CES LIEUX SONT MORTS de PATRICK GRAHAM : Et le TRES BON THRILLER est AUSSI français !

Patrick Graham est l’auteur, entre autres, de L’Evangile selon Satan, Retour à Rédemption et Des Fauves et des Hommes. Ces livres sont tous parus chez Pocket. Traduits en neuf langues, ils sont entrés dans la liste des best-sellers en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne. Marié et père de trois enfants, il vit actuellement en région parisienne.

Extrait

Prologue

Le chasseur de prime s’appelle Warren. Il est grand, costaud, sale et chauve. Il porte un chapeau de cow-boy qui a été blanc et dont les rebords en contact avec son crâne sont devenus d’un jaune crasseux. Warren fume sans cesse des Camel et mâche des chewing-gums à la nicotine. Il a les dents aussi jaunes que les bords de son chapeau et une toux grasse encombre en permanence sa gorge et sa voix. Il est vêtu d’un jean extensible et d’une chemise de travail en polyester avec de larges auréoles de sueur sous les bras. Pour les dissimuler, Warren porte aussi une veste de costume qu’il est obligé de quitter souvent car c’est surtout elle qui donne chaud. Quand il l’ôte, il prend toujours soin de la suspendre à l’arrière, sur un cintre, avec ses autres vestes, ses autres chemises tachées sous les bras, ses autres jeans. Un brave gars du Kentucky, à ce qu’il dit. Il fait ce job pour vivre. Avant, il était agent de probation. Et puis, une ancienne détenue lui avait tourné la tête et il était devenu chasseur de primes, c’est-à-dire les molosses que les agents de probation lâchent aux trousses des fugitifs.
Warren conduit son pick-up Ford Raptor d’une main. L’autoradio braille de la country à plein volume. Le chasseur est très fier de sa bagnole qu’il conduit pied au plancher en, faisant gronder son V8 de 6,2 litres comme on fait jouir une femme. Il aime la comparaison. Il la ressort à toutes les sauces en ponctuant son propos d’un rire qui fait exploser sa toux. Il l’a choisie noire avec des chromes rutilants sur le devant et le signe Ford en rouge sur la calandre. Il se tait un moment, mâchant bruyamment son chewing-gum. Il se tourne vers le jeune homme menotté à ses côtés. Il est âgé d’une vingtaine d’années, mince, délicatement musclé. Quinze jours plus tôt, il s’est échappé d’un centre de détention expérimental dans le Dakota. Warren l’a rattrapé cinquante kilomètres après la frontière canadienne. Le genre de chasseur que les limites d’un pays ou de la loi n’arrêtent pas. Le jeune homme sortait d’un fast-food quand Warren l’a tasé en pleine rue. Après cela, il l’avait chargé sur ses épaules pour le balancer dans la cabine du Raptor. Depuis, ne s’arrêtant que pour faire le plein et dévorer des burgers huileux dont le chasseur fait une consommation astronomique, ils roulent.
–    Tu dors, gamin ?
Le prisonnier ne bronche pas. Warren imagine qu’il fait semblant de dormir. Il dépasse un camion en trombe, gratifie le chauffeur d’un long coup de klaxon, allume une cigarette.
–    Me la fais pas à l’envers. Si tu te tiens peinard, t’auras pas à goûter une nouvelle fois au taser de Warren.
C’est ça le point faible du chasseur de primes. Il ne supporte pas le silence. Le prisonnier a posé son front contre la vitre. Il observe discrètement le paysage à travers ses yeux mi-clos. Il guette une occasion. Tout plutôt que retourner là-bas. Pas après ce qu’il a vu. Pas après ce qu’il a découvert. Warren lui donne une bourrade.
–    C’est si dur que à ça, là d’où tu t’es enfui ?
Le prisonnier ne bronche pas. Le chasseur pense qu’il le ramène dans un établissement de détention conventionnel. Il ignore tout des centres Lockart. Il ne sait pas que ceux qui y sont enfermés ont une particularité qui les rend extrêmement dangereux. C’est cette particularité qu’il voudrait exploiter à la première occasion, mais Warren s’y connaît en serrage de menottes et il peut à peine remuer les poignets.
–    Le moins que l’on puisse dire c’est que t’est pas bavard. T’es pédé, non ? Y a que les pédés qui dorment en bagnole.
A nouveau ce rire. Le prisonnier pense qu’on peut tuer rien quelqu’un rien que pour un rire comme ça.
–    Qu’est-ce que tu foutais au fait avec cette clé USB dans la poche ? J’ai essayé de la lire sur mon ordinateur mais c’est crypté à mort. T’es une vermine de hacker ou quelque chose comme ça ?
Le prisonnier ne répond pas. Il sait qu’à l’heure qu’il est, la sécurité du centre Lockart a dû se rendre compte qu’il a volé des dossiers sensibles. Ils sont sur cette clé USB que Warren fait gigoter devant ses yeux au bout de son porte-clés. Il doit trouver une solution pour ça aussi. Il doit faire vite avant d’être retrouvé par ses poursuivants et exécuté sur le bord d’une route déserte. Il pense à ses codétenus qu’il a laissés là-bas. Le Raptor ralentit, s’engage sur une bretelle qui conduit à une aire de repos où un gigantesque panneau de la chaîne de fast-food A&W pivote sur lui-même.
–    On va grailler un truc avant la frontière. Un Grandpa ou un double BuddyBurger. Tu m’en diras des nouvelles.
Warren gare son Raptor devant le restaurant. Il agrippe son prisonnier par le col et l’attire contre son visage. Son haleine pue la bière et la nicotine.
–    Ne fais aucune misère à Warren et Warren ne t’en fera pas.
Warren rajuste son chapeau et claque sa portière. Ils poussent la porte du A&W. La salle est presque vide. Ils avancent entre les rangées de tables vers le fond. Ils passent devant un couple de vieux. L’homme est en train de verser des gouttes dans son verre de Coca. Le prisonnier lit « digitaline » sur le flacon que le cardiaque croit glisser dans sa poche alors qu’il roule au sol. L’occasion que le prisonnier guettait. Il bloque le flacon du bout de sa chaussure. Vif comme l’éclair, il le ramasse, rejoint Warren qui ne s’est rendu compte de rien. Le chasseur de primes commande sa nourriture que la caissière empile sur un plateau. Puis, poussant son prisonnier devant lui, il s’installe à une table à l’écart. Il dévore et mâche la bouche pleine, essuie ses lèvres grasses avec sa manche.
–    T’es sûr que tu veux rien, gamin ?
Le prisonnier secoue la tête. Warren vide sa root beer en trois aspirations. La paille émet un bruit de succion. Il étouffe un rot et allume son ordinateur portable en adressant un clin d’œil à son prisonnier.
–    Avec ce joujou et mes relations, j’ai un accès direct aux fichiers centralisés du FBI. Ce qui veut dire que je peux savoir à peu près tout sur presque tout le monde.
L’adolescent fronce les sourcils. Un sourire sardonique se dessine sur ses lèvres.
–    Tu ne me crois pas ? Vas-y, balance un nom. Une ancienne prof. Ta copine. Tes parents. N’importe qui dont tu voudrais savoir qui il est ou ce qu’il fait.
Le prisonnier se concentre. Juste avant de copier la clé USB sur un ordinateur du centre resté allumé par mégarde, il avait repéré celui qui l’intéressait par-dessus tout. Une psychiatre spécialisée dans les mineurs délinquants. Il doit la retrouver de toute urgence. La chaîne de ses menottes cliquetant à ses poignets, il griffonne son nom sur une serviette en papier qu’il tend à Warren. Après avoir saisi son mot de passe, le chasseur entre ces informations dans la base de donner.
–    Va me chercher de quoi boire en attendant que ça sorte. Et n’en profite pas pour faire le con, je t’ai à l’œil.
Le prisonnier se dirige vers les fontaines en libre-service. Il remplit un gobelet de root beer et verse dedans la moitié du flacon de digitaline. Il tend le tout à Warren qui exulte.
–    Voilà ! Rebacca Miller. Psychiatre. Vit avec un certain Dr Seal, psychiatre lui aussi, au 1508, North Camden Drive, à Beverly Hills. Pas de PV, aucune infraction. Tiens ! Elle prend l’avion la semaine prochaine. Vol United 1021 pour Denver, via Que dalle. Tu piges la vanne ? « Via que dalle », ça veut dire que c’est un vol direct. Elle a réservé cinq billets au nom de Miller et Searl. Ça t’en bouche un coin, pas vrai gamin ?
Visiblement impressionné, le jeune homme hoche la tête. Les doigts de Warren galopent sur le clavier.
–    Ça y est, j’ai logé mon prochain client. Une crapule qui va me rapporter une prime de 25 000 dollars. Avec celle que je vais toucher pour toi, je vais enfin pouvoir m’acheter le camping-car de mes rêves !
Le chasseur vide sa root beer en quelques aspirations monstrueuses, puis repose son gobelet et dit :
–    Allez, on n’est pas en avance.
Ensemble ils sortent, et le Raptor redémarre en trombe. Quelques kilomètres plus loin, le visage de Warren se couvre de sueur. Il pose sa main sur son cœur.
–    Purée, j’ai dû manger trop vite, je ne me sens pas bien.
Le prisonnier regarde le chasseur lutter contre le contractant cardiaque. Le Raptor ralentit, s’engage sur une aire de repos déserte. Warren freine brusquement. Il a posé son front sur le volant. Il se sent de plus en plus mal. Le prisonnier se défait de ses menottes et attrape son sac à dos. Il a pris les lunettes à verres miroirs de Warren qu’il cale sur son nez. Les yeux de la brute s’arrondissent. Sa bouche s’ouvre et se ferme comme celle d’un poisson. Un dernier spasme. Le prisonnier referme la portière du Raptor et rejoint la route. Une voiture approche. Il tend son pouce. Le véhicule freine. Le jeune homme monte.

Résumé

Le docteur Eric Searl est psychiatre au Good Samaritan Hospital de Los Angeles. Spécialiste du coma, il a mis au point une technique olfactive et auditive capable de rendre la mémoire aux cerveaux les plus endommagés et peut permettre à ses patients de recouvrer la vie en même temps que leurs souvenirs.

Avis

Je ne me rappelle pas avoir lu un seul roman de Patrick Graham, je ne peux donc comparer celui-ci à ses précédents mais j’avoue que Ceux lieux sont morts m’a tenue en haleine. Même si j’ai deviné assez rapidement jusqu’où l’auteur allait m’emmener et avec qui – Hannibal est passée par là -, il restait le comment.
Le rythme est celui d’un très bon thriller. Graham n’est pas de ces auteurs qui se complaisent à décrire des scènes violentes qui s’enchainent les unes aux autres, où le sang coule à flot. Si elles existent dans le roman, c’est qu’elles apportent quelque chose à l’histoire. La psychologie de ses personnages est avérée, son écriture est fluide. Cet écrivain maîtrise parfaitement son sujet : le réveil après un coma profond. Son choix des lieux, les Rocheuses enneigés ou le désert du Nevada, renforce l’ambiance de peurs et de terreur.
En clair et si vous ne l’aviez pas encore compris, ce thriller est un très bon thriller ! J’ai hâte de lire son prochain !

Ces lieux sont morts, Patrick Graham, éditions Fleuve Noir 432 pages 20,90 €

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