LE MANUEL DU SERIAL KILLER de FREDERIC MARS : COMMENT ?

Frédéric Mars est un écrivain qui a plus d’une quarantaine de livres à son actif dans divers genres littéraires.
Le Manuel du serial killer est son septième roman.

Extrait choisi

Dans deux ou trois heures tout au plus, ce garçon sera mort.
Raide comme une batte. Vidé ou presque de son sang, écrasé comme un insecte sur le carrelage immaculé de la cuisine familiale. Petit cafard renvoyé au paradis des parasites. Sa mère glapira de détresse. Le chien aboiera son effroi. On appellera le médecin, les voisins, et bientôt les flics. Mais tout ce beau monde sera aussi impuissant que vous et moi. Un enfant de dix ans aura quitté ce monde. D’un coup de vent sec. Pfut.
Regardez-le, pourtant, sortir du stade, le sourire aux lèvres, bras dessus bras dessous avec son grand frère. C’est ce dernier qui lui a offert sa boisson multivitaminée, celle qu’on ne boit que les jours de match. Celle qu’ils achètent au petit stand ambulant qui stationne toujours à la porte B, pile en face de la grande statue de bronze qui glorifie les héros de Fenway Park. « Tema Mates », dit la plaque. Les copains de l’équipe. Il lui a confié la monnaie nécessaire et l’a laissé s’approcher seul de la buvette, comme un grand.
Aussi loin qu’ils s’en souviennent tous les deux, et leur père et leur grand-père avant eux, cette roulotte a été là. Fidèle au rendez-vous. Déjà le jour du sacre historique de 2004, après quatre-vingt-six ans de disette, quand le petit n’était encore qu’un bébé hissé sur les épaules de son papa. Les jours de triomphe comme eux, hélas plus nombreux, des cuisantes défaites.
Le gamin aux reflets roux sirote son jus frais et acidulé, ballotté par la foule qui se rue hors de l’arène. Ça lui fait tant de bien. L’automne a pris un peu de retard, cette année. Il faisait si chaud dans l’enceinte bourrée à craquer.
– T’en veux ?
Il tend l’emballage cartonné à son aîné.
– Non, merci… Après, j’aurai trop envie de pisser dans le métro.
De Fenway jusqu’à South Boston, ils en ont pour une petite heure de transport, compressés entre des brochettes de supporters, dans des vieux wagons surélevés de la ligne D. Pas les plus confortables du réseau, loin de là, mais dont le bringuebalement familier leur est si doux, promesse des joies à venir dans un sens, souvenir des émotions passées de l’autre.
Quand ils passent les portillons de la station, entièrement habillée aux couleurs des Red Sox, le petit est pris d’une sorte de hoquet. Comme un haut-le-cœur soudain.
– Ça va pas ? s’inquiète le plus grand.
– Si… Je crois juste que j’avale trop vite. Ça me gonfle le ventre.
– Vas-y mollo.
– Oui, mais j’ai tellement soif !
Alors il continue de boire. Il tire sur la paille avec avidité, jusqu’à produire ce drôle de petit gargouillis au fond de la boîte qui signale qu’il est arrivé à la dernière goutte. A mesure que le métro progresse, ce bruit et les autres – crissements de rails, claquements de portes automatiques, beuglements des passagers enivrés par la victoire – se fondent dans un même bourdonnement continu. Un grondement qui emplit peu à peu tout l’espace.
– J’entends plus rien, se plaint le petit.
– Quoi ?
– Mes oreilles…
Il les désigne d’un geste affolé.
Le grand le tire par la manche et l’extrait de la rame. De toute façon, ils ont à Park Street. C’est là qu’ils doivent changer. Le rouquin aux traits si régulier chancelle dans les couloirs de correspondance, arrimé au bras fraternel comme un navire en perdition à son remorqueur. Lorsqu’ils parviennent à la station de Broadway, leur destination, il ne s’agit plus de le soutenir mais bel et bien de le porter, poupée flasque dont les jambes survolent l’asphalte. Sur l’avenue, les passants se retournent sur ce duo qui tangue d’une étrange manière. A deux ou trois reprises, le grand lâche sa prise, et son cadet tombe à genoux. D’abord quelques gouttes écarlates font floc-floc sur le trottoir, puis son nez n’arrête plus de pisser un sang presque surnaturel tant le rouge est vif. Il sème ainsi ses flasques de vie jusqu’à leur bicoque, aussi modeste que l’est tout le quartier.
[…]

Résumé

Orphelin de père et de mère, Thomas Harris est étudiant en lettres à Harvard. Propulsé stagiaire au service des manuscrits de la maison d’édition Killin Publishing, Tom est chargé d’effectuer un premier tri. A la fois horrifié et fasciné par sa lecture du Manuel du serial killer, déposé anonymement, il décide d’en rejeter le texte.
Or, quelques jours plus tard, Le Manuel du serial killer est édité sous son propre nom.

Avis

Après deux de ses œuvres parues en 2011 que j’ai lues, un thriller historique, Le sang du Christ et Non Stop, un thriller dont l’intrigue se déroule à Manhattan juste avant la date anniversaire du 11 septembre 2012, Frédéric Mars revient avec un roman choc, Le Manuel du serial killer.
Avec une agilité certaine, Mars soumet au lecteur plusieurs angles de vue : celui de Thomas Harris, celui d’un psychiatre et surtout celui du Manuel du serial killer. En effet, ce livre est une vraie mise en abyme : il contient un roman racontant certains faits qui se déroulent dans le roman.
La syntaxe est irréprochable. Les scènes s’enchaînent à un rythme soutenu, distillant ça et là des indices qui aiguillent le lecteur vers des pistes qui peuvent se révéler fausses. Ou pas. Aucune longueur, aucun superflu.
Frédéric Mars a su instaurer un climat de tensions psychologiques dans laquelle des personnages troublants évoluent au sein d’une ambiance pour le moins étrange. Le plus perturbant étant sans nul doute, l’arme choisie et les victimes élues.
Pour moi, Le Manuel du serial killer s’adresse à toutes celles et tous ceux qui ont l’envie de se perdre dans les méandres tortueux de l’esprit d’un tueur en série et de répondre à cette question : comment ?

Le Manuel du serial killer, Frédéric Mars, éditions Black Moon 18 €

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