Juste une ombre de Karine Giebel : ambiance flippante garantie !

Le premier roman de Karine Giebel, Terminus Elicius (La Vie du rail) a reçu le Prix Marseillais du Polar en 2005. Ont suivi Meurtres pour rédemption (réédité au Fleuve Noir), Les morsures de l’ombre (Fleuve Noir) tour à tour lauréat du prix Intramuros du Prix SNCF 2009 et du prix Entre les murs, Chiens de sang (Fleuve Noir) et Jusqu’à ce que la mort nous unisse (Fleuve Noir) lauréat du Prix des lecteurs au Festival Polar de Cognac.

Juste une ombre est sons sixième roman.

A noter :
Parution de Meurtres pour rédemption chez Pocket
Parutions de Chiens de sang et de Morsures de l’ombre en version numérique chez Fleuve Noir.

Extrait

Prologue

La rue est longue. Etroite. Obscure et humide.
Je n’ai pas très chaud dans mon manteau. Pour pas dire froid. Dans le dos, surtout.
J’accélère, pressée de retrouver ma voiture. Et mon lit, l’instant d’après.
Je n’aurais pas dû me garer si loin. Je n’aurais pas dû boire autant. Partir si tard.
D’ailleurs, je n’aurais pas dû aller à cette soirée. A archiver dans les moments gâchés. Les temps perdus, si nombreux. Cette soirée, j’aurais mieux fait de la passer en compagnie d’un bon livre ou d’un beau mec. Mon mec.
La moitié des lampadaires est en panne. Il fait sombre, il fait tard. Il fait seul.
Le bruit de mes pas se cogne aux murs sales. Je commence sérieusement à avoir froid. Et sans trop savoir pourquoi, à avoir peur. Sentiment vague, diffus ; qui m’étrangle en douceur. Deux mains glacées se sont lovées autour du cou sans que j’y prenne garde.
Peur de quoi, au fait ? L’avenue est déserte, je ne vais pas me faire attaquer par une poubelle !
Allez, plus qu’une centaine de mètres. Peut-être deux, à tout casser. Rien du tout, quoi…
Soudain, j’entends quelqu’un marcher dans mon dos. Instinctivement, je passe la seconde puis je me retourne.
Une ombre, vingt mètres derrière moi. Un homme, je crois. Pas le temps de voir s’il est grand, petit, gros ou maigre.
Juste une ombre, surgie de nulle part. Qui me suit, dans une rue déserte, à 2 heures du matin.
Juste une ombre…
J’entends mon cœur. Je le sens. Curieux comme on peut sentir son cœur, parfois. Alors que la plupart du temps on ne fait pas attention à lui.
J’accélère encore. Lui aussi. Mon cœur aussi.
Je n’ai plus froid, je ne suis plus ivre. Je ne suis plus seule. La peur est avec moi. En moi. Précise, désormais.
Encore un fugace mouvement de tête : la silhouette s’est rapprochée. Désormais, cinq ou six mètres nous séparent. Autant dire rien.
J’essaie de ne pas céder à la panique.
C’est seulement un type qui rentre chez lui, comme moi.
Je bifurque à droite, me mets à courir. Au milieu de la rue, je regarde en arrière : il a disparu. Au lieu de ma rassurer, ça finit de me terroriser. Où est-il ?
Il a sans doute continué tout droit ; il a seulement dû rire un bon coup en me voyant paniquer de la sorte ! Je ralentis un peu, tourne encore à droite. Allez, j’y suis presque !
Je débouche enfin dans la rue Poquelin, cherche la clef dans mon sac. La sentir sous mes doigts me fait du bien. Je les yeux, repère ma voiture sagement garée au milieu des autres. J’actionne l’ouverture automatique des portières, les clignotants me répondent.
Plus que dix mètres. Plus que cinq. Plus que…
L’ombre surgit d’un renfoncement. Mon cœur se détache et tombe dans le vide.
Choc. Commotion cérébrale.
Il est immense. Entièrement vêtu de noir, une capuche sur la tête.
Je recule d’un pas, simple réflexe. La bouche ouverte sur un hurlement resté coincé au fond de moi.
Cette nuit, dans une rue déserte, sordide, je vais crever ! Il va se jeter sur moi, me poignarder ou me frapper, m’étrangler, m’ouvrir le ventre. Me violer, m’assassiner.
Je ne vois pas son visage, on dirait qu’il n’en a pas.
Je n’entends plus mon cœur, on dirait que je n’en ai plus.
Je ne me vois plus aucun avenir, on dirait que…
Mon Dieu, je vais mourir. Pas maintenant, pas ce soir. Pas ici, pas comme ça… !
Si je cours, il me rattrapera. Si je ne bouge pas, il se jettera sur moi. Si je hurle, il me fera taire. A jamais.
Alors, pétrifiée, je fixe cette ombre sans visage. Je ne pense plus à rien, je ne suis plus rien.
Si, une proie.
J’ai l’impression de voir briller ses yeux dans la pénombre, tels ceux d’un fauve, la nuit.
Ça dure de longues secondes, ce face-à-face. Cet odieux face-à-face.
Lui, contre ma voiture. Moi, contre un mur. Confrontée à ma propre mort.
Et puis soudain, il tourne les talons et s’éloigne, se fondant lentement dans les ténèbres. Ne faisant plus qu’un avec elle, il disparaît.
Mes jambes se mettent à trembler, la clef de ma voiture glisse entre mes doigts. Mes genoux se plient, je m’écroule sur le trottoir. Entre deux poubelles.
Je crois que je viens de me pisser dessus.

Résumé

En sortant de chez sa meilleure amie, Cloé Beauchamp, qui vise la direction de l’entreprise dans laquelle elle travaille, fait une mauvaise rencontre. Seulement, ni ses proches ni la police ne voudra la croire quand elle racontera qu’une ombre la suit, ouvre son courrier, déplace des objets dans sa maison, l’observe lorsqu’elle fait sa toilette. Peut-être que Cloé est folle ?
Un flic à la dérive va pourtant décider de lui venir en aide. Mais peut-être sera-t-il trop tard ?

Avis

Une écriture fluide.
Une intrigue implacable.
Un suspense soutenu.
Des personnages complexes et déchirés.
Amis du noir, ne boudez pas votre plaisir ! Du grand, du très grand Giebel !

Juste une ombre, Karine Giebel, éditions Fleuve Noir 500 pages 19,20 €

 

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