Rendez-vous tantrique

Le sourire du serveur l’avait accueillie dès qu’elle avait poussé la porte. Scribe s’était installée dans la salle plutôt que dans la vitrine. Elle avait froid. Et faim de lui. Il restait quelques heures à tuer avant de le rejoindre dans une chambre, à l’hôtel d’à côté.

Scribe tournait les pages de L’art de la séduction en sirotant son thé au citron, totalement ailleurs. Les autres clients papotaient en un brouhaha ouateux. Son corps réclamait sa peau. C’était animal. Viscéral. Cérébral.
Les SMS de Bô arrivaient en vibrant, achevant de l’emmener là-bas, ailleurs. Zieux bleus insistait pour la voir. Elle n’en avait aucune envie. Elle voulait Bô. Bô… Bô Devil. D’instinct, à 13h, Scribe commanda de la viande rouge. « Il faut nourrir les muscles » lui dira plus tard son amant tantrique. Et ce fut l’heure d’aller à l’hôtel. Enfin.

« Chambre 522. »
Bô reçut ce SMS. Elle l’envoya aussi à Dam qui devait venir la rejoindre le dimanche matin. Quand Dam lui avait annoncé cet horaire, un 8h/11h, elle avait souri. Quelle excuse allait-il inventer pour pouvoir se libérer ? Messe ? Sport ? Envie soudaine d’aller faire les soldes seul ? Au fond d’elle-même, elle savait qu’il ne viendrait pas. Mais…

« Et l’adresse ? » Scribe avait ri de son oubli. Elle était déjà dans la chambre, à l’attendre, quand elle lui indiqua le nom de la rue et le numéro de l’immeuble. « J’arrive dans une demi-heure… » Tout au long du chemin, Bô allait décompter les minutes qui les séparaient encore l’un de l’autre.
Petite cette chambre, non ? Et ce lit tout près de la porte… Et ce rideau qui ne veut pas rester contre la fenêtre… Merde ! Juste un filet de lumière, ce serait bien. Et puis lui et moi…
Elle avait fumé, planquée dans les toilettes, la fenêtre à chaîne juste entrouverte. La chambre donnait sur une sorte de cour intérieure. La façade d’en face, recouverte de fenêtres vitraux lui faisait penser à une église. Cela ferait rire Bô quand elle le lui dirait.

« Préviens-moi quand tu seras au pied de l’immeuble… » « Je suis là… Dans l’ascenseur. »
Le cœur de Scribe battait la chamade. Cet homme, celui-là, pas un autre, elle le voulait. Elle voulait cet homme-là. Son désir de lui était terriblement puissant. Presque vital.
Enfin Bô frappa à la porte. Elle se leva pour lui ouvrir, se recula pour le laisser entrer. Le lit était si près de la porte que c’en était risible.
Scribe se déchaussa et gicla ses talons quelque part sur la moquette. Elle ne portait pas de string sous sa robe comme il le lui avait demandé.
Bô enleva son manteau noir.

Assis au pied du lit, leurs lèvres se goûtaient.
C’était lent.
C’était souffle et reniflements. Soupirs.
C’était sa langue qui pointait vers la sienne un peu et qui s’enfonçait toujours plus loin. C’était ses doigts qui osaient de plus en plus, tout en langueur, tout en retenue. C’était leurs ventres qui sourdaient d’une envie bestiale de l’autre et leurs raisons qui jouaient à « Retiens-toi ! Encore. Encore. Encore. Retiens-toi… »

Scribe le mit torse nu. Sa peau plus douce que de la soie l’affolait au plus haut point. Il souleva sa robe par-dessus sa tête et colla le haut de son torse contre ses seins. C’était… jouissif. Leurs doigts poursuivaient leurs voyages de plus en plus loin. Leurs tétons pointaient dur.
Elle déboucla sa ceinture. « Oui ? » « Oui. »
Il se retrouva en boxer puis rapidement entièrement nu.
Elle avait encore ces bas. Et toujours, ils étaient assis.
Vint le moment où leurs corps se réclamaient à mort. Ou attendre n’était plus tenable.

Bô Devil la bascula sur les draps. Leurs corps s’unirent enfin. Une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, …
- J’ai perdu le compte…
Bô éclata de rire. Ils étaient à plat ventre, le visage tourné vers l’autre. Leur respiration reprenait un rythme quasi normal.
- J’ai soif. J’ai faim et j’ai soif…
- Mange-moi…
Il attendait, allongé sur le dos, les bras écartés, totalement offert et indécent. Elle eut l’image d’un Jésus indien.
- Pacha…

Plus tard, ils fumaient, assis au bord du lit, proches de la fenêtre entrebâillée. Ils parlaient de choses et d’autres. D’eux surtout. Elle regardait ses longs cheveux, buvait ses sourires, ses regards. Ils allumèrent une nouvelle cigarette avant de replonger sous les draps, leurs peaux aimantées par celles de l’autre. Nous somme des bandes Velcro…
- Tu es certain que tu n’es pas Apache ? lui avait-elle demandé avec un sourire en retenant ses cheveux longs.
Bô avait ri, son sexe plongé en elle, redressé en appui sur ses mains.
- Finalement, je suis Pacha, Devil ou Apache ?
Ils avaient à nouveau joui.
- J’ai soif…
- Tu veux du champagne ? J’en ai apporté…
- Oui, j’en veux. Avant qu’il ne soit chaud. Et j’ai faim aussi…
Scribe s’était levée pour rapporter deux verres. Ensuite, elle l’avait regardé installer un assortiment de plats grecs, là, sur le matelas, au pied du lit. Elle épiait tous ses gestes, sa façon de coincer une mèche de ses cheveux derrière son oreille, sa façon de tripoter son sourcil quand parfois il lui parlait. Elle prenait en photo tous ces instants, dans sa tête. Enregistrait tous les registres de sa voix.
- J’aime tes mains… Tu es pianiste?
Ils avaient pique-niqué en papotant. Et replongé sous les draps. La nuit était tombée depuis longtemps. Ils étaient hors de tout, dans un territoire neutre. Juste elle et lui. Leurs esprits et leurs corps. Leur essence et leurs corps. Soudés.
- Plus je fais l’amour avec toi, plus j’ai envie de toi.
Bô était redevenu Devil, ses coups de reins étaient rageurs. Ils finirent par s’endormir, épuisés, la peau moite. Juste pour quelques heures. Le moindre effleurement de peau relançait leur envie.

Au matin, Bô se blottit contre son dos. Dans un demi-sommeil, Scribe le sentit s’enfoncer profondément en elle. Elle hoqueta légèrement. Plus surprise d’être toujours aussi humide que de sa sodomie sans préliminaires.
Quand il la mordit fortement, elle jouit. Violemment.
- Tu prends ta douche avant ou après moi ?
Ils étaient sortis deux heures plus tard, pour aller déjeuner dans une brasserie. Le serveur se souvenait d’elle et les avait installés à « sa » table.
Il l’avait prise en photo dans le faubourg St Martin alors qu’elle fumait. Puis, ils étaient revenus dans la chambre, leur désir était trop exacerbé. Avaient-ils réellement des voisins de chambre ? La 522 était reculée dans un petit couloir. En vérité, ni l’un ni l’autre ne s’en souciait. Eux seuls existaient. Et personne n’avait encore tapé contre le mur ou frappé à la porte en hurlant que leurs cris étaient insupportables.
- Je te préviens, j’ai atteint le stade où je n’éjacule plus.
- Viens… Oui, viens…
Leurs corps s’étaient à nouveau épousés pendant des heures durant. Les positions variaient, le plaisir devenait de plus en plus puissant. Les orgasmes succédaient aux orgasmes. La jeune femme avait l’impression de n’être plus que jouissance. LA jouissance. Et Bô était dans le même état. D’un coup, elle se sentit partir.
- Attends… Je vais… m’évanouir…
Sur le dos, ils regardaient la nuit jouer sur le plafond, reprenant leur souffle.
- Ça va ?
- Oui…
- Tu as faim ?
- Je crois, oui.
Ils s’étaient rhabillés et avaient affronté le froid avant d’entrer dans une jolie cave à vin. Le patron était aux petits soins pour eux. Ils buvaient du champagne les yeux rivés à ceux de l’autre. Bô parlait. Elle s’approcha, posa ses lèvres sur les siennes :
- J’ai envie de toi…
Plus tard, ils étaient à nouveau sous les draps à s’aimer et à se baiser. Comme si leur faim de l’autre était inextinguible. Leurs cris rebondissaient sur les murs et s’échappaient par la fenêtre restée entrouverte tellement ils avaient chauds.
- On est fous… C’est de la folie…
- Oui mais c’est si bon…
- Encore, j’en veux encore… J’ai soif mais je n’ai pas envie que cela s’arrête. Encore… Donne encore…

Ils avaient à nouveau dormi, quelques heures. Et au matin, c’est elle qui l’avait réveillé.
A nouveau Pacha, Bô se laissa faire sans pour autant la laisser seule aux commandes. Scribe pinça fortement ses tétons qu’il avait durs. Il râlait en répondant à ses coups de reins affamés. Elle adorait ça. Elle se pencha pour les lui mordre. Ses coups de reins devinrent plus puissants. Elle le mordait, le griffait.
- Je suis accro à toi.
- J’aime que tu le sois.

La dernière douche sonna la fin du voyage. Elle n’avait aucune envie qu’il parte. Ils enfilèrent leurs manteaux, elle termina de rassembler ses affaires.
Ils se firent face.
Leurs bouches se bécotèrent. Elle cherchait sa langue. Ils n’osaient pas se toucher, avaient beaucoup de mal à ne plus s’embrasser. Il ne fallait pas. Non, il ne fallait pas. Il fallait partir, loin. Loin de leurs corps qui se réclamaient encore. Loin de cette alchimie. Loin de cette osmose.
- Tu prends l’ascenseur avant moi ?
- Oui… Je ne suis pas doué pour les au-revoir.

- Tu me fais rire quand tu m’appelles Bô. Tu sais bien qu’il n’y a pas d’autres femmes. Ni d’autres hommes.
- Oui mais je resterai la seule à t’appeler Bô… Ma peau te réclame, tu sais ? Elle se souvient de tout. J’ai cherché les marques que tu aurais pu laisser… Elles sont invisibles à l’œil nu.
- Ce que nous avons connu, je ne l’ai jamais vécu.
- J’aime… J’en veux encore…
- Ce qui me trouble tant avec toi, c’est le naturel avec lequel cela s’est passé…
- Comme si nous nous connaissions déjà…
- Ce don mutuel… C’était beau, presque irréel. Ça coulait de source… Ton souvenir me hante… Le manque grandit…
- J’aime ce manque de toi… Ce désir qui tend mon corps comme un arc… Tout de moi te réclame…

About the Author

Cali Rise

Leave a Reply

Les tags XHTML sont autorisés: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <blockquote cite=""> <code> <em> <strong>