CHAMAMÉ de Leonardo Oyola : VIOLENCE = VIE

Leonardo Oyola est né à Buenos Aires. Auteur de Golgotha, lui aussi publié chez Asphalte, il a reçu pour Chamamé le prix Dashiell Hammett de la Semana Negra, qui récompense le meilleur roman noir écrit en langue espagnol. Il collabore actuellement à l’édition argentine du magazine Rolling Stone.

Résumé

Perro et le Pasteur Noé sont deux amis, pirates de la route. Leur univers est violent et amoral. Le jour où le Noé le trahit, Perro se met en chasse, bien décidé à le tuer.

*Chamamé : chanson et danse de la région de Corrientes, situé dans le **littoral argentin. Ce mot signifie en guarani « agir sans réfléchir ». Sans plan, sans méthode, de façon improvisée.
**Le littoral est la région qui comprend les provinces de Rios, Misiones et Corrientes.

Extrait

Ils ne commencent jamais.
Ils explosent.
D’un coup.
Ils sont comme ça, mes rêves.
Je ne sais pas ce que signifie dormir sur deux oreilles.
Je n’arrive à fermer l’œil qu’après avoir descendu une bouteille de J&B.
Et depuis que le pasteur Noé m’a arnaqué, chaque fois que je ferme les yeux, c’est la même chose.
Chaque fois.
Grosso modo.
Ils ne commencent jamais.
Ils explosent.
D’un coup.
Ils sont comme ça, mes rêves.
D’abord mes mains jointes.
Comme si je priais.
Ensuite je les écarte pour ouvrir le rideau de perles qui tintent.
J’entre au Mogambo.
Le dernier bouge de Misiones.
Le dernier bordel du pays avant de passer la frontière avec le Brésil.
J’entre dans un enfer, l’Enfer plutôt, et j’adore me vautrer dans ses flammes.
Me mettre le feu pendant que je cajole les doyennes.
Azucena, Samantha et Claudia.
Leur mettre le feu, ma fièvre, même les plus jeunes y ont droit.
Eli, Romina, la blonde Jessica et Mónika avec un k.
Ça ne commence jamais.
Ça explose.
D’un coup.
Les « filles ».
A part Romi, elles me sautent toutes dessus, espérant que je vais les suivre dans une chambre.
Et je sais très bien qu’elles font exprès de tomber sur le client en meute, histoire qu’au milieu de toute cette agitation Samantha ou Eli, qui sont mère et fille et qui connaissent bien leur affaire, puissent glisser une main sans que tu t’en rendes compte pour te faucher ton portefeuille.
Ça ne commence jamais vraiment.
Ça explose.
D’un coup.
Cette chanson date de plusieurs années.
Malgré ça, elle continue de me faire kiffer.
Claro qu’on peut pas être rock’n’roll vingt-quatre heures sur vingt-quatre, Guns N’Roses.
Alors je me laisse aller, avec le one-hit wonder de Corona.

Avis

Sans foi ni loi ne s’applique pas à Chamamé.
Si les deux personnages principaux sont totalement déjantés et vivent en dehors du système, chacun d’eux est guidé par sa propre morale et au final, tous les deux cherchent leur rédemption. Aucun plan bien défini ne régit leurs actes : ils foncent, persuadés qu’au bout de la route ils trouveront une vie meilleure.
Un peu trop d’extraits de chansons à mon goût. Même s’ils contribuent à sublimer les états d’âmes des deux protagonistes.

Avec Chamamé, Leonardo Oyola signe un roman où la rage de vivre reste omniprésente, quelles que soient les situations auxquelles sont amenés à être confronté ces deux hommes.
Existe-t-il une leçon de morale dans ce road movie ultra-violent ? Si tant est qu’Oyola ait cherché à en délivrer une.
Drapés dans leurs propres notions du bien et du mal que leur ont forgé leur société et leur mode d’existence, Pero et Noé ne connaissent qu’une seule doctrine : leur amitié. Aussi vicelarde soit-elle.

Chamamé, Leonardo Oyola, éditions Asphalte 224 pages 18 €
Traduit de l’espagnol (Argentine) par Olivier Hamilton

 

Pas de commentaires

Poster un commentaire