Au temps pour moi : LE TALENT VIENT DU SUD, il s’appelle SCOTTO !

Instit défroqué, vieux punk, peintre, musicien et maître du célèbre chien Saucisse, Serge Scotto est arrivé à la littérature par des chemins de traverse.
Il a commencé sa carrière en 2000, avec Le crapaud qui fume signant depuis chez divers éditeurs une vingtaine de romans, recueils de nouvelles ou de chroniques, bandes dessinées…

Extrait

– Ha! te voilà, toi !… Tu veux des pieds et paquets ?
Je suppose que c’est sa façon de me dire bonjour… Il n’y a plus que mon oncle et mon ami Maurice pour énoncer correctement des « pieds et paquets », à l’ancienne, plutôt que des pieds paquets, comme tout le monde le dit… et qui ne veut rien dire : à part désigner un joueur de l’OM, que pourrait signifier un « pied paquet » ?
Personnellement, dans les pieds et paquets, ce que je préfère, ce sont les paquets, gonflés de leur farce aillée trempée de sauce, tandis que je n’ai guère de plaisir à sucer les os…
– Bonjour quand même… Volontiers trois paquets, si tu veux bien! lui réponds-je en l’embrassant.
Pour un mafieux, mon oncle Tonin n’a pourtant jamais eu le goût des embrassades : je sais qu’il souffre un peu de ses familiarités, car mon tonton ne veut surtout pas avoir l’air sentimental, mais il s’y prête de bonne grâce car je suis son neveu préféré. Je suis même plus que son neveu, son filleul ; ce qui fait de lui mon parrain, un terme qui lui va aussi bien que son Borsalino enfoncé sur la tête !…
– Oh, branleur, hurle-t-il à Roger, tu fais une assiette pour le petit!
Roger est serveur au Quai des Brusques depuis si longtemps qu’on peut lui faire confiance et parler devant lui. Plus qu’un CDI, un engagement à vie… J’entends la vaisselle dans la cuisine. « Le petit » : je vais tout de même avoir cinquante ans, il faudrait que je songe à le dire à mon oncle… Evidemment, il n’a aucunement tenu compte de mes considérations et oublié de préciser que je ne voulais que des paquets… Je n’insiste pas.
– Alors, ça s’est bien passé ? me demande-t-il en me tapotant la joue, le seul geste d’affection dont cet être viril soit capable de lui-même.
– A ton avis, tonton ? le taquiné-je.
– Je sais bien que ça s’est bien passé, je lis les journaux…, on parle que de ça! Mais toi, tu vas me raconter un peu, non ?
Je m’y engage, s’il me laisse le temps de respirer et de prendre de ses nouvelles. « Tout va bien, Dieu garde ! » si ce n’est qu’avec les années, ses vieilles blessures le font souffrir davantage la bise venue, « notamment la balle que tu m’as logée dans les fesses… » n’oublie-t-il pas de remarquer perfidement. Ce n’est pas pour se plaindre, juste pour le plaisir de la conversation. « Du coup, on a rentré la terrasse, que ces jours-ci, je te dis pas, ça soufflait concarin… ! Ça a failli m’emporter le auvent ! Y avait un de ces mistrals… qui te tranchait le jambon comme une lame de glace ! » mime-t-il lyriquement du tranchant de la main.
Pour son âge et pour un homme qui a survécu à vingt-deux coups de revolvers, moi je trouve qu’il porte encore beau, mon tonton Tonin !

Résumé

Malgré sa phobie de l’avion, Herbert Turaive accepte un nouveau contrat de son oncle parrain : abattre la femme avec qui DSK a couché. Revenu vivant de New York, Turaive découvre qu’on assassine ses amis écrivains.

Avis

Au temps pour moi est la seconde aventure de l’enquêteur Herbert Turaive apparu dans Gagnant à vie. Dans cette histoire, DSK est introduit aussi vite qu’il est sorti et c’est tant mieux ! Marseille, le bon usage de la langue française, le monde de l’édition, la société contemporaine, l’humour et le suspense sont mis à l’honneur par Serge Scotto.
Mordant, cynisme, tendresse et polar font bon ménage chez ce subtil et talentueux auteur trop peu reconnu à mon goût.
N’hésitez pas à ajouter Au temps pour moi à votre bibliothèque ou à l’offrir ! Un pur délice !

Au temps pour moi, Serge Scotto, éditions de L’écailler 210 pages 17 €

 

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