Si tu existes ailleurs de Thierry Cohen : et si nous apprenions ce qui vivre signifie ?

Thierry Cohen est déjà l’auteur de J’aurai préféré vivre (Plon et Pocket), Je le ferai pour toi et Longtemps j’ai rêvé d’elle (Flammarion et J’ai lu).

Extrait

6 avril 1981
Cabinet du docteur Laurens
Enregistrement

Voix du docteur Laurens :
– Veux-tu bien me dire ce que tu vois sur ce dessin ?

Silence

Voix de l’enfant :
– En fait, c’est un petit garçon et sa maman. Ils se promènent. Le petit garçon n’est pas très gentil. Il n’arrête pas de lâcher la main de sa maman. Elle est en colère contre lui.

Silence

– D’habitude, sa maman est belle et elle sourit. Mais là, elle est fâchée.

Silence

– Il y a plein de voitures dans la rue, plein de bruits. Sa maman est fatiguée, elle aimerait rentrer chez elle. Mais l’enfant fait un caprice. Il veut aller jusqu’au jardin pour faire de la balançoire. Sa maman lui dit: «Une autre fois, mon cœur.» Elle l’appelle souvent comme ça: mon cœur. Je sais pas pourquoi.

Silence

– En fait, ça veut rien dire d’appeler quelqu’un mon cœur.

Silence

Voix du docteur Laurens :
– Pourquoi ça ne veut rien dire ?

Voix de l’enfant :
– Ben, le cœur, c’est ce qui fait vivre.

Silence

Voix du docteur Laurens :
– Continue à me décrire ce dessin, s’il te plaît.

Voix de l’enfant :
– L’enfant s’énerve. Il insiste. C’est un garçon trop gâté. C’est son papa qui dit ça. Il dit souvent: «Tu le gâtes trop. Il est devenu capricieux.»

Silence

– Alors, sa maman le suit. Elle sourit mais elle est pas contente. Elle aimerait rentrer. Elle est trop fatiguée. Il y a trop de bruit avec toutes ces voitures. Elle lui attrape la main et la serre fort. Elle marche lentement. Lui, il se dit qu’ils marchent trop lentement. En plus, au feu, le petit bonhomme est vert et le temps qu’ils arrivent, il va devenir rouge et ils vont devoir attendre. Alors il avance plus vite, il tire la main de sa maman. Elle lui dit: «Doucement, mon cœur.» Au moment de traverser, le bonhomme est toujours vert. Alors l’enfant s’avance. Sa mère lui dit: «Non, attends, il va bientôt passer au rouge.» Mais l’enfant tire encore et leurs mains glissent.

Voix du docteur Laurens :
– Continue

Silence

– L’enfant a commencé à traverser. Sa maman crie. L’enfant a peur car il entend le moteur d’une voiture et au lieu de s’arrêter il se met à courir. Il entend sa maman ou un klaxon, ou des pneus qui freinent. Il a tellement peur. Mais il arrive vite sur l’autre trottoir. Il est content. Il veut se retourner pour faire signe à sa maman, lui dire que tout va bien. Mais il se retourne, il ne la voit pas. il n’y a que des voitures. Elles sont toutes arrêtées. Il y a plein de bruits aussi. L’enfant ne comprend pas pourquoi les gens parlent tous très fort. Surtout, il ne comprend pas pourquoi il ne voit plus sa maman.

Silence

Voix du docteur Laurens :
– Continue.

Voix de l’enfant :
– En fait, maintenant, y a plein de gens autour de lui. Il les entend dire les mots « ambulance », « mon Dieu ! », « horreur ». Un monsieur s’approche, se baisse et l’oblige à se tourner pour ne pas voir la rue. Alors, l’enfant croit qu’il veut lui montrer sa maman : elle a traversé plus vite que lui, elle est de l’autre côté, elle l’attend. Mais il ne la voit pas. Alors, il veut voir de l’autre côté mais le monsieur l’empêche. « Ne regarde pas petit », il lui dit.

Résumé

Le jour où sa nièce de 3 ans lui annonce : « Tu vas mourir du cœur en même temps que cinq autres personnes », les crises d’angoisse de Noam Beaumont se multiplient. A 35 ans, ce célibataire est obsédé par la mort autant que par le drame qu’il a vécu enfant.
Aidé par une psychologue aux méthodes orthodoxes, Noam va se lancer dans une quête impossible : découvrir la date de sa mort.

Avis

Un titre à la Musso et une couv’ à la Lévy. Ou l’inverse.
Au-delà de ces apparences, le sujet du roman Si tu existes ailleurs n’est pas centré sur une histoire d’amour hors du commun mais plutôt sur la descente aux enfers d’un homme aux prises avec cette terrible angoisse : comment vivre en étant obsédé par sa mort prochaine ? Deux choix s’offrent alors à lui. Ou il ne cherche pas à connaître la date exacte. Ou il l’apprend et profite du temps qu’il lui reste à vivre. Possible que la vérité soit ailleurs et que Thierry Cohen vous en propose un aperçu dans son roman.

Alors oui, je regrette que le packaging ressemble à ceux des deux auteurs cités plus haut et j’aurais aimé que le texte soit parfois un peu plus élaboré. Mais j’ai été happée par cette histoire à la fois simple et complexe, – certains passages m’ont même émue aux larmes – et  j’ai grandement apprécié le message qu’il contient.
Merci, Thierry Cohen pour ce beau moment de lecture.

Si tu existes ailleurs, Thierry Cohen, éditions Flammarion 19,90 €

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