Ballade vénusienne

Les hautes et doubles portes s’entrouvrent comme si des mains invisibles avaient poussé les battants. Elle s’avance et suit sans hésiter les deux silhouettes qui se tiennent par la main et qui lui font signe d’avancer.
Au travers des grandes fenêtres trouant les murs, la lune pleine et blonde éclaire leurs corps à demi-nus. Chaque pièce traversée voit leur tenue changer. Parées de voiles transparents qui s’envolent au rythme de leurs pas, les voici maintenant revêtues de robes à crinolines avant d’apparaître le cul nu et les jambes gainées de bas blanc à larges rubans bleu soyeux, leurs cheveux longs recouverts d’une large capeline.
L’une d’entre elles se retourne. Le haut du visage masqué d’un loup, elle lui sourit. Scribe sursaute. Elle a reconnu ces yeux et cette bouche. C’est impossible ! Il a toujours été convenu qu’elles ne se rencontreraient pas. Jamais. La belle aux seins nus pose un doigt sur ses lèvres et lui tend la main, paume ouverte. Légèrement hésitante, Scribe la saisit et se laisse entraîner, admirant les boucles aux reflets roux. Où est la deuxième fille ? Où est celle pour qui elle est venue ?

Elle est là. Scribe l’aperçoit au fond de la pièce qui lui tourne le dos, regardant l’astre de la nuit au travers de la porte-fenêtre. Seul un caraco noir et froufroutant habille ce corps dont elle connaît les pleins et les déliés par cœur. Déjà son ventre réclame son cul bombé, ses mains s’excitent à l’idée de caresser sa peau douce, de se saisir de ses hanches mouvantes. Le temps s’efface tout comme l’autre femme qui échappe à ses regards.
La beauté androgyne se retourne avec une lenteur toute étudiée et la snobe derrière un nuage de fumée. Scribe s’approche encore un peu, au point de murmurer tout contre ses lèvres :
- Cette nuit, diablesse, je garde les rênes. Ne tente pas de m’imposer ta loi, ce serait peine perdue. Au pire, tu me verrais disparaître alors que ton corps et ton âme me réclament haut et fort. Commence par écraser cette cigarette et sers-nous une coupe de vin de Champagne. Je siroterai la mienne pendant que tu danseras pour moi, Ishtar. Ensemble, nous allons ouvrir les 7 portes et jouir de délices aux mille senteurs que seuls les initiés ont la chance de connaître. Danse, femme fatale. Cette nuit, tu es Ishtar, déesse de l’amour, encore appelée Inanna. Et de la guerre.
Les premières notes d’une chanson sulfureuse les entourent. Quand les cris de Bambou résonnent, le mot SEXE s’affiche au fond des yeux de Scribe.
*Love on the beat. Love on the beat.
Les cris à nouveau. Troublants. Douleur ou plaisir ? Et la voix parlée de Serge.
D’abord je veux avec ma langue Natale deviner tes pensées Mais toi déjà tu tangues Aux flux et reflux des marées.
Inanna ondule en rythme, caressant sa croupe, écartant ses fesses. Son indécence flagrante ravit Scribe. Son joli cul n’est plus qu’une cible. Quel homme pourrait résister à cette proposition ? Qu’il soit bi, hétéro ou homo, aucun. Scribe en est certaine. Il suffit de contempler les yeux troublés de Bô ou ceux enflammés de Dam. Leurs sourires carnassiers attisent l’envie d’Ishtar. Ses mouvements de bassin deviennent encore plus explicites.
*Il est temps de passer aux choses Sérieuses ma poupée jolie Tu as envie d’une overdose De baise… .
- Approche, beauté.
Inanna s’avance, lascive. L’air ambiant devient électrique. Les respirations s’arrêtent une seconde puis s’accélèrent, animales. A l’idée de voir la bouche de la belle jouer avec ces deux queues palpitantes, le sexe de Scribe dégouline jusque sur ses cuisses. Son anus palpite au rythme des battements désordonnés de son cœur.

A genoux devant les deux obélisques de chair, Ishtar mouille ses lèvres telle une chatte gourmande. Bô ferme déjà les yeux alors que Dam ouvre grand les siens, cherchant à son habitude le regard de la suceuse. Scribe remarque ses mains qui se crispent. Bientôt, il agrippera la chevelure épaisse. Elle le sait : ces deux là aiment les fellations profondes. Ishtar aussi.
Scribe s’assoit dans un fauteuil rouge velours, les jambes légèrement écartées. Elle est fascinée par les lèvres d’Ishtar qui roulent et s’enroulent sur ces deux sexes brillants de salive. Dans les coupes abandonnées, les bulles de Champagnes éclatent rose. Elle allume une Benson & Hedge et en exhale la fumée, lentement, jouant avec son envie de les buter. Et de les baiser. Tous les trois. Ses reins se révoltent. Cette nuit, ceux d’Ishtar lui sont réservés. Exclusivement.
A cet instant resurgit la jeune femme qui accompagnait Ishtar. Scribe n’esquisse aucun geste lorsqu’elle glisse son corps chaud entre ses cuisses. Déjà parce que ses yeux sont fixés sur le tableau vivant qui s’agite en face d’elle et ensuite, parce qu’elle attend la suite. Elle connaît cette bouche pulpeuse et même si le visage est toujours masqué, elle sait qui se cache derrière ce loup. Transgresser cet autre interdit lui plaît infiniment.
La fausse inconnue lèche ses lèvres, cherchant sa langue. Scribe gémit sourd. Sa compagne poursuit ses caresses tout en l’embrassant. Elle presse ses seins, pince ses tétons, joue de son corps comme si elle connaissait déjà tous ses points sensibles. Ishtar aurait osé ? Quand l’autre enfonce ses doigts dans ses deux trous, les soupirs de Scribe deviennent des feulements.
- Laisse-moi ! Assez !
Scribe vient de repousser la femme masquée.
- Disparaissez, tous! Et toi, ma jolie salope, viens… Viens ! Tout cela n’était qu’amuse-bouches. Des transpositions. Le monde que je t’offre n’appartient qu’à nous. Il s’étire à l’infini, au gré de nos envies du moment. Qu’importe qui de toi ou moi le crée ? Qu’importe. Mais cette fois, je veux que tu goûtes à mon rêve, à mon chez moi. Jouissons… Offre-moi ton joli cul, beauté. Offre-moi ta bouche et ta langue. Offre-toi. Entièrement. Et je te prendrai. Comme un homme. 
*Love on the beat Love on the beat. Brûlants sont tous tes orifices Des trois que les dieux t’ont donnés Je décide de m’introduire dans le moins lisse…

*Extraits de Love on the beat, Serge Gainsbourg, album Love on the beat, 1984

 

 

 

 

 

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Cali Rise

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