Si GATACA = l’évolution et l’extinction, THILLIEZ = l’exception.

Franck Thilliez est l’auteur de Train d’enfer pour ange rouge (La Vie du Rail), La chambre des morts (Le Passage), Deuils de miel (La Vie du Rail), La Forêt des ombres (Le Passage), La mémoire fantôme (Le Passage), L’anneau de Moebius (Le Passage) et Fractures (Le Passage).
La Chambre des morts adapté au cinéma, en 2007, a reçu le prix des lecteurs Quais du Polar 2006 et le Prix SNCF du polar français 2007.
GATACA clôt le diptyque sur l’origine de la violence ouvert avec Syndrome [E].

Extrait :

PROLOGUE

Il n’aurait pas dû faire beau, ce jour-là.
Nulle part, sur cette terre, des gens n’auraient dû avoir le droit de rire, de courir sur la plage ou d’échanger des cadeaux. Quelque chose ou quelqu’un aurait dû les empêcher. Non, ils n’avaient pas le droit au bonheur, ni à l’insouciance. Parce qu’ailleurs, dans une pièce réfrigérée, au bout d’infâmes couloirs éclairés par des néons, une petite fille avait froid.
Un froid qui ne la quitterait plus. Jamais.
D’après les autorités, le corps méconnaissable d’une fillette – âge estimé entre sept et dix ans – avait été recueilli à proximité d’une route départementale, entre Niort et Poitiers. Lucie Henebelle ignorait encore précisément les circonstances de la découverte, mais dès que la nouvelle était remontée à la brigade criminelle lilloise, elle avait foncé. Plus de cinq cents kilomètres avalés à l’adrénaline, malgré la fatigue, la souffrance intérieure, la peur du pire qui chaque seconde l’habitait, avec, toujours, cette seule phrase au bout des lèvres : « Faites que ce ne soit pas l’une de mes filles. » Elle qui ne priait jamais, qui avait oublié l’odeur d’un cierge, suppliait. Elle osait croire qu’il pouvait s’agir d’un autre enfant, une fillette disparue sans que les fichiers de la police aient donné l’alerte. Peut-être une gamine enlevée la veille, ou dans la journée. D’autres parents seraient alors malheureux, mais pas elle.
Oh non, pas elle.
Lucie s’en convainquit encore une fois : il s’agissait d’une autre enfant. La distance relativement modérée entre le lieu de l’enlèvement de Clara et Juliette Henebelle – Les Sables-d’Olonne – et celui où les promeneurs avaient retrouvé le corps ne pouvait être que le fruit du hasard. De même que la courte période, cinq jours, entre sa disparition et l’instant précis où Lucie posait le pied sur le parking de l’institut médico-légal de Poitiers.
Une autre enfant… Alors, pourquoi Lucie était-elle là, seule, si loin de chez elle ? Pourquoi un violent acide coulait-il au fond de sa gorge et lui collait-il l’envie de vomir ?

[…]

L’homme d’une cinquantaine d’années s’était garé au fond du parking de l’institut médico-légal, derrière une camionnette livrant du matériel médical. Un endroit stratégique qui lui permettait d’observer les allées et venues dans le bâtiment, sans attirer l’attention. Les yeux cachés derrière des lunettes de soleil rafistolées, la barbe épaisse de plusieurs jours, il donnait l’air d’un type qui s’apprête à faire un mauvais coup. Son front perlait. Cette chaleur, cette putain de chaleur écrasante, grasse… Il souleva ses lunettes et épongea ses paupières avec un mouchoir en tissu, tout en analysant la situation. Fallait-il entrer et prendre davantage de renseignements sur le corps de l’enfant ? Ou alors, devait-il attendre la sortie des officiers de police judiciaire chargés d’assister à l’autopsie, et les questionner à ce moment-là ?
Calé au fond de son siège, Franck Sharko se massa longuement les tempes. Depuis combien d’heures n’avait-il pas dormi ? Depuis combien de temps se tournait-il, se retournait-il dans son lit, en pleine nuit, recroquevillé comme un gosse fautif ? La musique que diluait en sourdine l’autoradio, le mince filait d’air étouffant qui circulait entre ses deux vitres ouvertes lui firent baisser les paupières. Sa tête bascula alors sur le côté et cette chute incontrôlée provoqua chez lui un sursaut. Sa carcasse voulait dormir, son esprit le lui interdisait.

Résumé :

Lucie Henebelle a quitté la police depuis que sa fillette, Clara, a été enlevée et assassinée de façon horrible. Elle tente de survivre pour sa deuxième jumelle, Juliette, retrouvée vivante. Elle n’a jamais pu pardonner à Sharko, son ancien amant. C’est lui qui l’avait persuadée de laisser les petites jouées seules sur la plage pendant qu’ils étaient ensemble.
Sharko est rongé par la culpabilité et passe ses nuits à ne pas dormir.
Un an après les faits, ces deux êtres cassés vont se retrouver à enquêter sur une affaire qui mêle l’assassin de Clara Henebelle au meurtre d’une étudiante en biologie.

Avis :

MAGISTRAL !
Après Syndrome [E], Franck Thilliez remet en scène ses deux personnages, Lucie Henebelle et Franck Sharko pour les faire évoluer au sein d’une intrigue à couper le souffle. Du premier au dernier mot, il entraîne le lecteur dans les méandres de la naissance de la violence humaine. Où s’arrête le génie de l’homme ? Où commence sa folie ? Est-ce que vraiment notre ADN est similaire à celui du plus monstrueux des assassins ?
Quand les prémices de l’Histoire rencontrent un écrivain capable d’imaginer de telles perspectives à l’Evolution humaine, ça sonne GATACA et ça sonne. Littéralement.
Franck Thilliez est réellement un des plus grands auteurs de thrillers. Qu’on le dise et le répète haut et fort !

GATACA, Franck Thilliez, éditions Fleuve Noir 516 pages 20,90 €

 

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