Balancé dans les cordes de Jérémie Guez : ET BAM ! PRIX SNCF DU POLAR 2013

Balancé dans les cordes est le deuxième roman de Jérémie Guez, l’auteur de Paris la nuit.
PRIX SNCF DU POLAR 2013.

Extrait

– Bouge, allez bouge putain. Donne du rythme !
La sueur me pique les yeux ; mon casque, trop serré, compresse mes tempes. Les gencives à vif, mordues par le protège-dents qui m’empêche de reprendre mon souffle. Une sale tempête s’abat sous mon crâne. Le type boxe mal. Il est d’une lenteur incroyable. Il doit faire 20 kilos de plus que moi et pourtant je peux le coucher sans même que ses poings effleurent ma joue. Pas ce soir. J’ai les jambes lourdes, le dos bloqué. Je vois les coups venir à des kilomètres mais mon corps ne répond pas.
Et l’autre de cogner fort. Il sent la brèche, depuis le temps qu’il essaye de la trouver… Je sais qu’il sait. Ce fils de pute ne lâchera rien.
– Donne des coups, donne des coups putain! Balance ta gauche !
La voix du coach résonne. Je suis perdu sur le ring. Il faut que ça s’arrête. Mais le type casse ma garde. Je rentre les bras trop lentement. Son poing cogne le creux de mes reins, la douleur gagne mon dos. Je me dégage, je vois le crochet arriver, je me baisse un peu. L’autre gant arrive entre mes deux yeux. Je crois avoir remonté la tête au bon moment, mais non. Je sens l’entaille, la virgule qui vient s’inscrire, droite, sur ma bouche. Le sang perle de ma lèvre. J’essaye de bouger en attendant le gong. Je suis à la rue.
– Stop, stop on arrête tout.
Je vais dans mon coin, fais un signe du gant pour dire que j’ai soif.
– Mais bordel Tony, tu peux m’expliquer à quoi tu joues ? Ton combat arrive vite mon gars. Je peux te dire qu’il y a du boulot. Continue comme ça et tu te feras étaler avant la troisième reprise, j’te l’dis moi !
Je ne réponds pas et repose mes bras sur les cordes. Patrick défait les liens de mon casque et passe de la pommade sur ma lèvre. Je retire mes gants tandis qu’il me sermonne. Je ne l’écoute pas. Machinalement il me tend la bassine, je retire mon protège-dents et crache une salive pâteuse, teintée de rouge. Mon oncle, debout au fond de la salle, me fixe d’un air navré. Mes yeux restent braqués dans sa direction.
– T’entends ?
– Oui chef, je suis désolé, ça ne se reproduira pas.
– Putain de merde, tu ne vas pas tout foutre en l’air, hein ?
J’enlève mon t-shirt et éponge le sang et la sueur de mon visage. Mon coach s’arrête de parler et colle son front, fort, contre le mien.
– T’as pas le droit de lâcher fils, t’as pas le droit de lâcher.
Je rentre au vestiaire prendre ma douche. J’enlève mes bandes, me déshabille, et fais couler l’eau. Je plaque mes mains contre le mur de carrelage et je reste là, sous le jet, la tête vide, à attendre que mon cœur ralentisse et retrouve un rythme normal.
Je sors, vêtu d’un sweat à capuche et d’un jean. Mon oncle discute avec l’entraîneur.
– T’as boxé comme une vraie tarlouze ce soir, me dit-il.
Je la ferme, l’inverse lui ferait plaisir. Il se tourne vers mon entraîneur :
– Sois plus dur avec lui Patrick, c’est un vrai petit salopard.
Je perds le fil, je m’entends juste dire :
– Tonton, je t’attends à la voiture.
Je sors. Respirer l’air frais me fait du bien. Je m’adosse à la camionnette. Mon oncle sort du gymnase. Il déverrouille les portières. Je balance mon sac de sport sur la banquette arrière. Il démarre la voiture sans qu’un mot soit prononcé. Mais je sais qu’il parlera. Et je sais ce qu’il va dire. […]

Résumé

Tony est un jeune boxeur qui prépare son premier combat de boxe. Il vit seul avec sa mère junkie et n’a jamais connu son père. Il s’est toujours tenu à l’écart des trafics qui rythment la vie de la cité.
Un soir, sa mère se retrouve à l’hôpital, salement battue. Tony veut la venger. Pour arriver à ses fins, il va entrer en contact avec Miguel, le caïd de la ville.

Avis

Roman noir.
Ecriture coups de poing.
Scénario impeccable.
Vous ouvrirez le livre et vous ne le lâcherez qu’au point final.
Pourquoi ?
Parce que Jérémie Guez.
Je vous avais prévenus dès son premier roman. Il a récidivé pour son deuxième !
Posséder une telle maîtrise de l’écriture, ce serait presque indécent si ce n’était pas surtout remarquable. Alors, Jérémie Guez ! Retenez son nom !

Balancé dans les cordes, Jérémie Guez, La Tengo éditions 17 €
PRIX SNCF DU POLAR 2013

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