L’enchaînement de Philippe Catteau : quand le bonheur part en vrilles…

Après L’homme défait (autobiographie, Le Cherche Midi, 2013), Philippe Catteau signe ici son deuxième livre.

Résumé

Charlotte est médecin. Marc, son mari, est « l’avocat des innocents ». Amoureux comme au premier jour, ils sont beaux et tout leur réussit. Ils sont aussi les heureux parents de Louise. Mais un soir, alors qu’il est seul à la maison, Marc découvre un secret qui remet tout son univers en question. Il fuit.

Extrait

Paul ouvrit les yeux et poussa un hurlement : dans la pénombre de la case, deux grands yeux noirs le fixaient. La porte de tôles plaquées sur un châssis en palétuvier s’ébranla et Papis entra précipitamment.
« Yacine, tu sais que tu ne dois pas réveiller Paul. »
La petite Yacine, effrayée par le cri de Paul, courut vers Papis et sauta dans ses bras.
« Fafa, pourquoi il crie comme ça ?
–    Yacine, Paul a une araignée au plafond, une petite bête dans sa tête. Tu sais qu’il n’est pas comme tout le monde, lui glissa-t-il à l’oreille en sortant de la case.
–    Une bête dans sa tête ? Une araignée ?
–    C’est une image, ma chérie. Il a des drôles d’histoires dans sa tête, des trucs qui le rendent un peu bizarre. Il est habité par ses fantômes, par des mauvais esprits.
–    Il devrait aller voir un marabout.
–    Je crois qu’il lui en faudrait plus d’un ! »
Paul reprenait doucement ses esprits. Il était près de midi. Il se leva péniblement et sortit de la case en titubant. Il s’avançait vers la rive du bolong. L’eau, poussée par la marée montante, avait déjà englouti les parpaings de la future terrasse sur pilotis de Papis. D’un pas hasardeux, il se risqua sur le premier pilier, prit un appui incertain sur le second avant de se laisser tomber dans l’eau. Allongé sur le dos, porté par l’eau salée, il dérivait avec les flots comme un corps sans vie.
De retour sur la berge, il remonta le long de la rive pour rejoindre la hutte. Ses vêtements trempés lui collaient au corps. Devant lui, le sol ondulait dans des mouvements désordonnés au gré des courses erratiques de milliers de petits crabes qui le recouvraient. A chacun de ses pas, ils s’enfuyaient et disparaissaient dans le trou le plus proche. Il murmura, ainsi qu’il le faisait à chaque fois qu’il observait ce curieux ballet :
« Je suis comme eux, je suis un crabe qui s’est réfugié dans un trou. »

Avis

Quelle audace ! Philippe Catteau tient le lecteur en haleine en malmenant ses personnages sans pour autant étirer la tension dramatique jusqu’à l’écœurement. Quelle force d’évocation dans certaines scènes riches en émotions (le drame violent, l’Afrique…) ! Quel tempo ! Chaque nouveau chapitre se termine par un rebondissement. Cependant ces twists ending ne sont pas suffisamment amenés à mon goût. De même, les dialogues manquent de réalisme et sonnent parfois un peu creux. OR, à ma grande surprise, cela ne nuit pas à l’ensemble.

L’enchaînement m’a entraînée aux côtés de cet avocat amoureux idéaliste, rêveur et hypersensible et de cette femme médecin réaliste et combative. Car Philippe Catteau sait poser les questions qui donnent à réfléchir : jusqu’où sommes-nous prêts à aller par amour et pour l’amour ? Comment réagirions-nous si nous nous retrouvions à la place de cet homme, de cette femme ? Serions-nous capables d’agir ?

Un beau moment de lecture sur la fragilité du bonheur et la résilience.

L’enchaînement, Philippe Catteau, éditions Le Cherche Midi, 171 pages 15 €

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