Code Phénix de John Connor

Agé d’environ 40 ans et vivant actuellement en Belgique, John Connor est avocat. Pendant une quinzaine d’années qu’il a consacrées au service du ministère public du Yorshire, il a travaillé sur plus de quarante affaires et également conseillé la police dans de nombreuses opérations d’infiltration dans les milieux de la drogue. Code Phénix est son premier roman.

Extrait :

Elle était engourdie, intérieurement et extérieurement. Ses yeux coulaient tout seuls, sans émotion. Cela ne signifiait rien. Elle posa maladroitement l’enfant par terre à ses pieds et s’adossa au canapé en elle, le poids l’écrasait, sans pitié. Quelque par dans la poitrine, près du cœur, il pressait contre les poumons. Respirer était un effort. Elle avait envie de se rouler en boule, de tout oublier.
Dès qu’elle fermait les yeux, elle sentait le sang pulser dans ses veines, elle voyait des lumières vives danser sur ses paupières tels des feux d’artifice. Cela faisait des jours, des semaines, voire plus encore qu’elle n’avait pas eu une vraie nuit de sommeil. Elle ne se rappelait même plus depuis quand elle était assise là.
La chose, toute ridée, la fixait entre de vilains plis de peau en hurlant. Elle entendait le bruit dans sa gorge, voyait son visage se crisper. Mais quand elle tendait les doigts vers la peau bleue des joues, elle ne ressentait rien. Tout ce qu’elle regardait, touchait, chacun des sons qu’elle percevait, jusqu’à la nourriture qu’elle mettait dans sa bouche – tout était terne. Comme si une toile grise couvrait ses sens, la coupant de l’extérieur, l’isolant.
La chose avait le regard laiteux, vague. Elle ignorait si elle pouvait la voir ou non. Elle n’avait aucune idée de ce qu’elle désirait. Elle remonta ses jambes contre sa poitrine et sentit quelque chose lui glisser des mains et un liquide tiède se répandre sur sa cuisse : un biberon de lait. Loin, derrière la porte, elle entendit une clé tourner dans une serrure.
Le volume de la télévision était fort, mais assez pour les couvrir. Ces pleurs incessants. La chose avait été arrachée à ses entrailles, elle lui avait sucé le sang. Devant le miroir, elle avait mesuré les dégâts. Elle était trop mince, une grande enfant maigre avec un gros ventre, et tout le reste en angles, la peau tendue sur les os, les cernes noirs.
Elle n’avait pas désiré ce bébé, ne voulait pas en entendre parler. Ses exigences étaient évidentes, ses besoins agaçants, bruyants – alimentation, attention, chaleur -, n’importe qui aurait pu les satisfaire.
Il avait jailli d’elle, tout glissant de son sang, vagissant, trop maigre. Elle avait détourné la tête, assommée par les médicaments. Il l’avait appelée Mairead – le prénom de sa mère défunte. L’enfant ressemblait davantage à un lapin écorché.
Elle l’entendit la supplier. Ouvrant les yeux, elle le découvrit, le visage soucieux, penché vers elle, le bébé dans les bras. Elle ne comprenait pas ce qu’il disait. « Je t’en prie, Sinead… je t’en prie… » Elle percevait son désespoir. Derrière lui, la maison avait l’air d’avoir subi un bombardement. Il flottait une odeur qu’elle gardait en mémoire depuis l’enfance, celle des logements sociaux où habitaient ses camarades de classe. Une odeur de couches souillées, de chou bouilli, de saleté. D’où rentrait-il ?
Elle voyait son amour à la façon de tenir l’intrus, de le bercer, de lui placer délicatement le biberon dans la bouche. Puis il posa le biberon et referma ses doigts auteur des siens, compréhensif.
Sa main avait la consistance du caoutchouc. Elle secoua lentement la tête. Elle ne ressentait rien. Rien.
Il lui dit qu’il allait appeler de l’aide, un médecin. Il s’était toujours adressé à elle avec douceur, sans jamais élever la voix. Il lui expliquait qu’ils allaient déménager, s’installer ailleurs. Une partie du problème tenait à cette tour puante, où pullulait la drogue.
La télé vint le distraire. Il se tourna vers le poste et elle sentit son bras trembler, comme s’il frissonnait de froid. Quelque part au fond d’elle, elle comprit qu’elle avait attendu cet instant, qu’elle avait su.
Elle entendit les noms prononcés par le journaliste. Ceux-là même qu’elle avait lus sept mois plus tôt, sur le bout de papier qu’il conservait dans son portefeuille. Farrell, McCann, Savage – une femme, deux hommes -, le journaliste disait qu’ils préparaient un attentat à la bombe. Elle écouta ce qui leur était arrivé et le vit blêmir. Ils étaient morts, tous les trois. Abattus cet après-midi-là sous le soleil éclatant de Gibraltar.

Résumé :

Deux corps sont retrouvés dans un coin perdu de Pennines : l’inspecteur chef Phil Leech et Fiona Mitchell, une indic. Tous les deux tués par balle. L’inspectrice Karen Sharp aurait dû accompagner Leech à ce rendez-vous. Mais elle est restée chez elle, trop ivre pour prendre le volant. Car tous les ans, à cette date, elle boit, cherchant à effacer un souvenir obsédant trop douloureux.
La police pense tout d’abord que les meurtres sont liés à un trafic de drogue. L’inspecteur Sharpe, elle, comprend très vite qu’elle était visée. Le commissaire Munro tient à ce qu’elle participe à l’enquête. Même si elle est complètement fracassée. Même si elle agit sans obéir aux ordres.

Avis :

Un suspens extraordinaire. N’est-ce pas tout ce qu’on demande à un thriller ? John Connor est doué pour dépeindre l’âme humaine et tout ce qu’elle peut contenir de plus retors. Rien n’est jamais ou tout blanc ou tout noir. Premier volet des enquêtes de l’inspecteur Karen Sharpe, ce premier roman est tout simplement de haute volée. La suite, s’il vous plaît, monsieur Connor. Et vite !

Code Phénix, John Connor, éditons JC Lattès 330 pages 20 €

Pas de commentaires

Poster un commentaire