaux choisis de celles qui m’ont plu. Pour lire la suite, il suffira de vous rendre dans votre librairie la plus proche. Folies de Femmes est en vente libre depuis ce matin !

Extraits :

– Tu vas bien, maman ?
Elle relève la tête, son regard balaie le café, elle soupire à nouveau. Sylvia étend ses jambes en biais, libère un pied de son escarpin, l’appuie sur son autre cheville dans l’allée.
Ce pied émancipé, gainé de Nylon, le met en alerte. Son attention est rivée à ses cinq orteils. Il est sûr d’avoir vu ses orteils remuer sous le bas, signe que sa mère est nerveuse. Arno revient sur son visage qu’il radiographie en plissant les yeux.
– Je revis avec un homme, Arno. Jeune.
Le timbre de sa voix change comme si le désir pour cet homme qu’elle évoque lui tendait les cordes vocales. Son parfum le trouble, il croit reconnaître dans ses effluves quelque chose d’indécent qui raconte sa nuit amoureuse.
Arno se fige. Ça veut dire quoi « jeune », pourquoi précise-t-elle ça ? La voix lui manque, il reste interdit. Dévisage encore sa mère. Elle soutient son regard et sourit un peu gênée. Il a l’impression de découvrir sa nudité dans ce sourire que l’embarras ne parvient pas à rendre pudique, bien au contraire.
Le sourire de Sylvia à cet instant est obscène. Il regarde une femme, pas sa mère. Pas la veuve de son père. Sa pomme d’Adam se sculpte sur sa gorge, ses maxillaires saillent et crispent ses joues. Le sang qui bat dans ses temps l’assourdit. Cette mère qui n’est plus qu’une femme de chair le charivarise. Il l’observe, ses yeux à peine maquillés, ses cernes un peu mauves, son cou griffé par quelques rides mais toujours gracile, ses cheveux méchés. Il ne connaît pas cette créature qui n’a plus rien de maternel.
– Jeune comment ? questionne-t-il d’une voix blanche.
– Trente-deux ans.
– Trente-deux ans… presque mon âge.
La grâce du sourire de Sylvia l’achève.
Arno voit dans ses yeux les reflets des accouplements de sa mère. Un sang de colère épais, noir, gonfle ses veines, des images se succèdent comme dans une bande dessinée pornographique qu’il feuillète, sa mère assise les cuisses écartées, le sexe offert, l’homme démesuré, le visage maternel défiguré par le rictus de jouissance…
Le sexe d’Arno réagit à cette infamie en cherchant à se dresser dans son boxer. Il doit stopper ce délire infernal.
Sylvia observe son fils, ressent son trouble et s’agite sur sa chaise. Elle l’imagine fâché de cette nouvelle. Arno n’accepte sans doute pas l’âge de son jeune amant. Elle lui caresse le dos de la main pour l’apaiser. Cette chatterie brûle la peau du fils. Il recouvre la main de sa mère dans la sienne et serre fort, beaucoup trop, pour lui faire mal. Sylvia proteste tout doucement et rive ses yeux sur son regard dur.
– Arno… murmure-t-elle d’une voix un peu plaintive en ramenant ses jambes sous la table.
Sa voix est une voix d’amante, pas celle d’une mère. Une voix capiteuse de femme repue qui déverse son flot d’humeurs louches et poisseuses. Arno renifle bruyamment, horrifié, une crampe lui serre le bas ventre, cet Arno agonisant qui empeste le prend à la gorge. Ça le dégoûte. Une avidité physique pour sa mère d’une brutalité insensée ravage son esprit et son corps. Un raz de marée. Ses yeux ne peuvent plus se détacher d’elle. Son aveu d’amante comblée démasque l’étrangère, soudainement démoniaque et électrisante malgré leur lien de sang. Il épie le visage de l’indécente, cherche sur sa bouche des traces de concupiscence, l’imagine ouverte et remplie. Zoome à n’en plus finir sur cette bouche qui dévore son champ de vision. C’est ma mère, ma si jolie mère, ricane intérieurement un fils qui se sent renié. Fils de pute. Arno cravache de ses mots muets sa perverse pulsion.

In Quelle fureur m’entraîne, Anne Bert.

En prenant la coupe de champagne que l’homme lui tend, Eve se demande encore comment elle a pu accepter cette invitation…
Cela s’était passé très rapidement, lors du vernissage de l’exposition d’une de ses amies. Il revenait du Bhoutan, elle rêvait d’y aller, et recherchait quelques témoignages de voyage avant de concrétiser son projet. En quelques minutes d’échange, Eve se voyait déjà là-bas ! Lorsqu’il lui a proposé de poursuivre cette conversation chez lui, elle s’est entendue dire : « quelle bonne idée ! » et le rendez-vous s’est pris facilement pour la semaine suivante.

Sortant de ses réflexions, Eve lève les yeux vers lui : un bel homme aux yeux clairs et brillants, à l’allure tranquille et élégante. Il esquisse un demi-sourire, elle se relâche un peu et lance « à notre rencontre ! » en levant sa coupe.
Le champagne est bon, la musique est sensuelle, et cette homme l’intéresse, ou plutôt l’intrigue, car cela fait plusieurs minutes qu’il se tait, qu’il la regarde fortement avec ce sourire qui la trouble.
Elle soupire, tente de se détendre dans le fauteuil, se laisse caresser par les notes du saxophone, les yeux mi-clos… Après tout, elle vient pour préparer son voyage au Bhoutan ; ce pays où les peintures murales représentent des dieux en pleine activité sexuelle l’attire, et elle a de nombreuses questions à lui poser.
Alors qu’elle s’apprête à ouvrir la bouche, l’homme commence à parler d’une voix un peu rocailleuse, une voix qui vient la chercher profondément, qui s’infiltre, la chatouille, qui se vrille en elle…
– Avant d’évoquer le thème qui nous réunit, j’ai une communication importante à vous faire.
Il s’arrête, sûr de lui, et la regarde, semblant chercher des indices de son état intérieur. Eve respire profondément, arrête la foule de questions qui se bousculent dans sa tête, et se force à fixer son verre, pour se donner une contenance.
L’homme reprend enfin :
– Dans quelques minutes, je vais me déshabiller devant vous, entièrement, et j’attendrai, me mettant à votre disposition.
Elle est abasourdie par le choc de ces quelques mots, et mesure le décalage entre la tempête qui se lève dans son cœur et le calme absolu de l’homme qui continue de la regarder tranquillement. Elle repère seulement que la lueur de ses yeux est intense.

In L’homme nu, Yo.

Folies de Femmes, collectif, éditions Blanche, 16 €

3 Commentaires
  • Comme une image

    mars 7, 2010 at 10:14 Répondre

    Ça m’a fait tout drôle, avant de lire ton article, de parcourir la liste des noms sur la couverture et de tomber sur ton pseudo !
    Mes félicitations !

  • Cali Rise

    mars 12, 2010 at 8:18 Répondre

    Je te rassure, cela m’a fait drôle à moi aussi. 😉 Tu le verras bientôt à La Musardine.

  • Isabelle Lorédan

    mars 17, 2010 at 10:28 Répondre

    Décidément, nous nous suivons de près, puisqu’après « Folies de femmes », je vais moi aussi sortir un texte (peut être même deux) à La Musardine… 🙂