L’évangile des ténèbres de Jean-Luc Bizien

Biographie :

Jean-Luc Bizien est né au Cambodge avant de revenir en France enseigner la littérature. Il vit aujourd’hui de sa plume. Il a publié de nombreux ouvrages dont un roman intitulé Marie Joly (éditions Sabine Wespieser) ainsi qu’une série historique, La cour des Miracles (éditions 10/18).
Il a reçu, entre autres, le prix Gérardmer Fantastic’Arts 2002 et le Prix du roman d’Aventures en 2002.

Extraits :

[…]

Il s’accroupit et marqua une pause, afin de s’assurer que personne ne traînait dans les parages. A quelques coudées en dessous de lui, les ténèbres noyaient la silhouette allongée dans l’herbe. Le chasseur descendit la pente avec précaution, attentif au moindre bruit.
A mesure qu’il avançait, il sentait monter en lui l’excitation. De la main, il palpa la besace qui pendant à son épaule. Tout y était : le sac hermétique, le coton, les antiseptiques. Dans la poche de sa veste, le poignard pesait lourd. Son contact était apaisant.
Il s’agenouilla près du corps inerte et demeura un instant silencieux. Il détailla à loisir la nuque fine, les cheveux de jais, coupés courts, la ligne du menton, le dessin de l’oreille. Il parcourut les jambes longues, que l’on devinait sculpturales sous la toile du pantalon. Un instant, il fut sur le point de les caresser mais résista à la tentation.
Les paysannes lui faisaient toujours le même effet, il émanait de ses filles dressées dans les champs une animalité que l’on ne rencontrait jamais en ville…
Le chasseur prit une profonde inspiration.
Attendre, encore un peu. Retarder le moment.
Penché au-dessus de la fille, il huma le parfum de sa peau et manqua défaillir : ce mélange de transpiration et de moiteur, trahissant à la fois l’effort et la terreur, était le plus fabuleux des aphrodisiaques.
Il hocha la tête, admiratif. Oui, celle-là avait résisté longtemps… en vain. Elle ne l’avait jamais vu, mais elle avait toujours senti sa présence à ses trousses.
Cédant à une impulsion, le chasseur tendit la main et effleura la toile rêche de la veste. Il porta ensuite les doigts à ses lèvres et goûta la rosée ainsi prélevée. Il replongea à nouveau la main, la glissa dans le pantalon et s’attarda sur la raie des fesses, ne s’arrêtant qu’aux limites du sexe.
L’air était doux, il n’y avait personne dans les alentours…
Le chasseur leva les yeux, estimant la courbe du soleil au-dessus des bois. Non. Il n’avait pas le temps.
Sitôt le jour venu, quelques voitures passeraient sur l’autoroute. Il faudrait songer à cacher la dépouille, pour qu’on ne la découvre pas tout de suite.

Il étouffa un rire de gorge : à dire vrai, il y avait peu de chances qu’on la trouve avant un bon moment. Rares étaient les véhicules qui empruntaient cet axe peu confortable, car les plaques jointes à la va-vite causaient des ravages dans les suspensions. Certes, des camions s’y aventuraient – militaires, pour la plupart – mais l’on pouvait parier qu’aucun d’entre eux ne trouverait la victime. Entassés à bord des véhicules bâchés, mal réveillés à l’aube ou complètement exténués le soir, les soldats s’agrippaient à leur fusil et luttaient contre le sommeil. Restaient quelques dignitaires de Pyongyang, de rares huiles qui avaient su obtenir les grâces du régime, mais ne s’engageaient sur la route qu’avec un ordre de mission. Aucune chance qu’ils s’amusent à observer le décor.
Pour le reste…
Le chasseur ricana de nouveau. Qui avait encore la possibilité de se déplacer en voiture, de nos jours ?

[…]

Saisissant son poignard, il passa son pouce sur le fil de la lame pour en éprouver le tranchant puis, sans plus perdre de temps, découpa la veste de la fille.
Ses gestes étaient précis, quasi chirurgicaux. Du bout des doigts, il compta les côtes, localisa le bon endroit et planta la lame dans la chair, qui s’ouvrit avec la délicatesse d’une rose au soleil. Le sang coula, bouillonnant.
Surpris, il lâcha un juron. Il maudit sa désinvolture – il avait tardé et ne disposait plus d’assez de temps pour laisser le corps reposer.
« Les plaies coulent beaucoup moins après un moment, récita-t-il mentalement. Quand le cœur cesse de battre, le sang n’est plus agité, il perd en fluidité, il n’est plus soumis à autant de pression… Tu aurais dû t’en rappeler ! »
Le chasseur serra les mâchoires et pesa de tout son poids. En écho, la fille fut agitée de tremblements convulsifs. Elle se raidit comme sous l’effet d’une décharge électrique et releva la tête. Elle ouvrit la bouche pour hurler, mais son cri mourut dans sa gorge. Le chasseur s’était promptement plaqué contre elle, écrasant une main sur ses lèvres tandis que, de l’autre, il achevait sa besogne.
Le poignard filait dans les viscères, découpant sa route assassine avec aisance. Les doigts ancrés dans les joues de sa victime, le chasseur effectua une brutale torsion du poignet, obligeant la suppliciée à tourner la tête dans sa direction.
– Chut ! lui siffla-t-il à l’oreille. Personne ne te viendra en aide, nous sommes seuls. Ne gâche pas ce moment, veux-tu ?
Suffoquant de douleur, la fille écarquillait les yeux. Elle fit entendre des gémissements d’animal à l’agonie.
Fou d’excitation, il accentua la pression de son corps sur le sien et lui glissa la langue dans l’oreille. Il la lécha avec avidité, parcourant le lobe, glissant dans le cou. Puis il saisit fermement son visage qu’il immobilisa. Il la dévora alors du regard, bien décidé à profiter de ses ultimes instants.

Après quelques secondes d’extrême tension, la fille cessa brusquement de se débattre. Ses yeux se révulsèrent en deux écrans blancs que les rayons du soleil éclaboussèrent de rose. Elle s’affaissa comme une poupée de porcelaine brisée.
Toujours serré contre elle, il jouit en laissant fuser un râle guttural. Il resta prostré, cherchant à retrouver son souffle. Rien ne le comblait de plaisir autant que ces instants-là : la proie était encore vivante, il pouvait sentir ses derniers soubresauts, tout en guidant sa lame d’une manière d’expert.

Résumé :

Le Chasseur est un tueur sanguinaire, une bête fauve que l’odeur du sang et la souffrance de ses victimes assouvissent à peine. Il traque ses proies, frappe vite et fort. Il les torture, les mutile puis disparaît dans l’ombre en emportant d’abominables trophées. Qui est-il ? Que veut-il ? Nul ne le sait. Et ils sont bien peu à se soucier de son existence, de ce côté de la frontière coréenne. Mais Paik Dong-Soo, brillant militaire nord-coréen a reçu l’ordre de se lancer sur ses traces.

Au fin fond du New Jersey, Seth Ballahan, rédacteur en chef d’un quotidien local, apprend que Michaël Wong – l’un de ses collaborateurs – se retrouve piégé en Corée du Nord. Michaël effectuait un reportage sur les filières d’évasion, quand une patrouille l’a surpris. On est sans nouvelles depuis. Face au manque de réaction de sa hiérarchie, Ballahan voit rouge. Contre vents et marées, il décide de secourir le jeune Wong. Suzan, ravissante correspondante d’une O.N.G. canadienne va-t-elle accepter de l’aider ?

Avis :

Que dire de Jean-Luc Bizien qui reconnaît Serge Brussolo comme son Maître en écriture si ce n’est : extraordinaire conteur doublé d’un machiavélique scénariste ? Rien de plus.
On se trouve rapidement une planque afin de pouvoir lire d’une traite L’évangile des ténèbres. C’est tout.

L’évangile des ténèbres, Jean-Luc Bizien, éditions du Toucan 576 pages 22 €

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