Ouverture en Q majeur

Allongée nue sur le ponton, Scribe laisse sa main négligemment tomber et goûter la fraîcheur du ruisseau. Les rayons du soleil picotent agréablement sa peau. Elle pense à certaines scènes de La Piscine. Elle songe aux jours qui s’effacent et aux nuits qui la rapprochent de juillet. Ou de septembre. Et si c’était août ?
Une main qu’elle reconnaît se pose sur son genou relevé et glisse sur sa cuisse avant de remonter sur son ventre et vers ses seins.
– Tu es mouillé.
– Toi aussi.
La bouche de Dam se pose sur la sienne, à l’envers. Il lèche et suce. Et il mord. La douleur irradie la lèvre, très vite suivie par le plaisir de la caresse des ses doigts entre ses cuisses. Scribe laisse entendre une sorte de soupir. Sa main glacée sort du ruisseau et vient emprisonner le sexe de son amant.
– Salope !
– Toi-même… J’étais bien.
– Tu ne l’es plus ?
– Différemment. Tu me fais encore confiance ?
– Oui.
La jeune femme bascule sur le côté et s’allonge à plat ventre. Dam s’installe tout contre elle.
– Tu vas nous faire tomber.
– Peur ?
– Non… Tu envahis mon espace…
– Tu as envahi le mien.
– Me suis retenue.
– Un peu trop.
– C’est un reproche ?
– A minima.
– On est cons. Surtout toi.
En prenant soin de ne pas pousser son compagnon dans l’eau froide, Scribe se retourne sur le dos, redresse ses genoux et finit par croiser une jambe par-dessus l’autre. Dam s’appuie sur ses avant-bras.
– Tu l’as revue ?
– Tu es sérieux ?
– Tu en doutes ?
– Il a repris contact. Pour quelques jours, comme d’habitude. Une transe sexuelle de moins d’une semaine. Je n’ai jamais connu une femme aussi sublime que lui.
– Elle te manque ?
– Tu me manques.
– Et elle ?
– Tu m’emmerdes avec tes questions.
– Ça me va.
Quelques minutes s’écoulent. Le chant du ruisseau flirte avec celui des oiseaux disséminés dans les saules et les sapins qui entourent la propriété. Scribe se déplace à nouveau.
– Ton cul est une gourmandise.
– …
– Salamandre ou lézard finalement ?
– Quelqu’un que tu connais bien m’a dit tout récemment que les lézards avaient une vie sexuelle beaucoup plus intense.
– Tu l’as cru ?
– Il sait parfois se montrer plus persuasif.
– Comme en ce moment ?
Soudain au dessus de Scribe, Dam écarte suffisamment ses fesses pour y glisser sa queue. D’une poussée, il la pénètre et se couche sur elle de tout son long, en lui emprisonnant les mains. Scribe tente de se retourner, les yeux tueurs. Il boit violemment le cri qui s’échappe de sa bouche. Leurs doigts s’enlacent jusqu’à blanchir leurs phalanges.
Le bois du ponton leur râpe la peau.
L’étreinte est brutale.
Comme cette journée jaune de soleil.
Comme l’orgasme qui monte au créneau.
Comme la chute dans ce ruisseau glacé.
Ils en sortent haletants. Hébétés.
– Salaud !
– Toi-même.
– P’tain, mais t’es con !
– Approche…
Dam s’allonge sur le ponton, lui offrant une couche de chair musclée. Scribe se glisse sur lui et plonge ses yeux dans ce regard qui lui sourit.
– Tu sais…
– Chut !
– Ce tatouage, je crois que c’est moi qui le porterai.
– Jamais !
– Ne jamais dire jamais, Dam. C’est toi qui me l’as appris.

Pas de commentaires

Poster un commentaire