Guerre sale de Dominique Sylvain

Extrait :

Parc départemental Pierre-Lagravère, Colombes

Nez contre le pare-brise, pied au plancher, Sébastien Ménard déchiffra le panneau au-delà du mur liquide, et s’engouffra la bretelle de sortie de l’A 86. Sacha Duguin lui ordonna de ralentir. Le lieutenant s’offrit un sourire en coin. Barbe de trois jours, chevelure rebelle, Ménard était un dandy frais émoulu de Sciences-Po, et surtout un jeune con ayant abusé des séries policières télévisées.
Emmanuelle Carle jouait au maître zen, les mains enfouies dans la tristesse de son éternel pardessus beige. A croire que ni l’agitation du ciel ni celle des hommes n’avaient d’impact sur elle. Pourtant, Sacha sentait que le moindre énervement de sa part serait consigné dans un carnet invisible qu’elle ne manquerait pas d’utiliser à bon escient et au bon moment. Si le général est coléreux, son autorité peut être facilement ébranlée. Le capitaine Carle aurait pu écrire L’Art de la guerre de Sun Tzu.
Stoïques sous le ciel déchaîné, deux gendarmes montaient la garde devant le bâtiment abritant la piscine olympique. Ménard répondit à leur salut militaire d’un geste désinvolte et gara sportivement la Renault à côté de la camionnette des TIC, les techniciens de l’Identification criminelle. Sortie de voiture la première, Carle fila en direction du bâtiment. En campagne, soyez rapide comme le vent.
Ménard extirpait déjà son calepin et son stylo de son veston et entamait son relevé. Moyens de transport, topographie du terrain, architectures des lieux, horaires et organisation, télésurveillance, rondes de gardiennage, données météorologiques… Rien n’échappait au procédurier du groupe Duguin. Il était chargé de plier le monde en petits morceaux, et son tempérament maniaque convenait à la perfection à cette activité laborieuse. L’origami comme résolution du désordre.
Le porche grand ouvert vibrait sous les bourrasques, pourtant l’odeur s’était incrustée dans les murs avec la force d’une calamité biblique. Chair carbonisée et caoutchouc fondu. Visages de craie et bleus de travail, deux hommes répondaient aux questions du capitaine de gendarmerie. L’officier étudia Carle et Scha, butant sur un problème de hiérarchie, gêné par le fait que la subalterne affichait une dizaine d’années de plus que son patron. Sacha trancha le suspense.
– Commandant Sacha Duguin, Brigade criminelle. Vous nous faites le topo ?
Le corps avait été découvert au bord du grand bassin par l’équipe de nettoyage ici présente. On avait retrouvé une mallette emplie de documents, un imperméable avec un portefeuille contenant quatre cent euros et des papiers d’identité. Le mort était Florian Vidal, trente-deux ans, domicilié rue de Vaugirard dans le 6e arrondissement de Paris. Sacha avait obtenu à peu près les mêmes informations au téléphone ce matin. Entre-temps, il avait vérifié qui était la victime : un avocat d’affaires, et du genre florissant. Il s’agissait d’un VIP, et la gendarmerie locale passait le relais à la Crim’.

Résumé :

Florian Vidal, un avocat spécialisé dans les contrats d’armement et les relations franco-africaine vient d’être assassiné. Son cadavre vient d’être retrouvé près d’une piscine : il a été brûlé vif, un pneu enflammé autour du cou, les mains menottées. Cinq ans plus tôt, l’assistant de Lola Jost a été tué de la même façon. A l’époque, parce qu’elle ne retrouvait pas le ou les coupables, Lola a démissionné.
Richard Gratien, surnommé Mister Africa, considérait Florian Vidal comme son propre fils au point qu’après l’avoir engagé comme chauffeur, il l’avait aidé à devenir un avocat riche et réputé.
Le commandant Sacha Duguin est chargé de l’enquête. Or, persuadée que les deux affaires sont liées, Lola décide de reprendre l’enquête accompagnée d’Ingrid Diesel, la belle Américaine qui a été la petite amie de Sacha.

Avis :

Enfin Dominique Sylvain nous offre une nouvelle aventure du duo Lola Jost, ex commissaire du 10e arrondissement de Paris, et d’Ingrid Diesel, masseuse le jour et effeuilleuse la nuit.
L’intrigue complexe de Guerre sale est parfaitement maîtrisée. Les dialogues sont vifs et percutants, les rebondissements nombreux et étonnants, la violence omniprésente et magnétique.
Tout autant que ses personnages, l’auteur manipule le lecteur du début à la fin. Du grand, très grand Sylvain !

Guerre sale, Dominique Sylvain, éditions Viviane Hamy 350 pages 18 €

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