TROIS GOUTTES DE SANG ET UN NUAGE DE COKE de QUENTIN MOURON : ACERBE et NOIR !

Quentin Mouron est poète, noveliste et romancier suisse et canadien. Après Au point d’effusion des égouts (2011), puis Notre-Dame-de-la-Merci (2012) et La combustion humaine (2014), Trois gouttes de sang et un nuage de coke est son premier roman publié en France.

Résumé

Watertown, banlieue de Boston, novembre 2013.

Un vieux bonhomme est retrouvé assassiné dans son pickup. Le shérif McCarthy mène l’enquête. Franck aussi. Détective cocaïnomane, avide de nouvelles sensations, il parcourt la ville en l’embrasant ici ou là.

Extrait

Le pick-up noir est stationné à l’angle de la rue Parker et de la rue Mount Auburn. Le vieux Jimmy Henderson a laissé tourner et il finit d’engloutir la part de pizza au peperoni achetée dans le resto qui fait l’angle. L’habitacle sent la friture, le sang frais, le tabac froid. Des emballages de nourriture et de boissons jonchent le sol. Un morceau de carcasse de cerf enveloppé dans du plastique est posé sur le siège passager. Un fusil de chasse – Winchester calibre 12 à pompe – est appuyé contre le tableau de bord. Suspendu au rétroviseur, un désodorisant en forme de Christ crucifié.
La rue Mount Auburn est calme. L’épicerie vient de fermer et la nuit est tombée. Dans son rétroviseur, Jimmy regarde la Première Eglise Baptiste transformée en appartements milieu de gamme. Les familles du quartier se le disputent. Il a connu l’une d’elle, les Wallace. L’époux est mort : il bricolait une vieille Corvette dans le garage d’un ami quand un coup de tournevis maladroit a fait pisser le réservoir d’essence. Il avait une clope au bec et tout a explosé. Sa veuve pleure encore. L’urne funéraire est posée sur la table. « On dîne chaque soir en tête à tête. » La Première Eglise Baptiste a été construite au début du XXe siècle. Enorme, trapue, carrée, elle n’a ni le charme dépouillé de certains petits temples de Boston, ni la raide majesté de l’Eglise de la Sainte-Croix. C’est le décor parfait pour les drames modestes, parfait pour l’alcoolisme de celui-ci, la passion du jeu de celui-là, les tromperies, parfait pour la mère Wallace qui larmoie devant son urne. Pour le vieux Jim, depuis la rue, la scène est amusante. De l’intérieur, à la table, par les yeux de la veuve, tout change de consistance. On ne peut pas lui demander de rire.
Jimmy allume ses phares. Il va repartir quand il aperçoit la silhouette d’un homme qui remonte vers Mount Auburn depuis le bout de la rue Parker. Un homme qui n’est pas de ceux que l’on croise à Watertown. Il est têtu avec trop de soin. Ici on s’habille, bien sûr. Les grandes familles du centre donnent des cocktails et on y vient en smoking – ce n’est pas la campagne. Mais les huiles qui se rendent à ces soirées ont toujours quelque chose d’apprêté, de forcé, d’ostensible. L’homme qui s’approche est élégant. Son manteau noir est sobre mais parfaitement coupé. Son pantalon aussi. Il porte des gants. Ses chaussures sont vernies. Il se rapproche. Jimmy distingue son visage. Une trentaine d’années. C’est un bel homme. Ses cheveux sont foncés. Ses yeux clairs. Les traits sont réguliers. L’homme s’arrête à la hauteur du pick-up. « Bonsoir » balbutie Jimmy. L’homme s’incline légèrement.

Mon avis

Quentin Mouron utilise le polar pour nous faire passer de l’autre côté des fenêtres, des paravents et des masques, là où la vie et la mort des uns et des autres se jouent, surtout celles des autres. Ses personnages sont désenchantés et désespérés, les différents univers dépeints le sont mieux qu’au cinéma. Une plume acerbe comme je les aime. Encore !

Trois gouttes de sang, Quentin Mouron, éditions de la Grande Ourse 224 pages 18 €

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