Le roi des crânes de Laurent Guillaume

Actuellement à Bamako où il exerce ses fonctions d’officier de police en tant que coopérant, Laurent Guillaume signe ici son deuxième polar : Le roi des crânes.

Outre qu’Olivier Marchal a écrit la *préface du roman, Laurent Scalese (La cicatrice du diable, Belfond) et Franck Thilliez (Fractures, Le Passage), tous les deux auteurs de thrillers et scénaristes confirmés et tous les deux membres de La Ligue de l’Imaginaire reconnaissent la virtuosité de la plume de ce tout nouvel auteur.

Mako (sorti au Livre de poche ce mois-ci), son premier livre avait été primé par le prix VSD du Polar 2009 et devrait être prochainement adapté au cinéma.

Le roi des crânes mérite-t-il autant d’honneur ? Oui. Oui. OUI.

Pourquoi ? Je vous explique…

Dans ce genre de littérature, bien souvent, et malgré toutes les recherches qu’aura pu faire l’auteur, il manquera souvent un petit quelque chose. En cuisine, les gourmands parleront de ces pincées d’épices qui auraient fait toute la différence. En musique, un André Manoukian évoquera ce fameux sucré/salé que certains n’osent malheureusement pas ajouter. Dans le polar, si l’écrivain n’est pas un ancien flic, l’histoire sera forcément carencée en vécu. Encore faut-il savoir le doser ce vécu, ne pas trop imposer aux lecteurs un jargon professionnel, par exemple, dont très vite il saturera.

Or, je vous le dis : Laurent Guillaume est un artiste. Le roi des crânes est LE polar qu’il faut avoir dans sa bibliothèque, une intrigue palpitante qui sent « **la banlieue et la nuit glacée. Le sang, la clope, la peur et la sueur. Le malheur, l’espoir, l’enfer, la traque et l’obsession de la vérité. »

Je n’irai pas jusqu’à prétendre qu’après sa lecture « vous aimerez un peu plus les flics » comme Olivier Marchal se le demande mais, sans aucun doute, « **vous découvrirez un monde désenchanté auquel vous ne vous attendiez pas ». Car oui, pendant que vous dormez, des hommes veillent sur vos nuits et ces hommes, ce sont des flics. Et l’un d’eux, Laurent Guillaume, est un grand, un grand écrivain. Et Mako, son personnage, un sacré bon dieu de flic.

Extrait :

Il les appelait les visiteuses du soir. Elles étaient dans presque chacun de ses rêves. Toutes les deux. Silhouettes diaphanes auréolées d’un voile de brume.
Il ne pouvait distinguer leurs traits, mais elles lui semblaient familières. Elles tendaient vers lui leurs bras décharnés dans une supplication muette. Leurs cheveux s’agitaient doucement autour du trou béant de leurs visages. Pourtant, il n’y avait pas de vent dans son rêve, juste une odeur de terre, une odeur suffocante qui le prenait à la gorge. Une odeur de tombe. Une odeur de vieux cercueil.
Il flottait dans un puits sans fond, le cœur au bord des lèvres. Son ventre lui faisait mal. Elles avaient quelque chose à lui dire, mais lui ne les comprenait pas. Il aurait aimé pouvoir leur demander « Que me voulez-vous ? Que voulez-vous que je fasse ? » Mais les mots refusaient de sortir. Il sentait la nausée monter en lui, comme la houle,  chaque fois un peu plus forte. Elles s’approchaient en glissant, leurs cheveux s’agitaient comme des serpents et la nausée se faisait encore plus impérieuse. Il sanglotait violemment. Il pouvait distinguer leurs traits maintenant. Leurs visages blafards étaient comme des masques de cire. Les orbites étaient vides. Pas tout à fait : au fond brillaient des lueurs blanches. Il avait très mal au ventre et hoquetait sans pouvoir se contrôler. La nausée le submergeait. Il vomissait des asticots grouillants, des milliers d’asticots, comme un geyser.
Il s’éveilla en hurlant.

*« On ne se débarrasse jamais de son métier de flic.
Dix-sept ans ont passé depuis que j’ai quitté la « grande maison » et les images sont toujours accrochées à mes nuits.
Des images d’horreur, de sang et de larmes, de soldats perdus dans une spirale de violence à laquelle ils n’étaient pas préparés.
Ces images, elles restent à vie.
Elles vous accompagnent au sortir de nuits sans rêves, vous plantent face au quotidien que vous affrontez avec le regard de celui qui sait.
Qui sait que le monde véritable n’est peut-être pas celui pour lequel on vous a éduqué.
Qu’il y a un monde parallèle, celui des flics, pauvres clébards abandonnés, livrés à eux-mêmes et obligés de survivre en marge de la raison et des beaux discours. » Olivier Marchal

** morceaux librement choisis de la préface d’Olivier Marchal

Le roi des crânes, Laurent Guillaume, Les Nouveaux Auteurs 252 pages 17, 90 €

 

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