Doux comme la mort de Laurent Guillaume : noir comme… noir

Pour celles et ceux qui ne connaitraient pas encore les livres de Laurent Guillaume, il est possible de rattraper leur retard en s’offrant une plongée dans le noir : Mako (Le Livre de poche, Le Livre de Poche), Le roi des crânes (Les Nouveaux Auteurs), La louve de subure (Les Nouveaux Auteurs). Le dernier paru étant Doux comme la mort.
Un petit conseil : qu’ils ne tardent pas trop ! L’auteur est prolixe.

Extrait :

Marc Andrieu roulait dans Montreuil plongé dans une nuit épaisse et glaciale. Penché en avant sur le volant, il scrutait les rues de la ville périphérique avec une fièvre anxieuse. Il avait comme une boule dans la gorge, un sale truc qui l’empêchait de manger, de dormir, de baiser… de vivre. Il cherchait désespérément dans les rues qui se vidaient. Il cherchait comme tous les soirs depuis des mois, en vain. Il cherchait dans les squats, dans les ghettos, dans les terrains vagues, partout… sans résultat. Aujourd’hui, un copain des Stups lui avait donné une info. Le collègue avait hésité longtemps, de crainte de lui offrir un faux espoir. Alors Marc avait insisté, lui avait assuré qu’au-delà de l’espoir, il n’avait plus que cela comme carburant et qu’un faux espoir, c’était mieux que rien du tout. Le collègue, dans un soupir résigné, lui avait confié qu’un tox de Montreuil venait de sortir de cabane. Un ancien copain d’Eva. Un camarade de piquouse. Il saurait peut-être quelque chose, avait-il ajouté, conscient de la minceur du renseignement. Marc lui avait demandé son signalement et le collègue des Stups, sans un mot, lui avait tendu la photo issue du Canonge. Marc s’était accroché à ce cliché comme un naufragé à sa bouée. Il l’avait scotchée au tableau de bord de la Renault. Elle représentait un jeune type de vingt-trois ans, David Leborgne. Toxico, dealer, braqueur de supérette et casseur de pharmacie. Grand, un mètre quatre-vingt-huit. Maigre, soixante-douze kilos. Un piercing dans le sourcil droit, un autre dans la lèvre inférieure. Trois points en triangle tatoués avec une aiguille sur la jonction entre le pouce et l’index droit. Le regard vieux de ceux qui, à peine passés vingt ans, savent qu’ils n’en ont plus que pour quelques années à traîner leurs os dans cette vallée de souffrances. Les doigts de Marc martelaient nerveusement le volant. Il tournait en rond depuis deux heures, bientôt il n’y aurait plus personne dans les rues, mais il continuerait à errer comme un lémure. Il n’était pas tout à fait mort, mais son âme avait foutu le camp. Il ralentit, devant lui, un grand type maigre venait de sortir d’une épicerie arabe. Il portait un sac plastique rempli de quelques victuailles. Un chien famélique le suivait en trottinant. Marc ralentit et attendit que le type passe sous les un lampadaire. D’un coup, son cœur se mit à battre plus rapidement. Il jeta un œil fébrile à la photo. Oui ! Ça ressemblait. Ça ressemblait même beaucoup. Le type, vêtu de fringues de surplus militaire, arrachait des petits morceaux du long pain qui dépassait du sac plastique et les mâchonnait d’un air absent. Marc ralentit puis s’arrêta complètement, laissant le type prendre tranquillement le large. Marc savait que, plus loin, lorsque la rue tournerait à droite, Leborgne passerait devant un terrain désaffecté, une ancienne friche industrielle. Lorsque le tox disparut à l’angle de la rue, Marc redémarra. Il accéléra doucement, négocia le virage souplement. Le type était là, marchant devant le terrain vague, le chien sur ses talons. Marc accéléra brutalement, dépassa le tox et freina brutalement en tournant le volant violemment à droite. Le véhicule monta sur le trottoir, juste devant Leborgne. Le tox fit un bond de côté en hurlant :
– Oh ! Bordel !

Résumé :

Le Messager surnommé Sa par ses codétenus et ses gardiens, mercenaire utilisé par les services spéciaux français, s’échappe de la prison malienne où il purgeait sa peine lorsqu’on vient lui apprendre la mort de son amant, Damien.
Marc Andrieu, spécialiste de l’anti-terrorisme, est parti à la dérive depuis que sa fille Eva, toxicomane, a disparu.
Julien Vittoz, ancien ministre de la Défense, était pressenti pour Matignon jusqu’à ce que sa carrière politique soit compromise par l’échec de la libération d’un otage. Dès lors, cet homme machiavélique, aidé par le policier d’élite Thierry Guerrier, n’a de cesse de revenir sur le devant de la scène politique. Pour cela, il est prêt à tout. Même à utiliser des vies. De toute façon, il ne craint personne : il possède des dossiers sur tout le monde.
Or, quand on manipule des êtres pour qui la vie ou la mort ne signifient plus grand-chose, il faut toujours s’attendre à ce que rien ne se passe comme prévu. Vittoz aurait dû prévoir qu’on ne joue pas avec Sa comme on agiterait une marionnette à fils.

Avis :

Chez mon peuple, on dit que le premier thé est dur comme la vie. […]
On dit du deuxième verre qu’il est sucré comme l’amour. […]
Mon peuple dit du troisième thé qu’il est doux comme la mort, car la mort ne doit pas être redoutée, elle est comme une délivrance et non une séparation. Les morts ne sont pas morts, ils sont les vivants. […]
Extraits de Doux comme la mort, Laurent Guillaume

Laurent Guillaume fait partie sans conteste de la nouvelle génération d’auteurs français de littérature policière : Chattam, Thilliez, Scalèse, DOA, Botti… Toutefois et contrairement à ses confrères précédemment cités, il a ceci en plus qui le rend exceptionnel : la nuit et la violence, la lie de la société tels que les dealers et les camés, les casseurs et les braqueurs, les macs et les putes, il connaît parfaitement. Et pour cause : Guillaume est un flic, ancien de l’UMS (Unité Mobile de Sécurité), ancien des Stups.

Que dire d’autre, sinon BRAVO ? Si, un tout petit bémol concernant l’impression du livre émaillée de quelques coquilles. Fort heureusement, elles ne gênent pas la compréhension de l’histoire. Et quelle histoire machiavélique ! Quelles leçons ! Quel plaisir !

Quand je lis du Guillaume, je pense aux fantômes que James Ellroy a tentés d’exorciser dans, notamment, Le Dahlia noir. Quels que soient les vôtres, ne changez rien Monsieur Laurent Guillaume : le noir vous va bien alors… à bientôt !

Doux comme la mort, Laurent Guillaume, La Manufacture de Livres

 

 

 

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