Blackbook de Nolhart ? Ça devrait être remboursé par la Sécu !

Après avoir dirigé un groupe de presse, Stéphane Nolhart a écrit des contes, qu’on a dit pour enfants, et un premier roman remarqué par la critique, Les ailes de Giacomo, un deuxième, Je ne vous voyais pas comme ça auxquels s’ajoute une nouvelle, Le dernier clic.
Blackbook est donc son troisième roman, le quatrième, Les roses de Clichy, est en préparation.

Extrait

A 37 ans, à part avoir gagné une course de spermatozoïdes, deux ou trois concours de circonstances par-ci par-là, je m’étais baladé de gamelle en gamelle avec une déconcertante régularité. Je ne voyais pas de raison que ça change. J’étais passé par adolescent idiot/poète, militaire/commis aux écritures, jeune-con-grand-bourgeois/écrivailleur, divorcé/plumitif, drogué/cacographe, amoureux/barbouilleur, remarié/écrivaillon, redivorcé/scribouillard, dépressif/dramaturge, nouveau-riche/prosateur, ruiné/pisse-copie, paumé/auteur, jusqu’à devenir nègre/écrivain au pays des écrivains anonymes et des futures alcooliques inconnus.
Mon second éditeur, Dubois Editions, était spécialisé dans les bios de starlettes racontant les belles histoires de l’oncle Popaul, d’animateurs télé d’occasion, ou de stars en deuxième démarque. Des vies imprimées en offset, vendues en tête de gondole qui, à défaut de nourrir les lecteurs, sustentent les nègres. Nous nous étions rencontrés au Rosebud, un bar de nuit de Montparnasse. Un verre en enchaînant un autre, je lui avais raconté ma pauvre vie d’auteur en reluquant les fesses de la serveuse. Il m’avait tout de suite proposé du travail.
– Tu sais écrire ? Parfait! J’ai du travail pour toi, avait-il articulé entre deux Bombay Saphir. Tu sais ce qu’est un éditeur, jeune blanc-bec ?
– … ? fis-je en levant mon verre.
– C’est un homme qui fait des chiffres avec des lettres, ne l’oublie jamais !
Mais là, rien n’avait tourné au conte de fée. Mes succès se comptaient sur les doigts de la main de Maurice Herzog. Toujours sous le nom de quelqu’un autre. Payé au forfait ou sur les ventes pour magnifier des vies insignifiantes à longueur de journée dans la plus complète obscurité, je ne pouvais pas espérer une quelconque reconnaissance, autre que celle du Jack Daniel et de ses collègues dans les bars de nuit. C’est lui, Jacques-Marie Dubois, Pédégé des célèbres éditions éponymes qui m’a envoyé dans de trou perdu.

Résumé

2010. Etienne Darc, 40 ans, nègre littéraire parisien, deux divorces à son actif, est envoyé à la montagne en plein hiver par son éditeur pour écrire la biographie d’une ex-starlette des années 70.

Avis

En littérature, faire rire n’est pas un exercice facile. Pourtant, Stéphane Nolhart y réussit pendant un roman entier.
Dans Blackbook, vous croiserez des personnages loufoques et dérangés dont je ne vous dirai rien mais prenez quand même garde à Kill Bill.
Avec un talent évident, l’auteur utilise tous les mécanismes de l’humour, les figures de rhétorique et l’implicite pour railler la condition d’un écrivain célibataire, amoureux des femmes et vénérant l’écriture comme un Art majeur. C’est frais, inventif et rythmé. Miam miam !

Blackbook, Stéphane Nolhart, Laura Mare éditions 14 €

 

Pas de commentaires

Poster un commentaire