Le fils des brûlés de Laurent Brard

Résumé :

Oscar Bellem est venu s’installer à Sarole, à la campagne, là où il ne se passe jamais rien. Il vient de mettre un terme à sa carrière de flic, métier pour lequel il n’avait aucun talent. D’ailleurs, il se demande encore s’il a un quelconque talent. Même pour vivre, Oscar n’est pas doué. Encore plus depuis cette affaire qu’il traine dans ses bagages depuis douze ans. Alors qu’il était de permanence à Talernes, à 100 km d’ici, une adolescente a été retrouvée scarifiée et éventrée.
Un jour, Bellem reçoit un email signé Le Fantôme. L’expéditeur aimerait qu’il débusque le meurtrier de la jeune Cécilia. Quand on commence à s’en prendre à sa famille, Oscar n’a plus le choix. Il enquête.

Extrait :

La nuit conspirait contre lui. Depuis douze ans. Des angoisses, des insomnies, des cauchemars assez souvent. Mais jamais rien de comparable…
Au plus profond de son sommeil, Bellem sentit une présence. Comme un rêve sourd et sans images. Pas de voix. Pas de visage. Juste une présence.
Il entrouvrit les yeux et discerna les chiffres écarlates du radio-réveil qui, seuls, perçaient l’obscurité. Trois heures trente-six. Vaincues par la fatigue, ses paupières lourdes se refermèrent aussitôt. Il remua sous ses draps, marmonna quelques mots… et se rendormit profondément.
Trois heures trente-huit. Un bruit dans la maison ! Comme un objet tombé par terre, une porte heurtant le chambranle, un pas manquant une marche. Les yeux rivés sur le radio-réveil, Bellem sonda le silence. Plus rien. La nuit avait retrouvé son calme. Il n’entendit que son corps, le sifflement de ses expirations, son cœur cognant contre sa poitrine.
Du bout des doigts, dans un geste fébrile, il palpa la table de nuit, longea le fil de la lampe, tâtonna, trouva l’interrupteur… et fit face à sa solitude. Tamisée par un abat-jour bleu foncé, une lueur diffuse s’étirait le long des murs blancs, brillait sur le vernis craquelé d’une vieille armoire bancale et s’épuisait dans la pièce, laissant dans la pénombre ses angles les plus reculés. La porte entrebâillée aspira son regard vers le gouffre ténébreux de la cage d’escalier. Inquiet, Bellem écouta encore un instant. Puis il écarta vigoureusement ses draps et se leva.
Un bref coup d’œil suffit à l’étage. La salle de bains, la trappe du grenier… Une bestiole pouvait s’être aventurée dans les combles. Mais il était convaincu que le bruit venait d’en bas. Sous la lumière blanche et agressive du plafonnier, il descendit prudemment. Les marches en pin brut grincèrent sous son poids tandis qu’il découvrait le rez-de-chaussée au travers des barreaux du garde-corps. Une dizaine de cartons étaient empilés, éparpillés aux quatre coins du salon. Peu de choses. Il venait d’emménager et avait presque tout jeté de son ancien logement.
Après la cuisine, les toilettes, la niche sous l’escalier, il fit le tour du séjour, souleva les rabats d’un carton, comme si quelqu’un pouvait s’y être fourré, reluqua son bureau, le coin salon, et s’arrêta devant la fenêtre… Sans rideaux ni volait, elle donnait sur la nuit tout en réfléchissant l’intérieur. Un pauvre type en caleçon, les cheveux ébouriffés, le regardait d’un air effaré. Derrière son reflet, Bellem aperçut la bibliothèque qu’il avait commencé à ranger. Il se retourna. Des livres étaient affaissés. Le plus grand, un beau volume réunissant les œuvres de Renoir, était tombé à plat.
Il redressa ses bouquins un à un et, soucieux, caressa l’étagère en vieux chêne. Le bruit s’expliquait. Pourtant, cette sensation confuse d’un autre avec lui ne l’avait pas quitté.
Jusqu’aux premières lueurs du jour, Bellem éprouva le silence, d’une profondeur envoûtante, et sentit sur lui l’omniprésence d’un regard. Une âme errante flottait entre les murs blancs, suivait ses pas sur le carrelage froid… Dans le reflet de cette fenêtre nue qu’il surveilla toute la nuit durant, il crut l’apercevoir parfois.
Bientôt, il verrait son visage.

Avis :

Premier roman de Laurent Brard, Le fils des brûlés n’est pas sans rappeler l’univers de Claude Chabrol quand celui-ci règle ses comptes avec la bourgeoisie de province et ses faux-semblants ou celui de Georges Simenon qui décrit si bien les petites gens. Rien à voir donc avec les suspenses à l’américaine.
Certes la plume de Laurent Brard est encore parfois mal dégrossie mais on devine déjà son habilité à décrire les atmosphères lourdes de non-dits et les personnages de paumés sympathiques dont on sait d’avance qu’ils n’auront rien de supers héros mais dont on aime à lire les (més)aventures.
De quoi passer un bon moment de lecture. Et de quoi aiguiser notre curiosité à l’annonce de la sortie de son prochain livre !

Le fils des brûlés, Laurent Brad, PLON éditions 264 pages 17,90 €

 

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