KILLER COUNTRY de MIKE NICOL : UN THRILLER VIOLENT ET ENVOUTANT !

Mike Nicol est né en 1951 et vit au Cap, en Afrique du Sud. Journaliste et écrivain, il est l’auteur de plusieurs essais et romans et anime des cours d’écriture en ligne. En 2012, La Dette s’est classé parmi les dix meilleurs livres de l’année en Allemagne durant plusieurs mois. Ce premier opus de la trilogie est paru aux éditions J’ai lu depuis le 17 septembre (8 €).

Résumé

Mace et Pylon sont deux anciens fighters reconvertis dans la sécurité. Ils offrent leurs services aux riches habitants du Cap ou aux riches touristes. Fatigués de se faire tirer dessus et de mettre leurs familles en danger, ils décident de se ranger en participant à un deal immobilier véreux. Mais ils vont devoir affronter Obed Chocho le gangster notoire, Spitz le tueur psychopathe et Sheemina Frebruary, l’avocate qui hait Mace.

Extrait

Vendredi

Prison de Pollsmoor, six heures du matin. Le gardien en chef fronça les sourcils. Pas de chant d’oiseau. Pas de cacophonie. Ça sentait le grabuge. Nul besoin d’être un fichu prophète pour le savoir. Le problème, c’est qu’il venait d’avaler un petit déjeuner digne de ce nom – tranches de bacon épaisses, deux œufs, tomate frite, banane frite, toast revenu dans la graisse. Le seul avantage de la première équipe, un petit déj pareil. Si le vieux cuistot était de service. Le vieux cuistot, un borgne condamné à perpétuité qui avait échappé à la potence quand on avait mis la pendaison au rancart. Tout ça à cause de la nouvelle constitution. Le vieux cuistot, qui aurait dû se faire buter pour tout le mal qu’il avait causé. Cela dit, il concoctait un petit déjeuner d’enfer.
–    T’entends ça ? demanda le gardien au bleu qui se trouvait avec lui, un jeune gars sorti de l’école depuis six mois. Y a eu un problème.
Le type le dévisagea, le regard éteint. Des yeux marron sans vie. Apparemment, il n’avait aucune idée de ce qu’il lui racontait.
–    Tu le sens ?
Le jeune gardien secoua la tête.
Avant même d’ouvrir la lourde porte métallique percée d’un judas, le gardien en chef avait compris qu’un gros souci l’attendait. Il passa le couloir en revue. […]
–    Très bien.  Numéro trois alors.
Il cogna contre la porte métallique avec son arme.
–    On bouge pas, compris ?
Pas de réponse. Ils la bouclaient tous, dans l’expectative.
Le gardien passa la cellule trois en revue, puis les deux qui restaient. Dans celles-ci, tous les hommes étaient debout, face à la porte. Certains avaient l’air de s’ennuyer, d’autres affichaient un sourire narquois, d’autres encore lui firent des gestes obscènes avec la langue quand ils virent son œil obscurcir le judas. Il revint lentement à la cellule trois, se demandant comment s’y prendre. Appeler du renfort ? Ou entrer ?
–    Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda le bleu.
–    Jette un coup d’œil, répondit-il en lui montrant l’œilleton. Vas-y, mec, vérifie par toi-même.
Le jeune homme obtempéra. Puis recula, marmonnant des paroles inintelligibles dans sa propre langue. Gris comme la cendre.
Le gardien chef lui agrippa l’épaule.
–    Dure nuit là-dedans, hein ?
Il colla son œil à l’orifice. Les détenus se tenaient sur deux lignes. Treize d’un côté, douze de l’autre. Sur le sol, au milieu, une couverture. Sous la couverture, un corps. Une tache sombre au niveau de la poitrine.
–    Je vais ouvrir, d’accord ? dit-il au jeune gardien. Je vais entrer là-dedans, d’accord ? Tu restes ici, à la porte. Tu les surveilles. Le premier geste tordu, n’importe lequel, tu tires, d’accord ?
Le débutant acquiesça.
–    Dis oui.
Le jeune homme avala sa salive.
–    Oui, m’sieur.
–    Très bien, mon gars. On y va.
Le chef déverrouilla la porte, l’ouvrit en grand. Les prisonniers lui jetèrent un regard mauvais. Il leur ordonna de se retourner, face au mur, mains au-dessus de la tête. Ils obéirent. En prenant leur temps, en trémoussant du cul, en râlant tout ce qu’ils savaient, mais ils obéirent. Comme il s’y attendait, il n’était pas question d’évasion. Il était question de meurtre. Ou d’initiation.
Il déglutit pour couvrir l’âpreté du bacon dans sa bouche.
–    Le premier qui bouge, il est mort, compris ?
Il s’approcha de la couverture qui recouvrait le corps. En souleva un coin. Pendant un instant, il faut incapable de comprendre ce qu’il voyait. Puis il saisit. Le moignon sanguinolent du cou. La poitrine ouverte comme une boîte, le cœur arraché. Il se demanda si le type était encore vivant à ce stade. Combien d’entre eux en avaient mangé. Il trouva la tête dans la cuvette des w.-c. Placée là avec soin, de façon que le visage, levé vers lui, le contemple de ses yeux bleus grands ouverts.

Avis

Rarement l’Afrique du sud contemporaine n’a été aussi bien dépeinte que dans ce roman. Et pour cause, l’auteur y vit.

Qui dit nation « arc-en-ciel » dit aussi différences de cultures, opposition exacerbée des nantis et des pauvres, problèmes de racisme et de violence. Mike Nicol raconte une histoire de vengeance implacable qui se passe au milieu de paysages sublimes, ce qui la rend encore plus envoûtante. Aucun de ses personnages n’est ni tout blanc ni tout noir. Chacun possède un passé sordide qui ressurgit au fil des paysages. Chacun d’eux est, quelque part, attachant, même le tueur à gages. N’est-il pas mélomane ?

Le lecteur espérera jusqu’aux dernières pages qu’un happy end ait lieu, Nicol restant jusqu’au bout le maître du jeu, sans concession. L’envie de vivre une vie paisible prévaudrait-elle sur tout le reste ? Et quelle bande-son ! (N’hésitez pas à cliquer pour l’entendre !)

Décidément, les éditions Ombres Noires savent choisir leurs auteurs ! Un thriller à ne rater sous aucun prétexte !

KILLER COUNTRY, Mike Nicol, éditions Ombres Noires 536 pages 22 €

Traduction d’Estelle Roudet

1Commentaire
  • maryse

    mai 17, 2015 at 4:39 Répondre

    Deon Meyer est aussi tres bien comme auteur écrivant sur l Afrique du Sud… je vous le recommande….

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