LES ENFANTS PERDUS DE FRANÇOIS HAUTER

Ecrivain et journaliste franco-suisse, François Hauter a été correspondant en Afrique, en Chine et aux Etats-Unis. Il est lauréat du Prix Albert Londres et du prix Louis Hachette pour son ouvrage Planète chinoise (éd. Carnets Nord). Les Enfants perdus est son second roman, après Rouge glacé (éd. Stock).

Avec Les Enfants perdus, François Hauter aborde le thème de la parentalité en opposant deux parents à la réussite sociale « éclatante » aux difficultés qu’un père Haïtien connait pour élever sa fille alors qu’il est pauvre comme Job.
Stanilas, veuf et homme d’affaires strasbourgeois apprend que son fils Alexandre est recherché par la police australienne. Personne ne sait où il se trouve.
Jade, la fille de Rose – requin de la finance internationale basée à Hong-Kong, vient d’être arrêtée en Thaïlande pour trafic de drogue. Elle risque la peine de mort.
Bienaimé qui tente de survivre en Haïti décide de partir travailler au Qatar afin de permettre à sa fillette de pouvoir suivre des études et d’avoir, un jour, une vie meilleure.

L’idée d’opposer la réussite sociale à la parentalité est intéressante. Au travers de son roman Les Enfants perdus, Hauter pose plusieurs questions : comment s’émancipent des enfants délaissés par des parents carriéristes ? Quelle est la place de l’humanisme dans une société devenue matérialiste à l’extrême ? Est-il possible de nouer des liens familiaux quand ils sont quasi inexistants ?

Il est dommage que les personnages de François Hauter tournent le plus souvent à la caricature, le message délivré dans Les Enfants perdus – il n’est pas trop tard pour s’éveiller à la vie – aurait eu plus de puissance.

A noter que, dans cette histoire, ce sont les parents qui sont perdus, bien plus que leurs enfants.

Extrait (p.21 à p.23)

Rose entendait sans les écouter les plaisanteries masculines échangées par les membres de son conseil d’administration. Après cette séance où elle avait obtenu ce qu’elle voulait, ces messieurs se détendaient comme des gamins autour de l’imposante table de réunion, dominant de cent dix étages la baie de Hong-Kong.
Francis, l’assistant de Rose, profita de cet instant de flottement pour se glisser près d’elle et lui passer un mot.
Elle pâlit et se dit qu’elle avait quitté le camp des vainqueurs.
Elle rebrancha ses téléphones et, à la surprise générale, Rose Delabaume se leva et quitta précipitamment son fauteuil, se justifiant d’un lapidaire :
— Désolée, une affaire personnelle très urgente.
Des regards inquisiteurs et un grand silence accompagnèrent cette femme toujours avare de la moindre émotion.
La crème de l’establishment financier de l’ex-colonie britannique était réunie autour de la table et Rose devait avoir de tragiques raisons pour traiter ses hôtes si cavalièrement.
Arrivée presque en chancelant à la porte de son bureau grand comme un court de tennis, elle se précipita vers un fauteuil et s’y effondra. Elle suffoqua une longue minute, et les poings serrés sur les yeux, s’abandonna à un long frisson.
— Pas croyable ! Quelle conne ! Mais quelle conne !
C’était tellement brutal, inattendu !
Elle se précipita derrière son immense bureau et aboya au téléphone :
— Francis, venez immédiatement !
A peine entré, l’assistant fut accueilli par une sorte de rugissement :
— Qui nous défend à Bangkok ? Dressez-moi la liste des meilleurs avocats sur place ! Prenez un rendez-vous avec le Premier ministre thaï, le général machin-chose, j’ai oublié son nom. Et le chef de la police, un autre général j’imagine ! Vous notez, Francis ? Pour quand les rendez-vous ? Mais le plus vite possible, demain ! Ça urge ! Quel est mon agenda cet après-midi, après le déjeuner avec les membres du conseil ?
Francis énuméra : la réunion hebdomadaire avec les directeurs régionaux à quinze heures, puis une interview             avec le correspondant du Financial Times avant quelques collaborateurs entre dix-sept et dix-neuf heures.
— Enfin, madame, vous dînez au China Club à vingt heures avec nos deux gros courtiers de Singapour.
— Annulez-moi tout ça, expliquez à tous que j’ai de graves soucis familiaux, sans plus de détails. Préparez-moi un mot personnalisé pour chacun d’eux, je signerai. Je pars à Bangkok après le déjeuner. Faites préparer l’avion. Prévenez le bureau là-bas, qu’on vienne me chercher, et faites réserver la suite habituelle à l’Oriental. Le journaliste du FT, je le prendrai au téléphone en vol. insistez, je veux lui parler ! Vous entendez ! Faites prendre une valise chez moi par le chauffeur. Ah oui, préparez-moi aussi une mallette avec trois cent mille dollars en liquide. De grosses coupures. Dépêchez-vous !

Les enfants perdus, François Hauter, Editions du Rocher 334 pages 19,90 €

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