Paris la nuit de Jérémie Guez

Extrait :

[…]

Je me réveille en sursaut, les draps pleins de sueur, avec dans la tête le bruit du rotor d’un hélicoptère qui prend de l’altitude et la perception claire de ce que je dois faire : parler à Nathan.
Je me rends chez lui et sonne à sa porte. Il m’ouvre immédiatement. Je le surprends en caleçon et en train de se préparer du café. Il ne paraît pas étonné de ma visite. Je m’assois sur le canapé, l’air un peu interdit.
– Comment ça va ?
– Abe, viens-en au fait, je t’en prie. Tu ne te pointes pas chez moi de bon matin pour prendre de mes nouvelles alors qu’on s’est vus hier soir ?
Je me racle la gorge bruyamment avant de parler, en prenant soin d’articuler chaque syllabe.
– Je veux qu’on braque les types du bar. Je suis sûr que c’est un coup facile à organiser et qu’on peut récolter un minimum d’oseille sans prendre trop de risques.
Je m’attends à ce qu’il réponde quelque chose mais il se contente de me regarder.
– Ces types, ils ne vont pas porter plainte, tu comprends, et puis cet argent, c’est pas grand-chose pour eux. Il suffira de partir quelques semaines et puis tout va se tasser et on reviendra comme si de rien n’était, je continue, gêné par son silence.
– Je sais déjà tout ça, Abe… je ne sais juste pas si on doit le faire.
– T’es con ou quoi ? Cet argent nous tend les bras… fais ce que tu veux, moi, je vais en parler aux autres.
– Je ne te parle pas d’argent là, je veux juste savoir si tu es vraiment prêt à rentrer dans un bar cagoulé avec une arme à la main. Tu te souviens de mon frère, du bonhomme que c’était, je l’ai vu vomir avant de monter ses coups.
– Bien sûr que j’ai peur…
– Ce n’est pas seulement une question de peur… si on réussit à obtenir de l’argent avec des armes, nos vies vont changer.
– Mais non, il n’y aura pas de changements, on ne sera même pas recherchés par la police. On entre et on sort, ça ne va pas plus loin que ça.
– Abraham, tu ne le sais pas encore, mais si tu sors d’ici indemne, tu banderas tellement que tu recommenceras.
Nathan ne m’appelle jamais par mon prénom. Je déglutis et lui dis, pour me convaincre, qu’il raconte des conneries. Mais intérieurement, je prie pour qu’il se trompe, et je demande de l’aide pour sanctifier le mal que je vais faire autour de moi.

Résumé :

Abraham est un petit dealer du quartier de la Goutte d’Or où il a grandi. Un jour, avec ses amis, il braque une salle de jeux illégale. Dès lors, leur vie  de petites défonces, d’embrouilles  et de nuit blanches va basculer. Quand Goran qu’il connaît depuis 15 ans commet un meurtre, Abe sait qu’ils sont maintenant liés à la vie à la mort.

Avis :

Lire Paris la nuit, c’est embarquer sur un bateau ivre dont les passagers savent pertinemment que le gouvernail est cassé et la coque percée et pourtant, ils voguent vaille que vaille.
Le lecteur voyeur se laisse entraîner dans cette noyade volontaire et découvre Pigalle, Barbès et Belleville par les yeux d’un jeune dealer devenu gangster par résolution. A en sortir hurlant et groggy.

Premier roman d’un auteur qui en a commencé l’écriture à 16 ans, ce livre annonce la couleur : les écrivains de noirs qui sont dans la place devront compter maintenant avec lui. Et ce nouveau prince des mots qui disent vrai a seulement 22 ans !

***A noter que ce livre au style nerveux et écrit à la première personne est le premier opus d’une trilogie parisienne.

Paris la nuit, Jérémie Guez, Les éditions La Tengo 108 pages 12€

 

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