DE CE BORDEL AMBIANT QUI EST LE NÔTRE

Le désespéré de Gustave Courbet

Le désespéré de Gustave Courbet

Vous avez remarqué ? Nous sommes en janvier ? C’est la nouvelle année. Dehors, le temps est doux. Les températures ne sont pas descendues jusqu’à des extrémités qui auraient provoqué la mort de quelques SDF ou de quelques vieux à la mémoire percée, sortis en balade sans personne pour leur rappeler le chemin de leur maison. L’isolement, quel fléau !
J’insiste sur la mise à l’écart de certaines personnes alors que nous sommes encore en pleine période de vœux ! Quelle vilaine fille suis-je donc ! Mais pourquoi est-ce que j’agis ainsi ? Repousser l’autre/ ne pas voir l’autre/ éviter de regarder l’autre, de lui adresser la parole ou un sourire tuera l’humain qui est en nous aussi sûrement que la Mort mettra fin à notre existence quand Elle en aura décidé.

L’être humain a besoin d’échanger avec ses semblables pour vivre ou survivre. « Tout est langage » nous a enseigné Françoise Dolto.

Il semblerait qu’à notre époque surmédiatisée on se serve des modes et réseaux de communication existants pour nous monter les uns envers les autres. Ce qui crée un climat de haine derrière lequel se cache des peurs irraisonnées.
On nous apprend à mentir, à paraître, à dénoncer, à répandre, à honnir. On nous vend le clic comme l’arme absolue. Même un petit d’homme de deux ans sait se faire obéir d’une machine en tapotant de l’index. Si à 50 ans t’es pas sur Twitter ou Facebook, t’as raté ta vie ! Qui prend encore le temps de regarder les nuages ou l’eau de la rivière trop occupé qu’il est d’envoyer un tweet ou d’alimenter son wall ? Bientôt, celle ou celui qui osera ouvrir la bouche pour dire « Bonjour ! » en entrant dans un petit commerce sera lynché par les rares qui attendent d’y être servis.
On nous abreuve d’émissions télé pour nous apprendre à cuisiner des plats ou des desserts, à éduquer nos enfants, à décorer nos maisons, à nettoyer notre intérieur, à mater l’autre enfermé volontaire ou à devenir une star.
Maintenant, quand tu es invité chez des amis, tu ne sais plus si tu es chez Paul ou chez Pierre parce que l’intérieur de Paul ressemble à s’y méprendre à celui de Pierre. Mais qu’importe puisque l’un ou l’autre t’aura confectionné LA verrine ? Et pendant que tu tenteras de planquer ta faim – les verrines à toutes les sauces, c’est joli à l’œil mais ça n’a jamais nourri son homme -, son gamin de 8 ans hurlera comme un dément les mains vissées à sa console qu’il a atteint le 48ième niveau en ayant encore 4 vies ! Quant à sa petite sœur d’à peine 3, elle te collera des grands coups de ses vernies dans les tibias en te traitant d’« enculé de Gérard ! » sous les rires extasiés de Paul : « Oh ma chérie/ mon amour/ mon cœur ! Tu as bien retenu le prénom de l’ami de papa ! ». A quand l’émission qui nous apprendra à nous torcher le cul ?
On se gausse en montrant du doigt ces pays qui exécutent les leurs en les offrant à des chiens affamés, qui lapident leurs femmes violées, qui meurent de guerres fratricides parce que l’un d’entre eux s’est érigé comme leur dictateur ou parce qu’un petit groupe religieux s’est dressé comme leur tête bien-pensante : « Regardez loin là-bas, ces idiots sans culture ! »
On nous raconte que les politiques font de l’humour que les humoristes font de la politique. Mais, elle est où, la politique ? Il est où, l’humour ?

Devant toutes ces tensions médiatiques de plus en plus violentes, je me demande si le loin là-bas n’est pas là tout près. Voire là, tout prêt.
« Tout est langage » nous a enseigné Françoise Dolto, l’aurions-nous oublié ?
Si dans un bac à sable, le petit d’homme colle un coup de pelle à son voisin pour s’en faire un ami, à l’âge adulte, l’être humain est censé savoir dialoguer avec un autre être humain. Ça passe forcément par l’éducation, le face à face et l’écoute. L’écoute de l’autre, pas l’écoute de soi. Dès lors, il ne s’agit plus de cliquer plus vite que son ombre sans plus regarder autour de soi la beauté du monde, ou d’un « je te signale et donc je te dénonce parce que la photographie que tu publies, même si elle est signée d’un grand photographe, me choque », encore moins de laisser son jeune enfant avoir libre accès aux réseaux sociaux sans contrôle parental mais de se rappeler le mot : « Bonjour ! », sans oublier les autres petits mots magiques « s’il vous plaît », « merci », « pardon ».

Pour moi, quelle que soit sa couleur de peau, un Homme rouge, brun, noir, jaune, zébré, tigré, à fleurs, à rayures ou blanc sera toujours un Homme.

Pour ne jamais les oublier, devons-nous répéter tous les matins l’Article 4 de la Déclaration des droits de l’homme de 1789 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. » et l’Article 11 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » ?

Je ne poserai qu’une dernière question : « A qui profite ce BORDEL AMBIANT qui est aussi le nôtre ? »
Je vous écoute. Qui va me répondre ?

1Commentaire
  • Jean-Pierre de la hot-Garonne

    février 5, 2014 at 11:02 Répondre

    Facile! les orientations sociétales sont guidées(au mieux ) ou sont imposées habilement(au pire) par nos gouvernants.
    Le bordel ambiant leur incombe donc!
    Au fait! c’est une une petite partie des français qui a élu ces messieurs -^ames, nous sommes donc de doubles irresponsables , 1 pour parce que notre votation leur donne légitimité, 2 parce que nous adoptons leurs idéologies, leurs ordres(pas dans le sens « à vos ordres ») discrets ou pas.
    N’étant pas très en verve ce jour, je vais faire parler un mort, très pratique au demeurant :

    « Pour savoir qui vous dirige vraiment il suffit de regarder ceux que vous ne pouvez pas critiquer. »

    …histoire d’alimenter un peu le débat, « au fait! », merci Voltaire.

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