La cité d’or de John Twelve Hawks : comment résister à la Grande Machine et vivre dans la Lumière.

John Twelve Hawks refuse toujours d’apparaître en public dans notre monde trop formaté. Le mystère sur sa personnalité reste entier, même si d’aucuns pensent que derrière ce pseudonyme se cache un écrivain connu. John Twelve Hawks est l’auteur du Voyageur (2006), de l’Arlequin (2008), tous deux parus chez JC Lattès.

La cité d’or (THE GOLDEN CITY, titre de l’édition originale) est le dernier livre de La trilogie des Mondes Parallèles.

Résumé :

Un combat acharné oppose les frères Corrigan qui sont tous les deux des Voyageurs. Voyageur est le nom donné à certains prophètes possédant la capacité de changer le cours de l’histoire pour le meilleur ou pour le pire.

Les deux hommes ont une vision radicalement différente de la société. Pendant que Gabriel s’efforce de guider la Résistance qui cherche à créer un nouvel âge des Lumières, Michael, son frère machiavélique, complote pour prendre la tête d’une puissante organisation, Les Frères, et contrôler une technologie qui lui donnerait le pouvoir de transformer notre société en une prison virtuelle. La vulnérabilité de Gabriel, et sa plus grande force, est l’amour qu’il porte à Maya, guerrière Arlequin, prisonnière d’une ville sombre d’où elle a peu de chances de s’évader…

Extrait :

[…]

En ce début de soirée, la tempête qui traversait la campagne allemande depuis la mer du Nord arrosait généreusement Berlin. Les gouttes tambourinaient sur les verrières de la serre de l’orangeraie de Babelsberg Park. Sur les berges du lac, les saules se balançaient comme des plantes sous-marines. Au milieu de leur petite île, des canards se blottissaient les uns contre les autres. Dans le voisinage de la Postdamer Platz, les rues étaient encombrées, les taxis couleur crème échangeaient des coups de klaxon autour des intersections bloquées, les camionnettes de livraison grondaient comme de gros créatures balourdes.
Les pare-brise dégoulinaient d’eau et il était difficile de distinguer le visage des conducteurs. Au vu des trottoirs vides du Mitte, on aurait pu croire que la population de Berlin avait disparu, mais les caméras de surveillance continuaient à exercer leur vigilance muette à travers la ville. Elles suivirent une jeune femme qui trottinait en s’abritant la tête sous un journal pour passer d’un immeuble de bureaux à une voiture qui l’attendait. Elles accompagnèrent le trajet d’un livreur de restaurant qui pédalait vers le haut d’une rue. Une existence révélée en une succession d’images en noir et blanc au grain grossier : visage à l’expression désespérée, cheveux humides plaqués sur le front, jambes gigotant frénétiquement sous un poncho en plastique de mauvaise qualité qui claquait dans le vent.
Sur Frierichstrasse, un lecteur de plaques d’immatriculation fixé à la façade d’un immeuble photographia une Mercedes noire arrêtée à un feu de circulation. Le numéro fut automatiquement enregistré, puis vérifié dans une base de données centrale, pendant que Michael Corrigan et Mme Brewster, installés sur la banquette arrière, attendaient que le signal passe au vert. Mme Brewster avait sorti un tube de rouge à lèvres de son sac et étudiait son visage dans un miroir de poche – comportement plutôt inhabituel pour la dirigeante en exercice du conseil de direction des Frères. A moins d’une soirée mondaine ou d’un évènement spécial de même nature, Mme Brewster portait peu d’attention à son apparence personnelle. Depuis longtemps, elle avait résolument opté pour le genre tweed et chaussures confortables et ne sacrifiait à la vanité que par la couleur artificielle de ses cheveux châtain foncé.
«  Dieu, que j’ai l’air fatigué ! Ce dîner avec Hazelton et ses amis s’annonce comme une vraie corvée.
– Je m’occuperai de la conversation, si vous le souhaitez.
– Ce serait merveilleux, Michael, mais vous n’aurez pas besoin de vous donner cette peine. Il y a eu un changement de programme.»
D’un geste excessivement résolu, Mme Brewster referma le miroir et le laissa tomber dans son sac. Puis elle mit une paire de lunettes de soleil qui masquait son regard et le haut de son visage comme un loup.
«  Terry Dawson vient de m’envoyer un courriel depuis le centre de recherche. La mise au point de la nouvelle version de l’ordinateur quantique est achevée et Dawson a testé le système. Je veux que vous soyez présent demain quand la machine sera complètement opérationnelle.
– Pourquoi ne pas reporter l’expérience de quelques jours ? De cette façon, je pourrais assister à la réunion du comité de direction.
– Le Projet Traversée est beaucoup plus important que n’importe quelle réunion, Michael. La première version de cet ordinateur nous a mis en contact avec une civilisation avancée qui a commencé à nous fournir des informations technologiques. Le Dr Dawson souhaite que vous soyez présent si cette civilisation nous contacte à nouveau.»
La Mercedes changea de direction à un croisement. Michael observa Mme Brewster pendant quelques secondes, mais les verres foncés dans la pénombre de l’habitacle l’empêchèrent de déchiffrer son expression. Lui disait-elle la vérité, ou ne s’agissait-il que d’une stratégie pour le séparer du reste des Frères ? Sa bouche et sa nuque révélaient une certaine tension, mais cela n’avait rien d’inhabituel chez elle.
[…]

Avis :

La Cité d’or… enfin ! Roman de science-fiction rangé gentiment parmi les thrillers high-tech pour ne pas faire fuir certains lecteurs, La Cité d’or a été impatiemment attendu par les fans de John Twelve Hawks. Je le sais, j’en fais partie. Attention, si vous commencez à le lire, vous ne pourrez pas vous arrêtez avant la dernière page !

Que dire de ce dernier volet si ce n’est que : WOW WOW WOW ! L’écriture de John Twelve Hawks est parfaitement rythmée selon les scènes décrites, l’intrigue on ne peut mieux ficelée, les personnages toujours aussi attachants.

Clin d’œil à 1984 d’Orwell pour l’omniprésence des caméras dans notre société, à Matrix des frères Wachowski pour le piratage informatique, aux samouraïs pour le code d’honneur qui régie la vie des Arlequins, aux univers parallèles (au sens de Hugh Everett, le physicien) et à la relativité générale d’Einstein voire au septénaire, l’une des doctrines de la base la théosophie d’Helena Blavatsky, La cité d’or est aussi un livre à plusieurs entrées. Est-ce qu’il donnera l’envie au lecteur de tout mettre en œuvre pour vivre en dehors de la Grille ? Qui sait ? Quoi qu’il en soit, John Twelve Hawks est vraiment un auteur de génie.

La cité d’or, John Twelve Hawks, éditions JC Lattès 355 pages 20 €
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Maryvonne Ssossé
Traduit de l’anglais par Mathilde Bouhon

Pour plus d’infos sur l’auteur et la trilogie des Mondes Parallèles

 

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