L’ange du mal de Gilles Caillot

 

Extrait :

Lyon, lundi 31 juillet 2006
La chaleur de ce mois de juillet avait été réellement étouffante et avait poussé la population à se barricader dans les appartements surchauffés, malgré les efforts vains de leurs occupants pour garder une timide fraîcheur intérieure.
Les vacances estivales étaient également à leur apogée et, nombre de Lyonnais avaient déserté le centre-ville et les villages alentour pour venir s’installer dans le sud de la France, près d’un coin d’eau. C’est certainement à cause de ces deux éléments que le corps ne fut découvert que si tardivement.
En effet, les bois de Pollionnay sont très courus toute l’année. Des promeneurs de tout poil, les cueilleurs de champignons, des chasseurs, des pratiquants de moto tout terrain et autres cycles motorisés, sans compter les adeptes du VTT, arpentent avec joie les jolies collines boisées du site. En d’autres circonstances, le corps aurait été retrouvé le jour même.
Alexis, malgré la chaleur encore lourde de l’après-midi, avait décidé, ce jour-là, de sortir Umérus, son Jack Russel de 3 ans. Ce dernier avait été insupportable toute la matinée, excité comme une puce, et avait visiblement besoin d’un grand bol d’air, au rythme des jetés – rapportés de bâtons.
Dans son break Peugeot, il avait avalé les quelques kilomètres qui le séparent de l’entrée du bois, située sur les hauteurs de Craponne et avait entamé le circuit désormais classique de leurs ballades forestières.
Umérus s’en était donné à cœur joie malgré la chaleur écrasante des sous-bois, avait joué un temps important – au regard des capacités physiques de l’animal – avec son maître. Presque une heure plus tard, n’en pouvant plus, la langue traînant jusqu’au sol et cherchant la moindre parcelle d’ombre dans chacun de ses déplacements, il abdiqua.
Bon, je crois que ton compte est bon… Tu vas pouvoir me laisser tranquille ce soir…, pensa Alexis, amusé par le comportement de son chien.
C’est précisément à ce moment-là que les choses s’emballèrent… Qu’il se passa quelque chose qu’il n’attendait pas… Quelque chose qu’il n’aurait pu imaginer.
D’un seul coup, alors qu’une légère brise venait de traverser le sous-bois en faisant murmurer les feuilles, Umérus se figea puis, en un éclair, disparut dans la pente rendue glissante par l’épais tapis de feuilles mortes.
– Umérus, viens ici, hurla Alexis. Umérus, veux-tu venir ici, espèce de couillon, continua-t-il exaspéré.
Mais, malgré les appels répétés de son maître, le chien ne revint pas.
Après avoir attendu vainement le retour du canidé pendant plusieurs minutes, Alexis entreprit la descente du bois.
Le Jack Russel était à deux cent ou trois cent mètres en contrebas. Alexis le repéra assez facilement car la densité des arbres était relativement faible à cet endroit.
Le chien ne bougeait pas. Il semblait comme modelé dans de la cire. En s’approchant, il s’aperçu qu’il humait l’air sans discontinuer, mais l’homme ne remarqua rien… Seule l’odeur, qui grandissait, lui laissa penser, qu’Umérus avait trouvé sans doute un gibier venu mourir dans le coin.
Lorsqu’il dépassa la petite butte qui occultait une partie de la pente en dévers, l’horreur lui apparut…
Le corps était là. Nu. On ne s’était pas donné la peine de l’enterrer ou de bien le dissimuler. Bien au contraire, la personne qui l’avait laissé là avait tout fait pour qu’il soit le plus visible possible. On souhaitait clairement qu’il soit découvert rapidement.
Une odeur pestilentielle se dégageait de l’endroit où le corps se trouvait et il était quasiment impossible de ne pas la remarquer même à plus de cent mètres. Pourtant, au vu du tapis de feuilles intact, il lui sembla que personne avant lui, n’avait trouvé cette abomination répugnante.
Le cadavre était dans un sale état, à moitié décomposé. La peau cireuse était recouverte d’une matière verte, gluante. Des insectes, par centaines, avaient investi des orifices et les plaies béantes de la chair et se mouvaient frénétiquement dans les interstices. Les membres du macchabée semblaient prêts à se détacher du tronc et il put clairement distinguer les os jaunâtres apparaissant sous la chair.
Son observation s’arrêta plusieurs secondes sur le haut du tronc du cadavre comme s’il ne comprenait pas ce qu’il voyait.
La tête avait été arrachée…
Cette vision lui donna une violente nausée. Sa tête lui tourna d’un seul coup, puis il rendit avec douleur son repas de midi.

Résumé :

Lyon.
Une série de meurtres atroces sont perpétrés dans la capitale rhodanienne. La police est sur les dents. L’enquête est confiée à Massimo Zanetti, capitaine de police de la Criminelle. Enquête qui s’avère complexe, parsemée d’énigmes et d’étranges indices laissés par le tueur sur les corps décomposés et mutilés de ses victimes.
La traque du psychopathe l’emmènera jusqu’aux portes de la folie.
Accompagné de Julie Martin, la responsable de l’institut médico-légal de Lyon dont il est toujours amoureux et de toute son équipe d’investigation, Zanetti va mener la chasse jusque dans les catacombes.

Avis :

L’ange du mal est le premier roman de Gilles Caillot. Un livre à ne pas mettre sous tous les yeux : en effet, l’écrivain a laissé libre cours à son imagination débridée et certaines scènes qu’il décrit peuvent heurter des personnes sensibles.
Satanisme, magie noire, tortures sexuelles et mentales, Gilles Caillot n’épargne pas le lecteur jusque dans les plus infimes détails. Mais quel amateur de polars s’en plaindrait ? L’intrigue est extrêmement bien ficelée et surprendra le plus aguerri des aficionados. La plume est vive et le verbe est puissant. Caillot est digne de figurer parmi les plus grands tels que Stephen King, Maxime Chattam, Franck Thilliez ou encore Laurent Guillaume.

L’ange du mal, Gilles Caillot, éditions du Polar

 

 

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