Le parfum du divin

Tu ne le sais pas mais parfois je t’imagine vivre avec elle. Pourtant, je ne sais rien de sa façon de bouger, de rire, de manger, de boire ou de pleurer. Je ne connais pas non plus ses envies, pas plus que ses désirs mais je te connais toi. Je sais ta force, tes fêlures, tes manies de petit garçon, ton amour du beau, ton goût pour la solitude, ta curiosité du monde, ta passion pour les femmes et pour les belles créations. Je sais aussi que tu l’aimes, celle dont tu m’avais avertie de ne jamais prononcer le prénom ou d’évoquer l’existence quand nous étions ensemble. Ou quand nous étions séparés.
Ne t’es-tu jamais demandé qui tu protégeais réellement, en posant cet interdit que je n’aurais jamais franchi ? J’aime à penser qu’elle et toi et toi et moi, nous étions tous à l’abri de l’autre dans notre bulle respective et respectée. Tu étais, nous étions, nos protecteurs. Nous le sommes toujours puisque je n’ai pas même esquissé son initiale ni évoquer ta vie.
Il n’empêche qu’à cette heure, je vous imagine. Est-ce qu’elle gémit quand tu lui caresses le sexe ? Les hanches ? Le creux des reins ? Se laisse-t-elle embrasser ou prend-elle ta bouche comme une assoiffée avalerait un verre d’eau ? T’offre-t-elle son cul ? Crie-t-elle quand l’orgasme jaillit ? Ose-t-elle guider ta main, tes lèvres ? Est-ce que sa voix se casse d’avoir trop prononcé ton prénom ? Ces questions, je les écris mais je n’aimerais pas avoir de réponses. Je vous imagine mais c’est toi que je vois.

Aujourd’hui il pleut de ces grosses averses qui laissent apparaître un coin de ciel bleu pour mieux le dévorer. J’ai racheté deux paquets de cigarettes qui décoreront une étagère pendant plusieurs mois, deux jeans aussi. Dans ma penderie, ma petite robe noire et ses sœurs sentent la noix de coco, la vanille bourbon, la cannelle et l’orange. Je n’ai plus de parfum. L’heure présente est au thé, à la lecture, au jardinage, au farniente, à l’écriture aussi. Je crée à nouveau comme je regarde à nouveau les hommes et les femmes. Pour en arriver là il a fallu que je redessine ma vie, que je panse mes plaies, que j’apprenne à lâcher prise. A trop tenter d’apprivoiser le feu, on s’en brûlerait l’âme…
Tu me manques, nos jeux surtout, ceux que nous n’avons pas encore inventé et qui n’existeront sans doute jamais mais nos jeux, c’est toi et moi alors oui, tu me manques, sans souffrance, avec ce plaisir que donnent les fruits défendus ou qui font semblant de l’être. Mes mots sont trop petits pour te parler de mes sentiments. Je sors fumer sur la terrasse. Il ne pleut plus.

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