L’apparence de la chair de Gilles Caillot : bienvenue dans le chaos !

Gilles Caillot vit et travaille à Lyon. L’Apparence de la chair est son cinquième thriller. Son travail est aujourd’hui soutenu par de grands noms du policier francophone, Franck Thilliez ou Maxime Chattam.

Extrait :

J’ouvre les yeux, en nage. Tremblante.
Il me surplombe, blanc comme un linge, assurément inquiet.
– Madame Branetti, est-ce que ça va ?
Je le dévisage, encore perdue dans cette déferlante d’horreur, peinant à retrouver mes repères. Réalisant enfin mon retour dans le monde réel, je détaille la pièce rapidement. Elle m’est familière. L’homme aussi. Quinze ans que nous nous fréquentons.
Lui, c’est le docteur Pérusa, psychiatre de son état. Un homme grand, mince, presque maigre. Un costume haute-couture, coupé avec soin et certainement réalisé sur mesure. Un carré de soie planté dans sa poche de son veston.
Bref, un homme coquet, un brin suranné. C’est d’ailleurs ce qui m’avait frappée quand j’étais entrée dans son cabinet la première fois.
Exténuée par l’expérience, je hoche la tête et puis lui adresse un timide sourire.
– Ça va, ça va, docteur.
– Que s’est-il passé ? Ça avait l’air plus intense que d’habitude.
– C’était… c’était horrible. J’étais avec lui. Il me menaçait. Je l’ai vu comme je vous vois.
Il se lève, fait le tour du bureau en faisant craquer ses longs doigts osseux puis s’arrête pour me jeter un regard qui en dit long sur ses interrogations.
Les traits de son visage sont tendus comme un arc sur le point de rompre. Malgré cela, il réussit à ouvrir la bouche. Une bouche d’ailleurs plutôt pulpeuse pour un homme, détonnant radicalement avec la petite moustache qui la surplombe et la calvitie qui s’est installée sur son crâne, au point de le dénuder aux trois quarts.
Sa voix caverneuse résonne dans la pièce.
– Pour ne rien vous cacher, je suis particulièrement inquiet. Nos dernières expériences ne me disent rien qui vaille. Il serait préférable que nous espacions nos séances.
– Quoi ?!
– Je sais ce que vous en pensez, mais je ne veux prendre aucun risque. Vous êtes encore très fragile. Il ne faut pas vous brusquer.
– Mais…
– Et dans votre cas, l’hypnose peut même s’avérer dangereuse.
Envahie par la colère et l’incompréhension, je le fusille du regard. Contenant à grand-peine les larmes qui tentent de franchir mes derniers remparts, j’explose enfin, dans une déferlante d’agressivité.
– C’est hors de question! Vous savez ce que j’ai enduré depuis qu’il l’a enlevée ? Vous comprenez que c’est de ma fille qu’il s’agit ?! Vous comprenez ça, Pérusa ?
– Justement, c’est…
– C’est rien du tout ! Comme je viens de le dire, c’est hors de question. Vous êtes le seul à pouvoir m’aider à la retrouver. Je ne vous laisse pas le choix.
– Madame Branetti. Je ne crois pas que…
– Docteur, ma décision est prise. Vous ne me ferez pas changer d’avis.

Résumé

Pour le capitaine de la police Sylvie Branetti, la vie s’est arrêtée il y a quinze ans, lorsque le tueur qu’elle poursuivait a enlevé sa fille Lila avant de disparaître. Après un passage obligé en hôpital psychiatrique et des séances régulières de psychothérapie et d’hypnose, elle se raccroche  à un seul objectif : savoir ce qui est arrivé à Lila.
La découverte d’un cadavre mutilé, arborant la même signature que celle du monstre qu’elle a croisé par le passé, la propulse à nouveau dans l’horreur. Mais elle a cette fois une espérance : connaître enfin la vérité.
Accompagnée de Paul Bénito, son ancien amant, elle veut suivre avec acharnement les traces laissées par le bourreau et mène une enquête aux confins de la réalité, un parcours peuplé de rêves étranges qui la submergent de plus en plus.

Avis

Shutter Island, ça vous dit quelque chose ? En 2010, Martin Scorsese a adapté le roman éponyme de Dennis Lehanne pour le cinéma. J’étais ressortie de la salle obscure bluffée par la performance d’acteur de Di Caprio, par le contenu du film. Des questions tournaient en boucle dans ma tête dont celle-ci : où était la réalité ?

Pourquoi est-ce que je vous parle de Shutter Island ? Tout comme Lehanne, Caillot nous plonge dans la folie et l’univers psychiatrique. A la différence près que l’écrivain y rajoute le sang. Un roman de Gilles Caillot sans morts [très] violentes, ça serait suspect. C’est un peu sa marque de fabrique, l’horreur à son apogée et, je dois bien le reconnaître, cette fois, il s’est surpassé. Jusqu’alors, je pensais que seul Franck Thilliez était capable de me mener en bateau. Côté psy, j’entends. En même temps, vu qu’il avait lui-même qualifié de « bluffant » L’apparence de la chair, j’aurais pu me douter que. Oui mais j’aime bien me faire ma propre idée, avis de Thilliez ou pas. Et là, je suis bien ennuyée parce que je ne trouve pas d’autre adjectif que celui utilisé par l’un des maîtres-es-thrillers psychologiques français : bluffant.

Lecteur, si tu oses tourner les pages de L’apparence de la chair, je te souhaite la bienvenue dans le chaos !

L’apparence de la chair, Gilles Caillot, éditions du Toucan 407 pages 9, 90 €

 

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