Sex Symphony
Le brouillard nappe encore le fond du jardin. L’herbe reverdit de jour en jour. Les oiseaux sont fous d’amour et le chantent. Leurs trilles s’enroulent et se déroulent dans le vent doux. Dans sa tête, Scribe entend une tout autre musique. « A-ma-guise » « A-ma-guise » « A-ma-guise » « A-ma-guise » « A-ma-guise ». Dam…
Derrière son clavier, elle tape, tape, tape. Des mots, des sigles, des phrases qui n’ont pas grand-chose à voir avec l’écriture de son roman noir. A son côté, Tété chante. Le temps lui manque pour assurer les chroniques littéraires et musicales. L’envie aussi. Mais cela, elle se garde de le dire aux attachés de presse.
Sur la table de chevet de sa chambre carmélite, les romans de Denis Richard attendent son bon vouloir. Elle en a terminé un. Vrai. Le premier écrit par le monsieur. Peut-être qu’elle devrait ouvrir Le livre des morts de Glenn Cooper ?
Putain de lui ! Qu’est-ce qu’il fait ?
Scribe déteste ses silences. Et pourquoi lui donnerait-elle signe de vie d’abord ?
« Tu es belle… Vrai, elle est belle ! Je trouve que tu es très belle. J’aime bien comment tu t’habilles. Tu es très belle… » Scribe avait exhalé la fumée de sa cigarette en la regardant bien dans les yeux, le sourire aux lèvres. Les autres n’avaient pas renchéri. Ça l’amusait ces compliments de fille ! Jusqu’à un certain point. En vrai, la journaliste préférait les aveux de Bô. Et les envies de Dam.
Merde ! Il allait jouer le fantôme encore combien de temps ?
Si Scribe acceptait de jouer la nonne, elle ne jouerait jamais la conne. C’était dit.
Paris sans Dam, c’était toujours Paris. Surtout avec Bô.
Arrivée au matin, Scribe avait pris tout son temps pour s’offrir un petit-déjeuner à l’Indiana. Elle n’était pas pressée. Bô était toujours en retard. La faute à la longueur de ses cheveux, peut-être ? Rien que de l’imaginer sécher toute cette masse épaisse et noire l’avait fait rire. Son voisin avait levé le nez de son journal, étonné. Elle avait évité de croiser son regard. L’homme ne lui plaisait pas. Par contre, celui qui était assis un plus loin…
« Toi… J’arrive dans 5 minutes ! »
L’autre homme attendrait.
Scribe poursuivit sa lecture. Les nouvelles de Bocquet étaient plus que savoureuses.
Une ombre s’étala sur ses pages.
- Bonjour…
- Je ne t’ai pas vu arriver !
Bô lui souriait. Lui avait-elle déjà dit combien elle aimait son sourire ? Il se pencha par-dessus la table pour l’embrasser. Scribe écarta sa longue chevelure.
- Tu es plein de cheveux !
Il se laissa embrasser en riant. Lui avait-elle déjà combien elle aimait son rire ? Le jeune homme s’assit à ses côtés en soupirant d’aise. Scribe était bien. Elle était toujours bien quand il était là. Leur conversation s’enchaîna sur des sujets qui passaient du coq à l’âne.
- Tu vois Dam ?
- …
- OK. Et ton hôtel ?
- Attends, je te raconte !… C’est la première fois qu’on me fait le coup dans un hôtel à Paris. Et coté en plus ! Ils sont incapables de me donner un numéro de chambre !
Cette fois, les yeux de Bô se plissèrent quand il éclata à nouveau de rire.
- Tu as une chambre au moins ? Sinon, tu pourras toujours venir dormir chez moi. Sur mon canapé.
Elle le regarda les yeux légèrement tueurs.
- Le truc, c’est que je ne peux pas envoyer de numéro à Dam !
- Tu le feras plus tard. On mange ?
Tous les deux avaient décidé de rester sur place avant de partir au Salon du livre. Scribe était entrée rapidement grâce à son badge presse. Elle avait dû attendre Bô pendant une vingtaine de minutes. Et puis, il était arrivé, fendant la foule. Lui avait-elle déjà dit combien elle aimait le regarder marcher ?
Bô avait pris des photos ici. Ou là. Et puis ils avaient rejoint un guide aux yeux bleus. Un écrivain au rire communicatif. Jean les avait abandonnés plus tard, devant le stand de La Musardine. Ils avaient fini par ressortir de la foule compacte, saoulés.
Dehors, les voitures estampillées Salon brillaient sous le ciel humide. Bô photographiait des reflets. Ici. Ou là. Scribe avait envie de boire un café. Ou du Champagne. Ou un café. Ou du Champagne.
Elle avait payé les cafés, Bô parlait au téléphone. Ils étaient repartis dans le 10ème pour dîner dans leur cave à vins. La jeune femme avait souri quand, un peu plus tôt, il lui avait proposé de retourner dîner dans ce restaurant.
Bô l’avait ensuite accompagnée jusqu’à son hôtel pour qu’elle réceptionne sa chambre.
« 403 »
« Je vais te baiser à ma guise, ma jolie pute »
Dam. Direct. Comme à son habitude.
- Tu as vu, Bô ?
- Quoi ? Le décor typiquement «hôtel parisien» ?
- Non. Dehors… On dirait un dôme recouvrant une piscine… Tu le prends en photo ?
Bô s’était exécuté, tout en lui répondant qu’il n’avait pas de zoom. Dans la tête de Scribe, des images revenaient d’un passé tout proche.
Elle le toucha. Tout doux.
Il lui sourit. Tout chat.
- Il va te rejoindre ?
- …
- Viens…
Scribe s’approcha, tout contre lui. Bô posa ses mains sur ses fesses et souleva sa robe. Il ne leur fallut que quelques minutes pour se retrouver sous les draps, entièrement nus.
- J’aime la douceur de ta peau.
- J’aime l’onctuosité de ta chatte.
La suite ne fut plus que gémissements de plaisirs et moiteur.
Dans le couloir, des clients s’esclaffèrent.
Scribe sursauta. A côté d’elle, Bô dormait. Elle le toucha du bout des doigts.
- Si tu veux que je parte, évite de me caresser…
La main de la belle descendit entre ses cuisses.
Les lumières de la ville qui entraient par la fenêtre ouverte éclairèrent le sourire de Bô. Scribe soutenait ses longs cheveux alors qu’il allait et venait jusqu’au plus profond de son ventre.
- Je vais partir…
- Viens !
- Toi…
- Viens ! Viens… Jouis, j’aime te sentir jouir. J’aime te voir jouir. Viens…
Bô avait refermé la porte. Scribe l’avait regardé partir, allongée à plat ventre.
Et quand Dam était entré une demi-heure plus tard, elle dormait. Il l’avait réveillée doucement, en bécotant son dos, de sa nuque à ses reins.
- Encore…
- A ma guise. Tu te rappelles ? Cette nuit… tu es ma jolie pute.
Scribe avait alors aperçu le billet de 100 €, posé sur la table de nuit.
- Salaud !
Son amant avait ri avant de se déshabiller. Il s’était avancé jusqu’à elle, jusqu’à ce que son gland caresse sa bouche et l’avait de suite tirée fermement par les cheveux.
Juste pour s’asseoir au bord du lit et prendre ses aises.
Juste pour l’admirer à l’œuvre, à genoux entre ses cuisses.
Juste pour admirer son joli cul et sa chute de reins infernale.
La chaleur de sa bouche autour de sa queue le fit frémir. Il ferma les yeux pour les rouvrir aussitôt et croiser ceux de Scribe, brûlants.
- J’aime ta bouche… Oh oui, j’aime ta bouche !… J’ai comme une envie d’avoir tous tes orifices pour moi. Hmmm tu es douée. Oui, tu es vraiment douée. J’avais presque oublié…
Plus tard, Dam lui demanderait de lui raconter Bô. Elle se tairait. Il n’insisterait pas, tout à leurs heures de jeux.
- J’ai encore envie de toi.
- Ne lâche pas cette envie, je l’aime.
Ils avaient baisé et fait l’amour pendant des heures.
- Tu sais, je rêvais encore de toi ce matin.
- Ne te prive surtout pas de rêver encore de moi… Quand tu voudras. Où tu voudras.
- C’est une promesse, ma jolie pute ?
- Encore… Encore… J’envahirai tes rêves jusqu’à en déchirer tes draps… Tout à l’heure. Demain. Après. Oui…
- Dis-le, ma belle.
- Toi, dis-le…
Un nouveau jour envahit sa chambre carmélite. Elle a encore oublié de fermer les volets.
« Tu me manques »
Il est 6h. Dehors, un merle chante à tue-tête.
« Toi non plus »







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