Dieu surfe au Pays basque d’Harold Cobert : A l’Amour ! A la Vie !

Harold Cobert est l’auteur de quatre romans : Le reniement de Patrick Treboc (2007, Lattès), Un hiver avec Baudelaire (2009), L’entrevue de Saint-Cloud (2010) et Dieu surfe au pays basque (tous les 3 publiés chez EHO).
Il a consacré une thèse et un essai à Mirabeau. Il écrit aussi pour l’audiovisuel.

Extrait :

[…]

Je hais ce soleil qui me nargue de ses rayons joyeux. Et surtout, je hais celui qu’on te dit abriter ! Oui, je te hais, toi, sans majuscule, Dieu de mes couilles ! Toi dont l’existence m’obsède depuis toujours. Toi, qui es censé être le principe même de toute chose. Toi, sans qui, alors, tout est permis. Toi, qui es censé n’être qu’Amour. Justice. Miséricorde. Ça ne te suffisait pas, de rappeler Ferdinand auprès de toi et de ravager la vie d’une femme et d’un homme ? Non, il a fallu que tu lui en remettes une couche, à la petite ! Comme si elle ne t’avait pas assez payé de tribut de souffrances, comme si elle n’avait pas suffisamment porté sa croix ! Tu lui avais déjà donné une bonne gifle, mais il fallait que tu lui en donnes une autre, pas vrai ? Après la joue droite, la gauche, c’est bien connu. Et, tant qu’on y est, on va vous en faire un plan sévèrement médiéval, avec du sang, de la bonne vieille charcuterie de chez nous, vous qui aimez ça, le soir, à l’apéro avec les copains. A croire que ton impuissant de père était boucher et non pas charpentier, pas vrai ? Allez, allez, vous reprendrez bien deux heures et demie de baffes aller-retour, avec un gant clouté, hein, pour la route, comme ça, discrètement ? Ça fait mal ? Mais non, mais non. Serrez les dents, ça passe tout seul. Une autre ? Allez, tiens ! Encore une ! Tiens, tiens, tiens, mange ! Et tiens, tiens, encore une ! Encore une ! Encore une petite dernière ! Là, voilà, c’est bien… Tu n’es qu’un gros fils de pute ! Oui, parfaitement, un fils de pute ! Marie et Marie-Madeleine, même combat ! Ton père ? Un boucher, je te l’ai déjà dit. Et un maquereau. Quoi, « l’immaculée conception » ? Arrête, je vais m’étrangler… Oui, je sais, tu as fait l’homme libre, tu déclines toute responsabilité pour le reste, et blablabla… Ça va, on connaît l’antienne… En gros, tu t’en laves les mains, c’est ça ? Tu laisses faire, quoi… Eh bien, sache que c’est pire. Pire que si tu infligeais arbitrairement les souffrances à tes enfants comme on joue à la roulette russe, comme ça, pour le fun… Tu n’es qu’un fumier, un gigantesque tas de merde sur lequel les peuples se déchirent, une ordure qui asservit les hommes et ne sème que misères et désolations partout où tu répands le doute mensonger de ton existence… Pour tous ceux qui tournent vers toi leurs esprits inassouvis et bafoués, et auxquels tu restes sourd, je te retourne la rage de mon désespoir ! Dieu, Jésus, Allah, Jéhovah, Seigneur, le Très-Haut… qui que tu sois, quel que soit le nom derrière lequel tu te caches lâchement, je te crache à la gueule ! Je te maudis et je te crache à la gueule !

[…]

Résumé :

« Le soir où je l’ai rencontrée, elle m’a quitté en posant sa main sur mon ventre. Il était cinq heures du matin. »
Un été, au Pays basque, un homme rencontre une femme. Deux ans plus tard, cette inconnue deviendra sa femme. Dès le premier soir, c’est l’amour fou, celui qu’on connaît à 15 ans.
Le destin va s’en mêler.

Avis :

Dévoiler l’intimité d’un couple ne signifie pas être impudique.
S’il en fallait une preuve, Harold Cobert l’a fournie, tout en pudeur. Pour autant, son roman n’est pas une suite de niaiseries façon roman d’amour made in Harlequin. Loin s’en faut.  

Ecrit à la première personne et du point de vue masculin, avec en filigrane Le Revenant (poème de Victor Hugo), Dieu surfe au Pays basque ne révèlera jamais les prénoms des deux personnages principaux, à peine son surnom à lui, Grizou.
Les questionnements du futur père : ses coups au cœur, ses coups de gueule, ses inquiétudes, ses joies, ses colères, sa naïveté, ses superstitions et ses croyances, l’auteur les dépeints en alternant le présent et le passé.

Il fallait toute l’élégance et la hardiesse de la plume d’Harold Cobert pour oser aborder les thèmes délicats de la mort d’un enfant et la perte d’un enfant à naître. Qui aura lu ses deux premiers romans n’en sera pas étonné ! Que d’amour et de complicité amoureuse dans ce livre d’inspiration autobiographique !

Dieu surfe au Pays basque est un récit tendre et facétieux, grave et bouleversant.
Ne cherchez pas une crise de nombrilisme aiguë dans ce roman, vous ne la trouverez pas !
Seule la Vie est au rendez-vous.

(Monsieur Cobert… mes respects sincères pour votre véritable talent et un grand merci pour avoir écrit cette histoire qui me touche tout particulièrement.)

Dieu surfe au Pays basque, Harold Cobert, éditions Héloïse d’Ormesson 144 pages 15 € 

 

Pas de commentaires

Poster un commentaire