Nous étions les hommes de Gilles Legardinier

Extrait :

Il faisait nuit, un peu froid. Terrée dans sa cachette, Eileen avait attendu des heures avant de sortir, mais à présent elle n’avait plus le choix. Elle devait s’emparer du trousseau de secours qui ouvrait l’accès au puits de mine. C’était sa dernière chance.
Dehors, les carapaces de tôle des vieux bâtiments grinçaient sous les assauts du vent. La jeune femme se glissa entre les rayonnages dévastés de la réserve. Le sol était jonché de paquets éventrés. Depuis trois jours, elle venait pour ramasser de quoi survivre, comme un animal, mais elle détestait cet endroit plus que tout autre. Elle y trouvait de moins en moins de nourriture, mais cela ne la préoccupait pas pour l’instant. Elle avait trop peur pour avoir faim.
Eileen avançait pas à pas, retenant sa respiration. Le sang lui battait aux tempes. En arrivant à la porte du couloir qui remontait vers l’aile administrative, elle reprit son souffle. La jeune fille se sentait comme un chat qui se faufile au cœur d’un chenil endormi. Elle se déplaçait, tous les sens en éveil, évitant les fenêtres et redoutant chaque bruit. Lorsqu’elle atteignit les bureaux, elle reconnut aussitôt la puanteur. Les pièces étaient ravagées ; les traces de luttes nombreuses. Entre les meubles renversés, deux corps gisaient au pied du poste radio détruit. Malgré le froid ambiant, l’odeur de décomposition commençait à devenir suffocante. En passant près des cadavres disloqués, Eileen frissonna. Les visages figés et les postures trahissaient la violence de ce qui les avait détruits. La jeune femme fit un pas et sentit la falque poisseuse sous sa chaussure. Elle se dégagea. Le bruit de succion lui souleva le cœur. Une mare de sang à demi coagulé. Elle se mit à trembler.

Résumé :

Dans le plus grand hôpital d’Edimbourg, le docteur Scott Kinross et la généticienne Jenni Cooper travaillent sur la maladie d’Alzheimer. Ils ont découvert l’une des clés de ce mal qui progresse de plus en plus vite, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Si ce fléau l’emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra.
Seulement, Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux de leur découverte. L’ultime course contre la montre à commencer.

Avis :

Certes, l’intrigue de Nous étions les hommes n’est pas des plus originales (un méchant veut s’approprier une découverte fondamentale) mais Gilles Legardinier a le don de maintenir le suspense jusqu’à la fin de son roman. L’auteur a visiblement effectué des recherches approfondies sur la maladie d’Alzheimer et le comportement des malades ainsi que celui de ceux qui les entourent (médecins et proches) ; la psychologie des personnages est parfaitement maîtrisée ; son écriture est belle et rythmée. Reste qu’avoir choisi cette maladie comme canevas d’un thriller relève d’un trait de génie : forcément, tous les lecteurs, quels qu’ils soient, seront touchés voire bouleversés par ce qu’ils découvriront dans ce livre.
Pour moi, Nous étions les hommes est subjuguant et terrifiant. Tout est dit.

Nous étions les hommes, Gilles Legardinier, éditions Fleuve Noir 432 pages 18,90 €

 

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