Un singe en Isère de Marin Ledun

Un singe en Isère est une nouvelle aventure du Poulpe écrite par Marin Ledun.
Que celles et ceux qui ne savent pas (horreur !) qui est le Poulpe, se dirige sur le site des éditions Baleine et se renseignent illico presto !

Extrait :
[…]
Quand elle revient à elle, une odeur écœurante de sang lui emplit les narines. Elle tente de se débattre, mais ses membres ne répondent plus et aucun son ne sort de sa gorge.
Paralysée.
Le galet, le coup sur son front, la lumière.
Terrorisée, Judith met quelques secondes à réaliser qu’elle se trouve à présent sur le dos du gros type et que le boulevard est derrière eux. Elle n’a pas le temps de se poser d’autre question qu’elle sent son corps levé dans les airs et projeté en avant. Elle se surprend à n’éprouver aucune douleur en atterrissant sur le sol, tapissé de gravier et d’éclats de moellons.
Juste un sentiment de peur.
Et un froid étrange qui s’insinue peu à peu dans sa nuque et le long de sa colonne vertébrale.
Le chantier du stade.
Le claquement de semelles sur une palissade, le choc sourd d’une masse qui chute à côté d’elle. Les deux hommes la rejoignent et la traînent sans ménagement au pied d’un tas de gravats.
– Là, c’est parfait.
Le sang et la boue.
– Elle vit encore ?
Les débris de béton et de pierre lui tailladent la peau du crâne jusqu’au bas du dos, creusant des sillons dans sa chair comme dans du beurre.
– Tire-la un peu par là.
Manipulée comme un pantin, traînée sur quelques mètres supplémentaires, adossée à une palette de plaques de béton.
Au cœur du grand stade.
Une odeur de transpiration au-dessus d’elle, les grognements du colosse et la voix nasillarde du gamin.
– On se casse !
Ses yeux ouverts sur l’étendue d’ombres et de silhouettes décharnées du chantier. Les lueurs du boulevard derrière les barrières, des notes de musique sur sa gauche. Impossible de tourner la tête. Judith est prise de vertiges et de nausées. Rejet mécanique du corps qui lui voile un instant la vue, un goût de bile sur la langue, un filet de bave aux commissures des lèvres, et toujours cette odeur de sang écœurant qui domine tout.
Mathilde.
Une rafale de vent lui fait parvenir les échos d’un air de guitare, comme si le musicien était à ses côtés. Elle s’affaisse lentement sur le côté, sa tête penche sur la droite et elle voit enfin les ombres qui dansent au sommet des ormes qui surplombent le chantier. Lumières vacillantes de bougies et de lampes torches au milieu des cabanes installées sur les plus hautes branches. Guirlandes, couleurs criardes et ambiance de fête. Des hommes et des femmes qui montent et descendent les cordes au rythme irréel d’une musique andalouse.
Mathilde, mon amour.
Une ombre se détache devant elle. Un homme. Une silhouette qu’elle croit reconnaître. Comme un singe dans les arbres. Elle cherche, cherche dans le moindre recoin disponible de sa mémoire, essaie de tendre son bras, mais n’y parvient pas. Un nom, rien qu’un nom ! Les mots se détachent, les lettres s’égrènent et s’éparpillent. Des larmes de colère coulent sur ses joues ensanglantées. Son buste s’affaisse un peu plus, la silhouette disparaît de son champ de vision. Le ciel comme seul horizon, une trouée dans le brouillard, une poignée d’étoiles qui percent timidement le nuage de pollution. Encore un instant. Toutes les larmes de son corps. Une minute, toute sa colère. Une seconde, son amour. L’éternité.
Judith glisse face contre terre et ferme les yeux.

Résumé :
Judith cherche Mathilde depuis une semaine. Elles sont toutes les deux SDF, à Grenoble.
Une nuit, alors que Judith rentre sous la tente qui leur sert de squat, elle se fait tuer. José, le fils d’un vieux copain du Poulpe se retrouve accusé du meurtre. Or, José vivait dans les arbres du parc Paul Mistral depuis plusieurs jours avec les « éco-citoyens ». Il est grand temps que le Poulpe alias Gabriel Lecouvreur entre en scène, fouille, dérouille et surtout, démêle le vrai du faux.

Avis :
On ouvre. On lit. D’une traite.

Un singe en Isère, Marin Ledun, éditions Baleine, collection Le Poulpe, 7 €

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