Docteur à tuer de Josh Bazell

Josh Bazell est docteur en médecine de l’université de Columbia. Il est actuellement résident à l’université de Californie, à San Francisco. Il a écrit Docteur à tuer (Beat the reaper) alors qu’il terminait son internat dans un hôpital très différent de celui décrit dans son roman. Il est en train de terminer son second roman, la suite des aventures du Dr Brown.

Extrait
En me rendant au boulot, je m’arrête pour regarder un pigeon se battre contre un rat dans la neige, et c’est là qu’un connard essaie de me braquer. Bien évidemment, ce crétin a un flingue qu’il me colle derrière le crâne. C’est froid mais pas désagréable, genre massage shiatsu.
– Du calme, toubib, dit-il.
Ceci expliquant cela. Il faut dire que, même à 5 heures du matin, je ne suis pas le genre de mec qu’on braque. J’ai une tête de docker sculptée sur l’île de Pâques. Mais comme le connard a vu ma blouse de bloc bleu dépasser de mon pardessus et mes sabots perforés en plastique vert, il pense que j’ai de la came ou du fric. Voire que j’ai fait serment de pas lui exploser la gueule s’il essaie de me braquer.
J’ai à peine assez de came et de fric pour tenir la journée. Si ma mémoire est bonne, je n’ai prêté qu’un seul serment : « avant tout, ne pas nuire ». Au point où on en est…
– D’accord, dis-je en levant les mains.
Le rat et le pigeon s’enfuient. Trouillards.
Je fais volte-face, écartant le flingue de mon crâne. Ma main droite, toujours levée, se retrouve au-dessus du bras de cette tête de nœud. J’attrape le coude pour le tirer d’un coup sec : ses ligaments pètent comme des bouchons de champagne.
Allez, une petite digression sur le coude.
Les deux os de l’avant-bras, le cubitus et le radius, se meuvent indépendamment l’un de l’autre ; ils sont également capables de rotation. Vous pouvez le constater vous-même en retournant votre main, d’abord paume vers le haut, position dans laquelle le cubitus et le radius sont parallèles, ensuite paume vers le bas, position où ils se croisent en « X ». Ils requièrent par conséquent un système d’ancrage complexe à la hauteur du coude. Les ligaments qui couvrent les extrémités des os peuvent s’enrouler et se dérouler ; ils sont disposés comme du ruban adhésif sur le manche d’une raquette de tennis. Quel dommage de devoir les déchirer.
Mais pour l’instant, Ducon et moi, on a d’autres chats à fouetter. Pendant que ma main droite lui explose le coude, le tranchant de ma main gauche vise sa gorge.
Si je la percute, je broierai les fragiles anneaux de cartilage qui permettent à sa trachée de rester ouverte lorsqu’il fait le vide pour inspirer. La prochaine fois qu’il essaiera de le faire, sa trachée se refermera comme un anus, ce qui le placera à environ six minutes de la Faucheuse. Même si je bousille mon stylo pour une trachéo.
Alors, je supplie, j’implore ma main d’infléchir sa trajectoire. Je ne vise ni son menton, ni sa bouche – trop crade – mais son nez.
Lequel s’enfonce comme un vulgaire tas de boue. Ducon s’écrase sur le trottoir, inconscient.
Je m’assure que je suis calme – je le suis, je suis simplement agacé – avant de m’agenouiller lourdement à côté de lui. Dans ce genre de boulot, comme dans tous, sans doute, l’organisation et le sang-froid valent beaucoup mieux que la rapidité.
En l’occurrence, ni l’un ni l’autre ne me sont particulièrement nécessaires. Je fais rouler Ducon sur le flanc pour éviter qu’il ne suffoque, je replie le bras qui n’est pas cassé sous sa tête pour que sa figure ne touche pas le trottoir gelé. Puis je vérifie qu’il respire toujours. C’est le cas : d’ailleurs, il respire la joie de vivre. Son pouls, aux poignets et aux chevilles, est assez fort.
Donc, comme toujours dans ce cas de situation, je m’imagine en train de demander au Tout-Puissant – professeur Marmoset – si je peux partir, maintenant.
Et, comme toujours dans ce genre de situation, je l’imagine me répondant « Non », puis : « Que ferais-tu si c’était ton frère ? »
Soupir. Je n’ai pas de frère. Mais j’ai compris le message.
J’appuie le genou sur le coude explosé du type et j’écarte les os autant que les tendons semblent capables de le supporter, puis je les laisse revenir doucement dans leurs positions de moindre résistance. Ducon gémit de douleur dans son sommeil, mais tant pis : ils auraient fait pareil aux urgences, mais à ce stade, il aurait repris conscience.
Je le fouille pour voir s’il a un portable. Non, évidemment, et je n’ai aucune intention d’utiliser le mien. Si j’avais un frère, tiendrait-il à ce que je me fasse emmerder par les flics ?
Alors je ramasse l’abruti et je le cale sur mon épaule. Il est léger et il pue, comme une serviette trempée d’urine.
Avant de me relever, je prends son pistolet.
Une vraie merde, ce flingue. Deux bouts de tôle pressée – même pas de crosse – et un barillet décentré. On dirait un pistolet d’alarme qu’on aurait trafiqué. L’espace d’une seconde, ça me rassure, quand on sait qu’il y a 350 millions d’armes à poing en circulation aux Etats-Unis. Puis l’éclat cuivré des balles me rappelle à quel point il en faut peu pour tuer un homme.
Je devrais le jeter. Plier le canon et le laisser tomber dans la bouche d’égout.
Au lieu de cela, je le glisse dans la poche arrière de mon pantalon.
Les vieilles habitudes ont la vie dure.

Résumé :
Le Dr Peter Brown est interne dans le pire hôpital de Manhattan. Il a du talent pour la médecine et il a un lourd passé qu’il aimerait bien que personne ne connaisse : dans une autre vie, il a été Griffe d’Ours, tueur à gages pour la Mafia.
Ce génie du combat rapproché a une relation très intime – un peu trop – avec le programme fédéral de protection des témoins.
Eddy Squillante, l’un de ses nouveaux patients, n’a plus que trois mois à vivre. Ou peut-être moins. Or, il reconnaît Griffe d’Ours et prévient aussitôt la mafia.
Brown réussira-t-il à survivre alors qu’il a la mafia, le gouvernement et même la mort à ses trousses ?

Avis :
Wow ! Rapide, mordant, haletant. Que vous dire de plus ? Docteur à tuer est boosté à l’adrénaline et à l’humour, truffé de scènes d’action. Moi qui ai l’habitude de lire des thrillers, j’ai frémi en lisant certaines scènes qui m’ont fait froid dans le dos.
Ah oui ! Parce que j’ai oublié de vous dire : non seulement, Josh Bazell a la plume alerte mais en plus, il est friand de détails médicaux qui rendent les scènes on ne peut plus crédibles. Normal pour un médecin !
Di Caprio a acheté les droits cinématographiques. J’aurais plus vu Brad Pitt mais après tout Leonardo était plus que convainquant dans Shutter Island
Autre chose aussi : si vous ouvrez ce livre, vous ne le lâcherez plus avant d’être arrivé à la dernière page. Je vous aurai prévenus !

Docteur à tuer, Josh Bazell, JC Lattès 300 pages 20 €

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