Zone Est de Marin Ledun

Biographie :

Marin Ledun est chercheur en sciences sociales. Zone Est est son quatrième roman (La guerre des vanités 2010, Modus Operandi 2007, Marketing viral 2008).
Il est aussi l’auteur de deux essais, La Démocratie assistée par ordinateur et Pendant qu’ils comptent les morts ainsi que de pièces radiophoniques pour France Culture.

Extrait :

Prologue :

Mes globes oculaires me démangent depuis trois jours et trois nuits. La sensation insupportable que des centaines de vers microscopiques grouillent le long des filaments de mes implants deuxième génération et s’attaquent au nerf optique artificiel, avant de redescendre dévorer mon cerveau. A intervalles réguliers, des interférences électriques parasitent ma vue. A la place du halo rose dans lequel baigne d’habitude cette partie de la Zone Est, le ciel semble traversé de zébrures violacées et noires. Comme si une soudaine augmentation de l’activité magnétique de l’atmosphère permettait aux rayons du soleil de percer la ville de part en part. Ces dernières heures, les silhouettes des passants de cette partie de la ville ne sont, par moments, que des ombres aux contours flous et aux lignes grossières.
Le pire, c’est la douleur. Insoutenable une bonne partie de la nuit. Une pilule magique toutes les six heures, achetée à prix d’or au marché noir, sur les rives du fleuve autrefois appelé Rhône. Une seule, pas plus. Sous peine d’effets secondaires. Tremblements musculaires, dégénérescence neuronale, résistance au L-Dopa, tous les symptômes du syndrome de Pick. Les prothèses standard ont fait leur temps, mais ceux qui ont les moyens de s’offrir le dernier cri en la matière rempliraient à peine une salle de cinéma si quelqu’un parvenait à les réunir. Quant à payer des yeux biologiques, mieux vaut ne pas y penser. Par les temps qui courent, les porteurs sains font figures de légendes urbaines. La première vague de nanovirus est passée par là. Avant de muter pendant plus de trente-cinq années en de multiples variantes, toutes plus destructrices et organophages.
Comme si j’avais besoin de ça en ce moment.
– Simple réglage, tu parles! je marmonne sans ralentir, en plongeant la main dans ma poche de droite. Où est-ce que j’ai pu mettre ces fichus comprimés?
Soudain, un mouvement brusque devant moi attire mon attention.
Le type que je file depuis le centre-ville est sorti de mon champ de vision. Coup d’œil à gauche, coup d’œil à droite. Je presse le pas et parcours une centaine de mètres avant de le voir disparaître dans une ruelle encadrée par une épicerie désaffectée et un bâtiment de la Tex Corp datant de la fin du XXe siècle.
Inquiet, j’abandonne ma fouille et me mets à courir.
Quand je parviens à l’intersection, essoufflé, moins de dix secondes plus tard, il s’est volatilisé.

Résumé :

Thomas Zigler vit en Zone Est, autrefois appelé Rhône-Alpes, un immense territoire coupé du reste du monde par de hauts murs. Personne ne sait ce qu’il se passe derrière. Les murs ont été construits après qu’un banal accident de labo ait viré au cauchemar : un mystérieux virus détruit les organes des hommes en commençant par leur ôter la vue. Sans greffe, les hommes meurent.
Thomas qui, entre autres, a reçu des prothèses oculaires, est un tueur qui vend la mémoire volée des gens à des clients criminels et intouchables.
Un jour, en visionnant les souvenirs qu’il vient de ponctionner chez un homme, Zigler découvre une jeune femme qui semble « normale ». C’est le choc : depuis 20 ans, plus personne n’a vu d’humains biologiques dans la Zone Est. Et si un ailleurs existait de l’autre côté du mur ?

Avis :

Thriller d’anticipation, Zone Est est un chef-d’œuvre.
Tout y est maîtrisé : le rythme, le scénario, la psychologie des personnages, les dialogues. Marin Ledun nous entraîne dans un monde clos où pour survivre les hommes se sont enfermés sous terre à des centaines de mètres de la surface totalement détruite. Une plongée dans un lieu où le totalitarisme et les manipulations génétiques vont de pair avec la cruauté des uns et l’espoir des autres.
Thomas Zigler, tueur cynique et sans scrupules, est le pivot de Zone Est. En suivant ce personnage captivant, le lecteur découvre ce monde du futur si proche du nôtre au travers des ressentis de Zigler : flippant et excitant.
Deux certitudes à la fin de ce roman : rien n’est tout blanc ou tout noir, nous sommes tous responsables ; Marin Ledun est un génie.
Une question : à quand l’adaptation de Zone Est au cinéma ?

Zone Est, Marin Ledun, éditions Fleuve Noir 408 pages 18,90 €

 

 

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