Requiem pour Mona de Catherine Diran : symphoniaque !

Catherine Diran est née le jour où elle est arrivée à Paris. Fille à casquettes, elle partage sa vie entre la musique (c’est la blonde du cabriolet de « Voyage en Italie ». Pas Rossellini, non, Lilicub) et l’écriture. Ecrivain et scénariste, elle publie au Masque et chez Au-delà du raisonnable une série de polars autour de la détective déjantée Victoria Reyne. Elle travaille aujourd’hui à son prochain album, accompagné d’un roman et de courts-métrages, pour les Editions de l’Archipel. Elle est également directrice artistique de Paris Noir, festival européen du roman et du film noir.

Extrait :

Mona songea tout à coup au reportage que lui avait filé Langlois. Un truc à la mords-moi le nœud. Mon imaginait le boss de Parisnews, le nez dans un mug impression scarabées. La larme à l’œil. Brave mec, Langlois, vieille école whisky, cigares et petites pépées. Fan d’Abbey Road. Dévorait les mémoires de tous les ingés son qui avaient approché de près ou de loin les garçons dans le vent. Pédalait un peu dans la semoule. La fanitude, ça cramait les neurones, aussi sûrement que Mark Chapman.
Le reportage du jour n’avait rien à voir avec le rock’n’roll. Langlois l’avait soignée. Un sujet sur les clubs de sport chic du 16e arrondissement… De guerre lasse, Mona appuya sur play, portée par Rubber Soul, son album préféré des quatre de Liverpool et se laissa aller au plaisir tranquille de la musique. De quoi sauver la balade. Elle claqua la porte de son Dakota, rafiot home sweet home, et fit un signe aux clodos qui se tapaient un kil de rouge sur le port de l’Arsenal. Un petit vent aigre la transperça. Aucun fan ne dézinguerait jamais Mona. Elle avait parfois des amants, mais jamais de fans. Autant m’y faire, songea la jeune femme en enfourchant la vieille merde qui lui servait à zébrer la capitale, ce scooter au parfum rital qui complétait parfaitement sa panoplie de Parisienne dans le vent.
Les quais défilaient sous la lumière grise. Mona longea la Seine jusqu’à ce territoire étrange et inconnu : le 16ème arrondissement. Elle enleva son casque, secoua ses cheveux. Les rues, les trottoirs disparaissaient sous une neige mouillée. Flocons sur les lèvres, Mona poussa la porte du Barbie’s club. Jolie fille, boulot ordinaire. Reportage à la con. Intitulé du sujet : sport et luxe. Aujourd’hui Barbie’s Club, donc.
Le Barbie’s était un club de sport chic, sans plus. Langlois s’était évidemment gardé le Polo. Le boss avait beau adhérer à la paix et l’amour distillés par John, ça ne l’empêchait pas d’être salement fasciné par le blé des types qui, même pas en rêve, ne le coopteraient un jour dans leur cercueil doublé de velours. Espère, boss, espère. Ça fait vivre. « Run For Your Life », chantaient les garçons dans le vent. Mona adorait cette chanson. La détestait aussi. Run for your life. Tout le monde s’en foutait de la vie de Mona Cabriole.. « Cath you with another man… » Personne ne mettrait la tête de Mona Cabriole dans le sable. Tu peux t’envoyer la terre entière, cocotte, Samuel s’en contrefout. Garde l’odeur de sa peau tatouée sur la tienne, sa bouche et le goût de sa salive. L’empreinte de ses mains sur ton corps. Garde ses mots. Des mots qui disaient, Mona, je t’aime, reste dans mes bras. Qui disaient aussi, je pourrais marcher des heures à tes côtés, je pourrais rester des heures contre toi. Ou encore, Mona, je n’ai jamais aimé quelqu’un comme toi.
Shit.

Résumé :

En reportage au Barbie’s, un club de sport pour bourgeoises friquées, Mona découvre le cadavre d’une femme flinguée d’une balle dans le sexe. Alors que son boss lui impose un nouveau sujet sur le Philharmonique de Radio France, Mona décide d’enquêter sur ce meurtre. Blé, politique, sexe, rock’n’roll et la neuvième de Beethoven. Et le 16ème arrondissement de Paris.

Avis :

Le dixième opus de la collection de polars rock Mona Cabriole a l’accroche noire : Requiem pour Mona. Inutile de vous affoler, ce n’est pas le dernier « tome » comme certains pourraient le croire (Requiem, Mozart, tout ça) : la Tengo éditions a prévu 20 histoires parce que 20 arrondissements de Paris. En plus, dans ce polar, c’est Beethoven qui se la joue symphonie, pas Wolfgang Amadeus. Et le génie, c’est Catherine Diran.
Certes, les lecteurs de Diran pourraient trouver que, par certains côtés, Mona Cabriole ressemble à Victoria Reyne. Erreur : Mona ne jure pas en yiddish et n’a pas de chien. Les personnages féminins déjantés lui vont bien.
Requiem pour Mona par Catherine Diran, c’est une intrigue osée au tempo parfaitement maîtrisé, symphonique et démoniaque. Symphoniaque, quoi.

Requiem pour Mona, Catherine Diran, La Tengo Editions

 

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