Un taxi nommé Désirs

 

 

Dam n’était pas venu au rendez-vous.
Scribe en avait profité pour lire et pour écrire, d’abord à l’Indiana, ensuite dans sa chambre de l’hôtel Holiday Inn. De toute façon, Bô ne l’attendait pas avant 19 heures. Porte d’Orléans. Et elle avait besoin de se reposer avant cette nuit.

19 heures, devant la grande pharmacie, Porte d’Orléans.
Des passants empressés cavalent pour traverser la rue, pour s’enfoncer dans l’entrée du passage souterrain, pour sortir du métro. Même pour attendre le bus les Parisiens sont pressés. Scribe allume une énième cigarette tout en tapant un SMS.
« J’arrive d’ici 10 minutes. »
Toujours en retard… Et s’il ne venait pas ?
Un nouveau texto arrive.
« Je porterai une veste de costume bleue. Et toi, robe ? »
Oui, robe. Mais je n’ai pas encore enlevé mon string. Plus tard. Normalement.

Perchée sur ses talons, Scribe commence à s’impatienter quand Bô surgit. Elle aime toujours autant sa voix. L’écouter l’apaise. Ils repartent en direction du Paris-Orléans. Bô a faim. Il l’avait prévenu. Scribe a soif.
– Ce sera deux coupes de Champagne. Tu veux du Champagne, n’est-ce-pas ? Et je vais commander.
Le garçon repart.
Bô la regarde, amusé.
– Alors ? Tu étais énervée en début de semaine. Tu m’en veux ?
– Non… Un peu. Mais non, je suis très contente… Je suis juste… fatiguée.
– Et lui ? Tu me raconteras ?
Scribe rit. Bô… Elle le regarde. Il mange en ronronnant. Comme il fait l’amour. Ou presque. A ce moment, il est encore plus vorace et ses ronronnements de plaisir deviennent des râles.
– Comment est-il ?
– Joueur. Il se dit joueur.
– Tu as vu Dam ?
– No comment. Un problème d’occupation de canapé. En apparence.
– Tu connais mon avis.
– Et je n’ai pas envie de l’entendre.
– Raconte !
– Que je te dise quoi ? Il est venu à moi en me complimentant sur mes jambes et alors que j’éjecte tous les hommes qui m’abordent ainsi, je l’ai laissé entrer.
– Hum.
– Quoi ?
– Rien.
– Toi et moi, c’était instinctif. Animal…
– Avec lui aussi, tu verras. Et il va venir. Tu te calmes. Tu sais à quoi il ressemble ?
– Oui. Beau mec. Yeux bleus. Je n’ai pas envie que tu partes.
A son tour, Bô éclate de rire. Leurs voisins s’étonnent. Le garçon leur rapporte une seconde coupe. Bô et Scribe allument une nouvelle cigarette. La rue foisonne de monde. Les SMS se rapprochent.
– Il est là.
– Tu le vois ?
– Il vient de me l’écrire. Putain !
– Tu me fais rire. Il faut vraiment que j’y aille. Tu me raconteras. Je veux tout savoir.
– Je te déteste !
– Moi aussi.
Bô s’est à peine éloigné que le serveur demande à Scribe s’il l’a abandonnée. Elle lui répond qu’elle attend quelqu’un, le regard tueur. Et il surgit dans son dos, se penche et l’embrasse. Rapide.

Elle l’avait imaginé vêtu d’une autre manière. Le bleu de ses yeux la captive tout autant que sa voix. Et sa bouche. Elle a immédiatement envie de baiser sa bouche, de sucer ses doigts. Elle le prendrait bien là, alors qu’il est assis sur sa chaise, occupé à commander une coupe de Champagne.
– Tu es nerveuse si j’en juge par le nombre de cigarettes que tu as fumé. Peur ?
– Je n’étais pas seule. Pas peur, non.
– Menteuse.
Scribe ne répond pas. Sous sa robe, elle porte toujours son string alors qu’elle lui avait promis d’être sans culotte. Un instant, elle songe à l’enlever et à lui tendre. Juste pour voir sa réaction. Mais il se lève et elle le suit, curieuse de la suite.

Ils vont marcher et papoter dans la nuit jusque sur le Pont des Arts, après avoir mangé dans un restaurant dont Scribe oubliera le nom. Ils boiront une bière dans un bar incertain. Lui en boira deux. Leur serveur aura un look de rockeur alcoolique et des clients gais comme des Italiens qui auront bu trop de vin. Ils fumeront et écraseront leurs cigarettes sur le carrelage déjà sale. Surtout lui. Elle rêvera de fourrager dans ses cheveux mais n’esquissera même pas l’ombre du geste.
Dans les rues, Scribe aura envie de lui mettre la main au cul un nombre incalculable de fois.
Bordel ! Baise-moi !
Il se retournera toujours rapidement vers elle, amusé.
– On rentre ?
Et il hèlera un taxi.

Elle s’engouffre dedans avant lui, annonçant la gare de l’Est.
L’adresse exacte de l’hôtel, elle l’a oubliée depuis longtemps.
Le chauffeur démarre.
Enfin, son compagnon se rapproche d’elle et glisse sa main sous sa robe. Ses doigts caressent les bas, remontent plus haut, toujours plus haut. La jeune femme frisonne quand ils atteignent sa peau. C’est doux. C’est chaud. C’est le string.
Elle l’entend sourire et penser « petite joueuse ! » et a soudain envie de le mordre méchamment.
Mais putain de merde ! Je n’allais pas arriver au rendez-vous avec Bô sans dentelle comme cette… Si tu continue… Si…
Son complice écarte alors la dentelle humide.
Un murmure de satisfaction envahit l’habitacle alors qu’il découvre sa peau lisse.
– J’en étais sûr !
C’est le conducteur du taxi qui part en vrille.
L’animateur radio vient de balancer une info qu’il a déjà lue dans cet article de journal. Cet imbécile le leur tend en lâchant son volant juste au moment où la voiture aborde un tournant.
Un parapet ? Mourir écrasée contre un mur de pierres alors que… J’aime. Encore, j’en veux encore. Plus. Je veux plus. Surtout, ne t’arrête pas !
Son nouvel amant répond à leur chauffeur comme si de rien n’était. Scribe entrouvre un peu plus ses cuisses réclamant la caresse, la tête tournée vers la nuit. Et puis sa bouche se pose sur le lobe de son oreille.
Il suce.
Il mordille.
Il lèche.
Puis sa bouche s’approche de ses lèvres.
Il l’embrasse en profondeur et ses doigts deviennent encore plus gourmands.
Dès lors, le monde extérieur n’existe plus.
– Hem. Hem. Hem hem.
Il faudra plusieurs minutes avant qu’ils ne réagissent aux toussotements du chauffeur. Le gus n’a même pas pris la peine de les arrêter devant la gare.
Aussitôt la portière claquée, son amant se colle à elle.
Oui, oui, oui. Retrousse ma robe, plus haut, encore plus haut. Je me moque des passants. Je te veux toi, là. Là !

Maintenant, c’est Scribe qui ouvre la marche. C’est elle qui détient les clés de la chambre.
Un ascenseur, un couloir, deux couloirs.
Une fente, un déclic et la pénombre.
Leurs mains s’agrippent au corps de l’autre.
Leurs bouches s’aspirent, goulues.
Les doigts furètent ici, déshabillent là.
Enfin, elle fourrage ses cheveux.
Enfin, elle touche sa peau.
Leurs vêtements jonchent bientôt la moquette, inutiles.
Le bureau ? Oui, le bureau… Attends que j’enlève mes bagues… Ma montre… Mes boucles d’oreilles… Et ta queue contre mes fesses… Dieu, comme j’ai envie que tu me prennes, là, maintenant ! Nom de Zeus comme je te déteste de me deviner autant ! Je te… Je te… Oh oui, encore, encore…
Scribe sort de la salle de bain, s’approche du lit où il est étendu sur le dos, un bras sous la nuque. Aimantée, elle se colle tout contre lui. Le touche là et puis encore là. Son envie de lui revient intacte. Brûlante. Alors, elle se redresse et pose ses lèvres tout contre les siennes. Elle adore l’embrasser. C’est doux. C’est humide. C’est mordant. Il se laisse faire comme un gros chat.
Elle le lèche.
Elle le mord.
Elle le griffe.
Elle le branle.
Elle le suce.
Elle le suce.
Elle le suce.
Elle l’embrasse, aguicheuse.
Il la renverse, la domine.
Ils rient.
Ils s’aiment.
Ils fument dans la salle de bains.
Ils boivent.
Ils baisent.
Ils oublient de boire dans la salle de bains.
Ils s’aiment encore.
Ils baisent encore.
Il la lèche.
Il la renifle.
Il la suce.
Il l’aspire.
Il la mordille.
Il la branle.
Il la suce.
Il la suce.
Il la boit.
Il la mord aux tétons, si fort, si fort.
Mais il la pénètre si tant, si tant.

D’étreinte en étreinte, le grand jour les surprend nus, sur les draps. Scribe n’a pas envie qu’il parte. Vraiment pas. Elle qui regarde toujours ses amants sortir de sa chambre le sourire aux lèvres se surprend à imaginer quel stratagème tordu pourrait le retenir auprès d’elle.
– Ocelot…
– Oui ?
– Oui.

 

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