Choisir, c’est vivre.

Je souffre, un peu, mais j’ai choisi : je ne suis pas une femme de marin alors si tu n’as plus aucune nouvelle de moi à partir d’aujourd’hui, c’est que toi aussi tu as choisi.
Les bouleaux sont nus et j’écris. Une nouvelle est partie pour l’étranger, deux romans sont en passe d’être corrigés, je travaille sur le suivant.

L’heure n’est plus aux larmes et au mea culpa. Comme je ne peux sauver le monde entier, je ne suis pas responsable de tous nos faux pas. Pour écrire une histoire d’amour, il faut avoir envie de donner et recevoir. C’était peut-être là que le bât blessait : avoir envie de. Encore faut-il le vouloir, savoir faire, oser vivre. Rester les pieds collés au plancher du passé, se raccrocher à tout ce qui bouffe le quotidien – le travail, les enfants, les parents mais surtout le travail qui n’est jamais assez prenant, c’est bien plus simple, n’est-ce pas ? C’est souvent plus facile qu’avancer vers une nouvelle aventure. On se remplit d’habitudes pour noyer le vide qui effraye tant.
« Je ne veux pas aimer comme avant. Tomber amoureux comme avant. Je ne veux pas vivre comme avant. » avais-tu expliqué en souriant en différents instants. Moi, j’entendais ta douleur encore bien présente, ta peur de l’avenir mais ton envie de construire autre chose sans te prendre la tête. Tu voulais garder de l’espace, tu en avais besoin pour réapprendre à respirer sans t’inquiéter de ce qui pourrait arriver. Tu parlais de liberté retrouvée ; tu évoquais aussi tes épines, j’aurais parlé de chaînes d’amour. « Laissons-nous du temps » avais-tu demandé.
J’avais accepté, apprenant à jouer au silence, à me faire dévorer chaque jour un peu plus par un travail cannibalisant alors que j’étais formée pour garder le recul nécessaire. D’heure en heure, j’oubliais ma vie d’avant, mes copains, mes amis, ma famille. Je sortais de moins en moins, puis, plus du tout. J’érigeais des barreaux tout autour de moi et je criais à qui voulait l’entendre : « Je suis libre ! LIBRE ! Quel bonheur, si tu savais ! » Je pensais à te donner des nouvelles de temps en temps, je prenais soin d’espacer ces petits coucous pour ne pas t’étouffer, espérant sans te le dire que tu allais réagir. Tu répondais toujours. Parfois, je t’invitais à me rejoindre ou tu me demandais de passer. Nous savourions tous les deux ces délicieuses heures volées à notre précieuse liberté. Les lendemains matins, tu m’embrassais à pleine bouche et je repartais enveloppée d’un « Je t’appelle ! ».

Le plus étonnant est que ce fut très facile d’oublier de vivre vraiment pour revêtir aux yeux des autres le déguisement Touvabien. Tu le connais, tu le portes la plupart du temps.
Dans ma tête défilent tous nos soupirs et nos rires, toutes nos caresses et nos jouissances, tous nos petits bonheurs de rien du tout et nos parfaits accords silencieux, ce Nous que nous avions construit, aussi délicat qu’une bulle de savon. Mais c’est décidé, je pars.
Tu vois, il m’est impossible de me faire plus petite que je le suis devenue ou si, cela serait possible, il suffirait que je me tue un peu plus. Seulement, j’ai trop envie de vivre. Alors, je sors de Nous, en silence, pour ne pas troubler ton semblant de paix. Je t’aime.

*Yun

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